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Tome premier.
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38 TABLEAUX TOP

àns le quinzième ílècle, au temps du Concile général,jusqu’a trente-six mille habitans domiciliés, C’est aujour-d’hui-une ville remplie de Chanoines ôc de Moines, ôc oùTherbe croît dans les rues. De riches commerçans ont voulu•s’y établir de temps à autre avec la liberté du culte, mais.des considérations religieuses ôc politiques se sont toujoursopposées a leur admission.

On a beaucoup (a) disputé surl’étymologie du nom Alle-mand de Bodcn-sée , Lacus Bodamicus , Botamicus , Podamicus ,Podmicus , qu’on donne au lac de Constance. Les uns le fontdériver & avec plus de vraisemblance , de l’ancien châteaude Podmen ou Bodmen , en latin Cajìrum Potami , qui est place.à l’extrémité du lac, ôc qui a aussi donné son nom à unemaison très-illustre, celle des barons de Bodman ou Podmen ;ils assurent qu’on appelloit autrefois le lac, Bodmerfié ou mêmeBodmanseé ; d’autres ont dit que ce lac a été nommé Boden-séeà cause de sa grande ( 3 ) profondeur, par ce qu’il est sans«fond, en Allemand ohne-Bodm ou Boden-los ; d’autres enfinplus raffinés lui ont donné une racine grecque , vcraymk , àcause de la quantité de rivières qui s’y jettent. II y a aussi desparties du lac supérieur de Constance qu’on distingue parla situation locale, Tune se nomme le lac de Bregenz, LacusBrigantlnus , l’autre le lac de Romishorn ; la partie du lac laplus voisine de Constance porte le nom de cette ville, enlatin ., Lacus Conjlanúenjìs , nom que l’on donne aussi en généralù tout le lac.

Ammien Marcelline) décrit le lac de Bregenz, qui estproprement celui de Constance. II en avoit vu les bords,lorsqu’il avoit servi dans l’armée de Valentinien. Après avoirrapporté que l’Empereur Constance , prédécesseur de ceprince, s’étoit mis en marche contre les Lentïens , nationAlkmamùque qui hábitoit la contrée de la Souabe qu’onappelle aujourd’hui de leur nom I.in{geu (5) , voisine dulac de Constance, & après avoir dit qu’Arbétion, général■de la cavalerie , côtoya avec un détachement considérableles bords du Lac de Bûgancc, pour pouvoir en venir d’abordaux mains avec les Barbares, il donne une idée du local. Voicises paroles : » Le Rhin dans fa source sort avec impétuosité» du milieu des hautes montagnes, ôc s’étend par le pays» des Leponûens (6) ; tel que le Nil qui se précipite par ses,, cataractes, il se répand sans fe mêler avec d'autres eaux» au travers des rochers entrecoupés. II est grossi par la fonteM des neiges, & après avoir coulé aux pieds des hautes rives„ qui le renferment, il se jette dans un rond & vaste lac« que les habitans de la. Rhétie (7) appellent Brìgance , ôc qui-, s’étend cinq cent soixante stades en longueur & presque

OGRAPHIQUES,

-- autant en largeur. La sombre horreur des forêts, les bar--- bares qui les habitent, la nature des lieux ôc l’intempérie« de l’air, semblent le rendre inaccessible, si ce n’est du côté-- où l’ancienne valeur des Romains, qui ne s’attachoit alors>3 qu’à l’utile, a pratiqué un chemin spacieux. Ce fleuve se» jette donc avec fracas dans ce lac & en traverse les eaux» tranquilles qu’il partage également jusqu’au bout. Tel« qu’un élément séparé par une discorde éternelle, il n’aug-» mente ni ne perd rien de son volume, ôc conservant son» nom & sa rapidité pendant le reste de sa course, il va se« perdre dans l’Océan. Ce qui est encore bien étonnant,33 c’est que le mouvement prodigieux de ses eaux n’emeut33 pas plus celles du lac, que le limon épais de celui-ci ne» retarde la marche impétueuse du fleuve. On croiroit ce33 fait impossible, si l’on n’étoit pas 'a portée de s’en con-» vaincre à chaque instant par ses propres yeux : ainsi Alphée33 qui a fa source en Arcadie, épris d’amour pour la fontaine»3 d’Aréthuse , fend, selon la fable , la mer d’Ionie, pour33 couler jusqu’aux contrées qu’arrose son Amante «.

