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Tome premier.
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TABLEAUX T O P 0 -G R A P H 1 Q U E S,

sur un lac d’où sort la rivière Limât, qu ? il nomme par cor-ruption Lemannus. II ajoute que cette ville étoit une ancienneColonie des Empereurs ou des Rois, Imperatorum feu Regumolim Colonìa fuit. Le Poète Gunther (3 ), son contemporain,a de même appelle Lemannus , la Limât, qu’on nomme enlatin Lindimacus ou Limagus.

Le lac de (4) Zurich est: un des plus considérables de laSuisse ; fa longueur de Scbmcrikcn, ( dépendance des Can-tons de Schweitz & de Claris ) jusqu’aux palissades de la ville.,a trente mille pas géométriques , ou dix lieues , mais iln’excède jamais -la largeur d’une lieue. Sa profondeur n’estpas par-tout la même. Entre Meilen & l’Au, il y a un fondde quatre-vingt toises , mais au pont de Rappersehveil, oùle lac d’cn-haut est séparé de celui d’en-bas , le fond est sij/eu considérable qu’on a été obligé de creuser un canalpolir y faire passer les navires lorsque les eaux sont basses,particulièrement pendant l’hiver.'Le lac d’en-haut commenced’un coté au village de Schmeriken qui est dans le Bailliaged’Uznach, appartenant aux deux Cantons de Schweitz &•de Claris, & de l’autxe part au pays de Marc h Canton deSchweitz, près de Grynau où la Lintqui fort du Canton deClaris entre dans le lac. Cette partie supérieure a près detrois lieues .j usqu’au pont de Rapperschveil. II y a trois ins-pecteurs ordonnés pour la régie du lac d’en-haut, on lesappelle en Allemand Sée-Voegt ^ Baillis s du Lac ■ l’un est deRapperschveil, l’autre de Lachen, &: un troisième de Schme-riken , ils alternent annuellement pour l’exercice de leursfonctions , & ils punissent tous ceux qui contreviennentaux reglemens faits pour le bon ordre de la navigation. Lelac d’en-bas a bien six fortes lieues depuis le pont de Rap-perschveil jusqu’à Zurich. Son unique issue est la Limâtdont j'ai tracé le cours dans un chapitre précédent. Tout lelac est très - poissonneux , sur-tout en truites, en saumonsen carpes. David Herliberger ( 5 ) a donné un détailcurieux des poissons qu’on y pêche, il a même eu l’atten-tion de les graver fur trois planches. Le lac est de la plusgrande utilité a la ville de Zurich tant pour le commerceintérieur que pour le commerce extérieur, & íur-tout pourcelui d’Italie : il porte des bâtimens chargés jusqu’à deuxcent cinquante quintaux. On ne sent cette importance plusvivement que lorsqu’il est gelé , ce qui arrive dans deshivers bien froids.

L’Empereur Otton I doit avoirdonné, par une inféodationen 956 011939 ou même 966, à la ville dc Zurich, la pro-priété de tout le lac, auísi loin que les vagues battent lesdeux rivages. Ce diplôme qui -n’a jamais été imprimé ,malgré son importance ( 6 ), doit avoir été confirmé en1362. par l’Empereur Charles IV. Un seul petit district étoitexcepté de cette donation, c’est celui dit Frauenwinkel, quise trouve entre l’île Aufnau &c le château de Efefiken, & qui

