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Tome premier.
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seau demi-glacée qui coule des amas de glace. On a pré-tendu que ces eaux vives donnoient le goitre. Mais cetteincommodité n’est pas plus commune en Suisse qu’aillcurs,fi ce n’est dans le Yallais & chez les Grisons. M. Gruner ditqu’elle y est causée non par les eaux des amas de glace, maispar celles des exhalaisons. J’en dirai un mot a l’article duVallais.

Quoique les Médecins en puissent dire, les habìtans desmontagnes boivent impunément de cette eau ; quelqueéchauffé que l’on soit, on peut en boire sans danger : elledélasse plus que toute autre, elle est un remède spécifiquecontre la fièvre, la dysenterie, le dévoiement, le mal dedents & le mal de tête. Cette eau est donc faine & salutaire, &dans ces mêmes montagnes il faut éviter au contraire l’usagede I’eau commune, dont les effets y font pernicieux. On nepeut pas douter que I’eau de neige glacée ne soit plus pure-& plus légère que toute autre. M. Langhans, Médecin deBerne, pense qu’ayant ces deux qualités, elle est plus propreà nettoyer l’estomac, & que les parties nitreuses qu’ellerenferme peuvent la rendre propre à dissoudre le sang épaissi.& a guérir de la fièvre. II a composé (13) un esprit glacial depure eau de glace &c de différens sels sédatifs, résolutifs &volatils : cet esprit préserve de la corruption toutes les liqueursdu corps humain , dissout la lymphe & le sang épaissi, &:tempère une bile acre & trop échauffée.

On peut mettre au nombre des choses remarquables &utiles de la Suisse, ses fontaines périodiques, dont la plupartne coulent qu’en été, c’est-adire dans la saison ou on en ale plus de besoin. Le cours en est annuel, journalier ouirrégulier. J’en parlerai plus au long dans cette Introduction.Elles font toutes près des monts de glace ou dans les environs.Ce voisinage explique la cause de leur cours périodique.

Enfin la Suisse doit aux monts de glace un autre avantageinestimable : ces monts renferment plus de mines que touteautre partie d u même pays. J’en ferai uii article séparé.

II faut compter au nombre des richesses minérales des gla-cières Helvétiques, les mines de crystal qui se forment ordi-nairement en des rochers très-élevés, quartzeux & couvertsde neige. J’en parlerai aussi dans un autre endroit.

M. Gruner, après avoir fait l’énumération des principauxavantages que la Suisse doit aux monts de glace, n’oublie pasleurs inconvéniens accidentels ; mais ces inconvénients, dontj’ai déja détaillé quelques-uns, font liés à l’ordre de l’univers& absolument nécessaires. M. Gruner parle dans la dernièresection de son ouvrage, des lavanges & des vents dangereuxqui les ébranlent & les font tomber.

II règne dans les monts de la Suisse, mais sur-tout au Prin-temps, un vent impétueux qui renverse souvent les édifices,& empêche au moins en bien des districts les habitans de fairedu feu dans les maisons. Ce vent chaud du midi qu’on appelleen Allemand Fan , rend souvent les plantes vertes dans unefeule nuit, fond une grande quantité de neige, en balayepour ainsi dire les montagnes, enfle soudain les torrens & lesgrandes rivières, &: cause des inondations , nòn-seulement enSuisse, mais en Allemagne, en Hollande, en France & en Italie.

OGRAPtìlQUES ,

Ce même vent occasionne aussi la chute des glaces. Jevais parler des lavanges , on les appelle en Italien Lavina , enAllemand eïn Leenen , ein Schne'e Leen , ou Schnée Laïnen , en SuisseLauwin , Lauwenen, Schnée Lane, &en Grison Labina. Ce derniermot dérive sans doute du verbe latin labi , tomber. On distin-gue en général trois fortes de lavanges. La première nomméeLavange de vent ( 14), est formée par un tourbillon qui enle-vant d’abord un petite quantité de neige nouvellementtombée, l’emporte & la pelotonne, & y joignant fans cessed’autre neige , en fait une masse énorme avec laquelle ilentraîne & renverse tout ce qu’il rencontre ; la secondeespèce est nommée Lavange de froid , ces lavanges font des massesd’ancienne neige emportées & dirigées par leur propre poids ;qui entraînent dans leur chute maisons, bois, arbres, ter-reins, hommes, troupeaux, & se précipitent depuis le som-met jusqu’au fond de la vallée : les Grisons & les Italiensnomment cette espèce Lavange de froid , parce qu’elle netombe ordinairement qu’en hiver : on nomme la troisièmeespèce Lavange de poussière , parce que la neige qui tombe derocher en rocher se réduit en poudre fine : celle-ci qui netombe qu’en été est nommée par les Italiens & les GrisonsLavange de chaud. Les deux premières eípèces formant degrandes masses, font plus faciles à éviter que la dernière quiest dirigée par le vent, & occupe un plus grand espace. Lors-que celles-ci sont fortes, elles renversent à un quart de lieuede distance, & pourroient même étouffer ceux qui n’auroientpas la précaution de se tourner d’un autre côté.

En général, tout mouvement qui ébranle la terre ou l’air,comme celui des vents, des pierres & des arbres qui tombent,des animaux qui courent fur la neige, le son des cloches,celui des sonnettes des bêtes de somme, la voix des voyageurspeut déterminer la chute des lavanges : le plus petit oiseaupeut mouvoir un flocon de neige qui en entraîne d’autresen roulant, & ceux-ci d’autres encore, de forte qu’aprèsavoir parcouru plusieurs lieues depuis le sommet jusqu’aubas d’une montagne, ils forment tous ensemble une masseénorme. Les archives des Cantons Suisses font pleines derécits d’accidents causés par les lavanges, de maisons , devillages, de troupes de voyageurs ou de gens de guerre qu’ellesont ensevelis.

Les lavanges, dites de poussière , qui ne tombent qu’en étédans les plus grandes chaleurs, & qui font formées de laneige ancienne, légère, sèche & durcie, dont les plus hautssommets font couverts, ne tombent vraisemblablement quelorsque la superficie glacée qui retenoit cette neige est fon-due. M. de Keralio, Traducteur de la Description des Gla-cières de Suisse par M. Gruner , observe ici que les deuxcauses générales de la chute des autres lavanges, c’est-a-direle dégel & la communication du mouvement, le font aussinécessairement de la chute des lavanges de poussière.

Tous les pays de montagnes, depuis la mer de Gênes jus-qu’au lac de Genève, & depuis ce lac jusqu’au Tirol, sontsujets aux ravages des lavanges, mais cependant les uns plusque les autres. Voici un exemple mémorable de ces éboule -mens; le 19 Mars 1737, au village (15) de Bergamoletto ou

(13) Voyez fa Description du Val deSimmen, Canton de Berne, & langue Staub-Lowinen , Scklojf-Lauwenen , Scklag-Lauwenen & Grund-Lau~son Traité de la nature & de la force de l’esprit glacial des Glacières de la w en en.

Suisse 175^, ouvrages écrits en Allemand. (ty) II parut en 1758, in-4., à Turin, un écrit en Italien , qui a pour titre ;

(14; En Allemand Wìndlauenen f on appelle les autres lavanges, en cette Ragionametitosopra il fatto avenuto in Bergemolecto,

)