PITTORESQUES, SCc. DE LA SUISSE.
des monts Gelten &: Ra^liberg s’emparent peu-a peu des terresfertiles. Le Faucigni, le Vallais, les Cantons d’Uri & deClaris retentissent de pareilles plaintes , & la plupart fontconfirmées par des Chartes autentiques. J’inférerai à l’articledu Grindelwald (*), dans la Topographie du Canton de Berne,l’examen que M. Gruner a fait de l’amas de glaçons de cettevallée ; l’on y verra comment il s’est étendu un temps en lon-gueur & comment il a diminué dans un autre. Ainfi la diminu-tion & l’augmentation annuelles des amas de glace font fortinégales, & n’ont pas chacunes une période régulière de septannées, comme le croient les habitans des montagnes, &même quelques Savans. Cependant il est vraisemblable que cesamas occuperont des terreins cultivés jufqu’à présent. Quel-ques-uns pourront diminuer, & d’autres venant a s’accroître,couvriront des terres fertiles. II y a des vallées de glace quipeuvent fe remplir davantage, répandre au-dehors uneplus grande quantité de ces eaux superflues dont les amasfont formés. Les monts, les vallées & les champs de glaceéprouvent de l’augmentation; une triste expérience apprend<jue la neige reste maintenant fur des sommets ou elle fondoitentièrement il y a quelques années. La quantité de neige plusou moins grande qui tombe en hiver, la chaleur de l’étéplus ou moins forte & plus ou moins longue font cause quele degré de froid est plus ou moins bas à la cime des mon-tagnes , & qu’en général il s’abaisse. La neige ancienne quiles couvre, conserve la nouvelle, &: toute une région estd’autant plus refroidie qu’elle Best plus long-temps.
Les amas de glace vont aussi plus avant dans les vallées,d’une manière qui n’est pas proprement une augmentation.Lorsque les côtés de l’amas qui touchent la montagne fon-dent en entier, toute la masse entraînée par son poids glissefur son fond, s’avance dans la vallée. On peut reconnoîtrece mouvement par le moyen des quartiers de rocher, quiétant tombés des sommets fur les amas, a quelque distancede l’extrémité d u vallon , Rapprochent peu-à-peu de cetteextrémité , tombent quelquefois dans les ruisseaux quisortent de l’amas de glace. Des hommes intelligens & dignesde foi ont dit à M. Gruner, avoir observé fur l’amas duGrindclvald, qu’un de ces rochers a parcouru de la forte,en six années, un espace de cinquante pas. Passons à futi-lité (12) des monts de glace. C’est à la position de la Suisse& aux monts de glace qui en font l’effet naturel, qu’est dûf air pur & sain qu’011 y respire ; l’air y est sans cesse agité :il est rare & frais fur les montagnes : les rayons du soleil yfrappant avec moins de force que dans les vallées, y fontélever moins de vapeurs : ainsi Pair des vallées est plus chaud
plus épais que celui des monts. Cette inégalité produitdes courans perpétuels , qui purifiant Pair & P empêchantde stagner & de fe corrompre, préservent les animaux d’ungrand nombre de maladies.
Lorsque le temps est le''plus férein , fur-tout en été, &dans les montagnes, il s’élève souvent un orage accompagnéde pluie qui cause un froid assez vif j & quand il pleutdans les vallées, il neige ordinairement fur les hauts som-mets j quelquefois aussi ces hautes cimes font dans 1 air leplus pur, tandis que dans les vallées il y a des orages. Ainsif air changeant de température, non pas dans un jour, maissouvent dans une feule heure, est tantôt froid, chaud outempéré, & n’est constamment ni l’un ni l’autre.
(*)P l a n c h e s iz, 50,118, 12,3, 135 j 17 *> l 7 3 *
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Les pluies & les neiges entraînent les matières hétérogènesqui flottent dans Pair & le purifient : c’est ainsi que Paircharge de vapeurs corrompues & malignes, que les ventspoussent d’Italie vers la Suisse, en est dégagé en passant furles sommets couverts de neige.
La peste a ravagé la Suisse en différens temps, mais ellen y a pas reparu depuis 1629, & peut-être lc pays doit cette déli-vrance a r accroissement des glacières. M. Gruner eût dû, a cettecause en ajouter une autre qui a empêché en Europe le retourde ce fléau terrible, V'usage du linge , que la gent rustique neconnoiffoit pas dans les anciens temps. Un autre avantagedes monts de glace, est de donner à la Suisse & k toutel’Europe cinq grandes rivières & plusieurs autres moins con-sidérables. Tout ce qui recouvre les couches de terre & lesdéfend de l’ardeur du soleil, comme les rochers, les forêts,& fur-tout les neiges & les glaces, empêche l’exhalaifon desparties aqueuses, & fait que les réservoirs fouterreins fontplus abondans. Les glacières elles-mêmes sont un réservoirtrès-considérable qui répand fans cesse & de toutes partsune grande quantité d’eau, soit par des canaux fouterreins,soit par des écoulemens visibles ; il donne beaucoup plusd eau en été que durant l’hiyer. Les ruisseaux qui sortentdu Grindelwald sont environ six fois plus gros dans cettesaison que dans l’hiver : cependant les sources que les amas& les vallées de glace produisent, ne tarissent jamais.
Les eaux qui sortent des glacières sont répandues de toutesparts avec sagesse & prévoyance. Un réservoir aussi grandne pourroit être mieux placé qu’au milieu des terres & loinde la mer ; s’il en eût été plus voisin , il eût-arrosé moins depays. La ville de Zurich est a cent vingt-cinq lieues communesde l’embouchure du Rhin & a soixante-quinze lieues com-munes des côtes de Gênes ; ainsi la pente des rivières quipartant de la Suisse coulent vers le nord est de quinze piedspar lieue commune, & celle des rivières qui coulent versle sud est de vingt-cinq pieds aussi par lieue commune. Unepente plus ou moins forte auroit donné un cours trop rapideou trop lent, & causé de fréquentes inondations. La pentenaturelle du lit des rivières n’est pas le seul moyen qu’ern-ploie la nature pour en modérer le cours. Le choc des eauxcontre les rivages en rompt d’autant plus la violence qu’eilesy touchent plus de surface 3 & plus le cours en est sinueux,plus ce choc est répété. Les grands lacs rompent aussi l’im-pétuosité des rivières, & celles qui descendent du haut desmontagnes de la Suisse , comme le Rhin, le Rhône, leTesin, la Russe, l’Adda, la Meira, P Are & la Linth, traver-sent toutes des lacs ; elles y déposent les parties de terredont elles fe sont chargées , s’y purifient , deviennentplus faines & plus propres a plusieurs usages. Enfin cesrivières & un nombre presque infini de petits ruisseaux,arrosent & fécondent les terres, favorisent Tétablissementdes manufactures & des machines hydrauliques, augmen-tent le commerce &: produisent toutes fortes de commodités.
Ces avantages ne sont pas les seuls que la Suisse doive ases monts de glace ; il faut y joindre l’abondance des eauxminérales : on trouve au pied de ces monts un grand nombrede fontaines chaudes. J’en parlerai dans la fuite de cetteIntroduction préliminaire. La Suisse doit aussi aux glacièresses bains d’eaux froides, qu’on y emploie avec succès contreplusieurs maladies : on guérit plusieurs maux par l’usage de
( n) G tune r, ibidem, Patrie III. Seft, VI. pag. 335-348.
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