avoit été donné dé j a auparavant a l’Abbaye d’Einsidien ouNotre-Dame des Hermites. On assure que toute cette dona-tion a paru suspecte à MM. de Schveitz , dans la prétentionqu’a eue la ville de Zurichen s’attribuant lajuriselictiondetoutle lac j différent qui dure encore entre ces deux Cantons. Celuide Schveitz a opposé ala pétition de ses voisins, des documens& des actes.d’usage qui la combattent vivement. II est dumoinssûr qu’au temps de l’Empereur Otton I, la ville de Zurichjouoitun rôle assez médiocre ; l’Abbesse du Moutier des Béné-dictines , fondée a Zurich dans le neuvième siècle par Louisle Germanique , petit-fils de Charlemagne, pour fa fille laPrincesse Hiîdegarde, étoit Dame de cette ville, &: elle nereconnoissoit pas d’autre souverain temporel que l’Empereurou le Roi de Germanie. Zurich est nommé simplement parLouis le Germanique dans les lettres de fondation du Moutierdes Dames, Curûs nostra Turegum & même Ficus. Cette dernièrequalification ne désigne certainement pas une ville. Nousdirons autre part l’époque où Zurich commença a être villeavec quelques privilèges municipaux. Mais cetheureux tempsne remonte pas au règne d’Otton I. D’ailleurs si le lac deZurich porte le nom de cette ville, comme de lapins con-sidérable de toutes celles qui font fur ses bords, cette espèced’hommage rendu à la considération , doit - il annexer'aune seule partie tout le domaine d’un lac auísi considérable ôcauquel participent les Etats limitrophes J D’autres lacs enSuisse qui portent le nom d’une ville principale, appartien-nent à divers Souverains. Déja, dans les anciens temps , il yavoit fur les bords du lac de Zurich, des Comtes & desBarons puissans qui ne relevoient que de l’Empire ; plusieursAbbayes, sur-tout Einsidlen, celle de Zurich même, poste-doient plusieurs droits fur le lac, bien des années avant quele Magistrat de Zurich se réglât par lui-même íàns aucunedépendance de l’Abbesse, fa souveraine. Vraisemblablementces vastàux de l’Empire , soit Ecclésiastiques, soit Laïcs,n’eusscnt pas vu de bon œil une donation telle que celle quel’Empereur Otton doit avoir faite. Au reste tout gît en preu-ves, & la discussion du procès dont je parle en dépend uni-quement. On dit que bien des personnes impartiales de laSuisse eussent désiré la suppression de cette demande dansun temps où les plaies de la guerre civile de 1712. saignentencore , guerre où Zurich & Berne ont étendu leurs terri-toires aux dépens des Cantons fondateurs de la Liberté Hel-vétique.

Je reviens au lac d’en-bas. La ville de Zurich en a confiél’inspection & la police, tant pour la pêche que pour lesdélits, à deux Membres de son petit Conseil. On les nommeaussi Sée-Voegt 3 les Baillifs ou Avoués du Lac.

J’ai déja observé que ce lac est de la plus grande utilité à laville de Zurich. Le transport des marchandises pour l’Italie,non-seulement pour Coite j mais aussi par le mont Saint-

( 5 ) Guntheri Ligurini de Geftis Friderìd prìmi , Lib. III. pag. 313 , interveteres feriptores Germanie d Reubero eiitos , Francofurti 1584, ìn-fol. CePoète en parlant de la fuite d’Arndid de Bresse , fameux Hérésiarque du dou-zième siècle, à Zurich, s’exprime ainsi.

Fugit ab urbesua , Tranfalpinis que receptus .

Qua fibi vicinas Alemannia fufpicit Alpes ,

Nomen ab Alpino duccns , ut famaLtmanno ,

JAobilc Turregum, doSoris nomme falfo ,

Infedit , lotam que brevi sub tempore terrantPerfidus , impure fœdavît dogmatls aura :

TJride venenato dudum eorrupta sapore„

Et minium fais doéirinayatis inhêrens ,

Servat adhuc Vus. gustum gens illa paterne,

(4) Jean-Erhard Escher, description du lac de Zurich, en Allemand,Zurich 1692, in- 8 . fig. Bluntsckli memorabilia Tìgurína , p. 584-585 , dernièreédition in- 4. en Allemand avec fig. Sckeuch^eri binera Alpina , T. L p. 67 &seq. David Herrliberger, Topographie de la Suisse, T. I. p. 5 î 8c suiv.Zurich 1754, in- 4. avec fig. en Allemand. Leu, Dict. Hist. de la Suide,T. XX, p. 648-649. Faesi , Desc Topog. de la Suisse. T. I. p. 250-154.Tscharner, Diction. Géog. Hist. 8c Pol. de la Suisse, T. II. p, 214-215,6cc.(.5 ) Topog. de la Suide, T. I. p. 73-76. ,

(6) M. Faesi, de Zurich , avoue ingénument dans fa description de laSuisse, T. I p íf i. qu’il craint que I’original de cette inféodation soit perd»depuis crès-long-terops,

Gothard,

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