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PITTORESQUE S, 8g
V I
Les cinq Lacs les plus
Il n’y a guère de pays dans l’Europe qui soit mieux fournide lacs que la Suisse. On y en voit de grands, de médiocres& de petits. On y en peut compter cinq grands, celui deConstance, celui de Genève, celui de Zurich, celui deLucerne, & celui de Neuchâtel ; neuf médiocres, ceux deLugano, de Wallenstadt, de Zoug, de Thoun, de Brienz, deMorat, de Bienne, de Hallweil 8 c de Sempach, & un grandnombre de petits, comme ceux de Greiffenfeé, de Baldegg,d’Egeri, de Lowertz , &c. Je ne parlerai ici que des lacs dela première distinction. Je réserve au chapitre suivant la des-cription des neuf lacs médiocres, & pour la topographieparticulière de la Suisse, le site des petits lacs.
Dans les lieux (i) oùd’un côté unterrein élevé, de l’autre unbanc de rochers s’opposoient a l’écoulement des eaux, ils’est
Lac de Co
L’u n ( i ) des plus grands lacs entre la Suisse & la Souabeest celui de Constance ; il séparoit de même anciennementles Helvétiens de la Rhétie 8 c de la Vindelicie. Plusieurs mo-dernes l’ont appellé la Merde la Sotiabe , Mare Suevicum. Ce lacest partagé en trois parties. La partie supérieure est la plus grande8 c la plus large, c’est celle qu’on nomme proprement Boden-sée. Celle du milieu se nomme Bodmer-sée , du nom du châteaudu haut-Bodman, hohen-Bodman , ce bras s’étend bien avantdans la Souabe depuis Moerspourg où réside le prince-évêquede Constance, La partie inférieure porte le nom à'Unter-séeou de Zeller-sée , ainsi appellée de la ville de Zell , autrementRatolf-Zell, Ratolfi-Cella, qui est bâtie sur ses bords & quiappartient â la Maison d’Autriche. La partie dite propre-ment Boden-sée doit avoir cinq milles d’Allemagne en largeurdepuis Bregenz jusqu’à Bodmen, sur deux milles ou meilende largeur, depuis Rorschach jusqu’à Buchhorn. On dit quedans des temps où cette partie supérieure du lac étoit prisepar la glace, on lui a trouvé en la mesurant sept mille centquarante-quatre ou sept mille deux cent soixante - quinzetoises de largeur. A Moerspourg le lac doit avoir trois centtoises de profondeur. II est aisé de présumer que ce grandlac doit avoir ses propres sources, elles font fans doutetrès-abondantes j il reçoit aussi continuellement la déchargede plusieurs grandes 8 c petites rivières qui y entrent danstoute fa circonférence. Parmi ces rivières font celles deSchussach, Arg, Bregenz , Fussach , Goldach, Steinach,Salmsach, &c. Mais le Rhin qui y a son embouchure envenant du pays des Grisons, est la principale de ces rivières.
c. DE LA SUISSE .
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grands de la Suijffe .
formé des lacs ; on en trouve jusqu’au pied des glacières, &entre les plus hautes cimes des Alpes ; leur étendue varie dans lamême proportion que celle des vallons ; les lacs les plusgrands font situés dans la proximité des plaines ou d’un paysouvert. Ils se terminent presque généralement a l’extrémitésupérieure où les eaux y entrent, dans des marais forméspar le dépôt des rivières 8 c des sources ; de nouveaux dépôtsles augmentent, & l’industrie les fertilise successivement.Les lacs les plus élevés font entièrement glacés pendant unepartie de Tannée, 8 c même tous les lacs de la Suisse fontplus ou moins sujets à être pris par la glace dans les hiversrigoureux. Mais presque tous les lacs ont une rivière ou unruisseau qui en fort.
N S T A N C E.
On observe la rapidité de son cours presqu’à un mille oudeux lieues en avant dans le lac. Au reste il est faux que seseaux traversent sans mélange le lac jusqu’à Constance. Engénéral, le lac de Constance est dans toutes ses parties très-abondant en poissons. On les transporte marinés jusqu’à Vien-ne. Le lac sert aussi beaucoup pour le commerce ; il porte desnavires frétés de deux mille quatre cent jusqu’à trois mille quin-taux , mais il est sujet quelquefois à des tempêtes dangereuses.Ce lac se gèle rarement à cause de sa grandeur, mais il fut prispar la glace en 1477,1571,1596 & 1695. Ses environs font desplus riants & des mieux cultivés en champs labourables &en vignobles, ils offrent un grand nombre de villes, bourgs,villages, châteaux, monastères, &c. L’aspect des trois partiesde ce lac avec ses iíles 8 c ses environs présente au voyageurl’idée du Paradis terrestre. II est en général plus orné quecelui de Genève, aussi n’a-t-il pas les côtes limitrophes de laSavoie 8 c du Vallais qui presque toutes par leur site présententdes objets d’horreur ; mais on voyage moins fur les bords du lacde Constance que fur celui de Genève. Ces deux lacs font pla-cés comme deux grands réservoirs aux extrémités de la Suisse.Celui de Genève, plus voisin de la France 8 c de l’Italie, estplus fréquenté , 8 c le pays de Vaud qui le borne du côté dela Suisse, est plus riche & plus commerçant que les environsdu lac de Constance. La position de Constance (*) entre lapartie supérieure & la partie inférieure du lac devroit bieny faciliter le commerce ; mais depuis qu’elle n’est plus villeimpériale, la population y a diminué au point qu’il n’y atout au plus que six ou sept cent bourgeois. Elle avoir
( 1 ) M. de Tscharner, D id. Géog. Hist. & Pol. de la Suisse. 1 . II, pag.148-149.
( 1 ) Ibidem, T. I, p. 163-164. Leu, Did. Hist.de la Suisse T. IV, pag.J Ï 7 - J S 9 ‘ Faesi, Descript. Topog. de la Suisse, T. I, pag. 54-58. JohannìsGeorgii Tìbìanì Panegyricon super laudïbus Acronii Lacus in Alemannia , &ejusdem civitatum pag. 98-101, T. I. parte prima inter rerum Alammannicarumscriptores a Goldasto editos. Francofurti 1661 in-fol. Andquitates lacus Boda~mici par George-Jacques Mellin, p. 2,96-395, T. I .Thesauti Rer. Suevicar.Cura Jo. Reinhardi Wegelin. Lindaugis. 1756 in-fol. fig. La diílèstation deMellin a été aussi imprimée séparément en 169; in- 4. On a beaucoup debonnes Cartes fur le cours du Rhin, depuis Constance jusqu'à son embou-chure : le lac de Constance a été tracé par un Anonyme, dont fourrage
Tome I.
très-difficile à trouver, a été publié par Hautt } en 1675. S cutter a imité &corrigé cette Carte. Voyez les Conseils de M. de Haller pour former uneBibliothèque Historique de la Suisse, pag. 21 & 38-39. Les descriptions dulac de Constance par Wegelin & Seutter , sont très - importantes ; maiselles concernent plutôt le droit public que la description du lac ; Wegelin enparle cependant fort au long & avec beaucoup d’exaditude. Les Suissesn’ont pas sujet d’être contents des assertions de Seutter. 11 rend fa Dislèrta-tion recommandable par une bonne Carte du lac qu’il y a ajouté, Som l’adessinée & Kuffher l’a gravée. Wegelin de dominio maris Suevici ìn-A°. 8c dans leThésaurus rerum Suevicarum T. IV. p. 378-4x1. Seutter, de jure navali Lir.da-•vienfìum in mari Suevico. Erlangi 17641/1-4.
(*) Planche 133.
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