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& quelquefois íi forts, que ceux qui se trouvent alors surl’amas tremblant, font obligés de s’aflcoir pour ne pas êtrerenversés : ce mouvement violent peut fendre la glace auxparties qui font les plus foibles, ou bien à celles où les ventsfont pressés avec plus de force. II se forme encore des cre-vasses , lorsque les anciennes ont été remplies par de seaude neige qui se gèle de nouveau, alors les parties de cetteeau se dilatant, font effort contre celles qui les environnent,& la glace éclate çà & là. II paroît que les crevasses forméesde la forte ne font pas considérables , mais elles font laprincipale cause des craquemens que l’on entend auprès desamas, & sur-tout pendant la nuit.
Les amas de glace ont aussi d’autres espèces de fentes,formées par les exhalaisons chaudes , qui peu-à-peu fondentla glace, ou par les eaux courantes qui creusent quelquefoisla masse entière : alors les pyramides formées par ces mêmescourans, tombent avec fracas au fond des eaux inférieures.
Toutes ces fentes se forment avec un grand bruit, qui,pour les habitans du pays, est un présage de changement detemps & de pluie prochaine. Quelquefois aussi,, fans qu’ilse fasse de fentes, ou qu’il tombe de pyramides de glace, onentend un bruit effroyable ; & lofsqu’on est sur un amas,on craint d’être englouti soudain : ce bruit est causé par desmasses de rocher & de neige , qui, tombant fur l’amas deglace, rémeuvent Se font résonner toutes les cavités infé-rieures : il présage aussi un changement de temps à ceux quihabitent les montagnes.
Les souffles ou courans d’air qui sortent des amas, méri-tent quelque attention. On fait qu’il y a par-tout des cavernesremplies de vapeurs Se d’air : lorsque ces matières mises enmouvement né trouvent aucune issue, elles agitent la terreSe ce qui est à fa surface, où elles se font jour en fendantles amas de glaçons ; mais quand elles peuvent s’échapperpar quelque ouverture, alors il s’y forme un courant d’air,une espèce de vent, & les habitans du pays disent que l’amassouffle. On éprouve toujours fur les amas des vents âpres Sepénétrans ; mais ceux qui sortent de la glace même, sontplus rares. M, Gruner rapporte l’anecdote suivante , il latenoit de M. Walscr qui a écrit en Allemand une chroniquedu Canton d’Appenzell. Ce Savant voyageoit dans le paysdes Grisons, & passoit le mont de Scaletta : un gros torrentavoir emporté tous les ponts le jour précédent, M. Walscrfut obligé de passer fur un grand amas de glaçons que peut-être aucun voyageur n’avoit encore franchi : c’étoit au milieude Juillet, Se le temps étoit si beau, qu’on ne voyoit pasau ciel le moindre nuage. Lorsqu’il fut à la pointe de laScaletta , ( en Allemand Skalettaberg ) , il apperçut avec éton-nement que son habit & son chapeau se couvroient deneige. Loríqu’il eut fait encore quelques pas, il vit distinc-tement que cette neige sortoit d’une profonde crevasse del’amas des glaçons, & quand il en fut plus près, il sentit unfroid extrêmement vif, & tel, qu’il auroit pu dans cet endroitmourir de froid au milieu de l’été. Ces souffles ou ventsfouterreins annoncent toujours l’orage ou la pluie, parcequ’ils élèvent dans f air les exhalaisons terrestres qui tombentpeu de temps après.
Les plus grands changemens qu’éprouvent les amas deglace, consistent dans leur diminution Se leur accroissement.
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Les anciens Naturalistes de la Suisse ont rassemblé à ce sujetplusieurs opinions superstitieuses, & ce que les Modernesen ont dit, est peu satisfaisant. II est plus vraisemblable queles amas de glaçons s’accroissent comme ils se forment. Leseaux des vallons de glace ayant rempli leur encaissement,s’écoulent par les passages qui leur font ouverts : elles cou-vrent la surface des amas de glaçons , Se s’y gelant de nouveau,y forment une nouvelle couche. Quoiqu’il règne un froidcontinuel dans les vallons de glace, il y a toujours fur lesmasses qui les forment, des eaux qui s’écoulant par les ouver-tures de la montagne, tombent fur les amas inférieurs, yregèlent & les augmentent. On volt auísi que lorsque lesamas augmentent, les pyramides diminuent, parce que leseaux qui remplissent les intervalles de ces pyramides & quiviennent visiblement des vallées de glace supérieures, étantplus abondantes & s’y gelant de nouveau, diminuent la hau-teur des pyramides.
Les amas de glaçons font disposés par couches ou lits,preuve incontestable qu’ils font formés peu-à-peu. M. Hot-tinger, de Zurich, Auteur d’une description (n) des Glacièresde la Suisse, est le premier qui ait fait cette observation. 11a remarqué de plus que les couches supérieures font toujoursles plus épaisses, & que toutes les couches diminuent enépaisseur par degrés, de haut en bas ; elles font toutes entre-mêlées de fable Se de pierres, qu’y déposent les eaux deneige en descendant des cimes voisines. Ces matières étran-gères s’incorporent avec la neige fondue par la chaleur dusoleil, & gèlent ensuite, soit par le froid de la nuit, soitau moins dans les temps les plus froids de saunée. II tombeen outre durant l’hiver un nouveau lit de neige, que la cha-leur de l’été suivant ne peut fondre qu’en partie : ainsi chaquelit montre évidemment l’accroissement d’une année, commeles couches d’un arbre. Quant à l’épaisseur graduelle descouches de glace, elle paroît résulter de ce que les couchesinférieures étant les plus anciennes, ont perdu plus de partiesaqueuses Se aériennes Se font comprimées par un plus grandpoids : on volt de, seau dégoutter fans cesse des endroitsoù les couches font interrompues Se séparées l’une de l’autre.Ces couches font moins distinctes dans les revêtemens deglace.
Voici comment M. Gruner explique la diminution &l’augmentation que les amas de glace reçoivent en longueurSe en largeur. II rapporte l’évènement suivant. Les habitansdu Val Hasti, Canton de Berne , se plaignent que les amasde glace ayant augmenté peu-à-peu se sont emparés devallées entières, Se ont couvert des terres fertiles. D’an-ciennes Chartes prouvent en effet que la vallée des Fleurs-de-Lys ( Lilienthalo U Blumlisalp ) fur le mont Gauli r ( Gaulihorn )s’étendoit autrefois par le Gletchenhal jusqu’au Grlndelwald.Les GrindebValdois se plaignent qu’un de leurs vallons, quiest aujourd’hui rempli de glace, étoit accessible autrefois,& qu’on y passoit pour aller aux bains de Visp, en Vallais.Ceux de Lauterbrunnen assurent que les côtes de leurs mon-tagnes étoient revêtues jadis de beaux pâturages, api' Ani-mer t en étoit un gros bourg, Se le Val Rouge ( Rothethal ) unpassage pour se rendre au Val de Frutingen Se dans le Vallais,mais qu’aujourd’hui tous ces lieux font ensévelis fous lesglaces. Les habitans du Val de Simmen disent que les glaces
( 11 ) En latin, insérée dans les Bphémérides de I’Académie Impériale de Vienne, app, iyo 6 . p. 41.
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