Le géographe Pomponius (8) Mêla écrit que le Rhin quidescend des Alpes, forme presqu’â sa source deux lacs, celuidit Fenetus , ôc l’autre Acronius ; on entend par le premier, lelac de Zell, qui est la partie inférieure du lac de Constance,ôc on comprend fous le nom Acronius , le lac d’en-haut. II yauroit donc une inversion dans le détail du local, tel queMêla le donne , parce que le Rhin en venant des Alpesentre dans le lac supérieur , avant que de descendre dans lelac inférieur. Les sentimens font partagés fur l’étymologiedu nom Acronius. Quelques -uns (9) le font dériver d’unancien bourg des Romains dit Crommes - hom , qui signifiela Corne courbée du lac ; ils disent que ce lac a eu autrefoisplus de courbures qu’aujourd’hui, ayant été rempli dansquelques parties, avec la progression des siècles. Aussi cesétymologistes ne font-ils pas difficulté de conjecturer qu’il fenommoit anciennement le lac courbé, en Allemand Cromma-fée ou Acroma-sée. D’autres savans (10) qui font venir lesSueví , les habitans de la Souabe des bords de la mer Bal-tique, prétendent qu’en se fixant sur ceux du lac de Cons-tance , ils l’appellèrent Cronius , du nom d’un fleuve de leurpatrie primitive. Je demande pardon au Lecteur pour l’extraitde toutes ces belles étymologies, ôc je me garderai bien defatiguer fa patience par celles qu’on a imaginé fur le nom delacus Fenetus ou Fenedus que Mêla a donné au lac inférieurde Constance.

Depuis la mort d’Ammien Marcellin, le tableau local dulac de Constance a bien changé. Les forêts épaisses qui ins-

(i) Wegelin, Thésaurus Rer. Sutvicar. T.IF. p. 583 fi> fcq.

( j ) Walafride Strabon, Abbé de Reichenau, qui vivoit dans le neuvièmesiécle, écrit dans la préface de la vie de Saint-Gall ( apud Goldaflum interferi-ptores Rer. Alamannìcar. T. 1 . parte 11 . p. 143 ). que l'ancienne ville de Bregenzqui étoit déjà tombée en ruines, avoit donné son nom au lac que forme le Rhin,que l’on appelle autrement Lacus Potamicus , suivant une étymologie Grecque.Brigantium oppidum jam vetuflate collapfum lacui, qui Rheno interfluente ejfici-tur, nomen dedu qui alio nomine juxta Gracam etymologiam Potamicusappella-tur. Ratpert, Moine de Saint-Gall, à la fin du neuvième siècle, écrit aussi( de cafibus monafterii Santli Galli Cap I.p. 1. apud Goldast. ìbid. T. 1 .parte I. )que le Château d’Arbon est situé sur le lacus P otamicus.

(4) Lib. XF. Cap. IF. Rhenus amnis lacum invadit rotundum & vaftum , quemBngantiam accola Rkitus appellat, Je me sers ici de la traduction d’AmmienMarcellin, qui a paru à Lyon en 1778, ìn-\ r , T.I. p. 100-103 • Lai suppléé àcr- qui manque dans la traduction, elle pêche par plusieurs omissions considéra-bles. Strabon 'Glog. Lib. Fil.) donnoit au lac situé entre les sources du Danube &du Rhin , & qui est formé par ce dernier sterne, plus de trois cent stades de circuit ,

& prés de deux cent autres de trajet ; mais il y a erreur dans ces dimensions,comme l’ont observé Fadianus dans ses commentaires fur Mêla, & Cluvierdans son ancienne Germanie , ( Lib. 11 . Cap. 40.) Pline (Lib. IX. C. XVIII)Solin ( Cap. XXIF), & Ptolomée ( Geog.Lìb. II.) font aussi mention dulacus Brigantlnus ou Brigantius

(y) Le Traducteur d’Ammien Marcellin a imaginé, mais sans aucun fon-dement , que ces peuples tiroient leur nom de la ville de Lentìa , aujourd’huiLinti , capitale de la Haute-Autriche.

(6) Les Lepontiens étoient proprement les habitans du val appellé de leurnom Fallis Lepontina , aujourd’hui le val de Livenen qui appartient au Cantond’Uri & qui est situé au pied du Saint -Gothard : les Lepontii n’étoient paséloignés de la source du Rhin & de celle du Rhône.

( 7 ) Aujourd’hui le pays des Grisons.

(8) Lib. III. Cap. II.

(p) Stumpfii' Chron. Helvetii , T, II, Lib. F . C. IX, 6 ’c. ì

{ 10) Thésaurus Rer. Suevicar. Cura Wegelini, T. 1 , pag. ïpi, 251, lyé &feq. & T. IF• pag. $7^-382 (f j8j.