PITTORESQUES,
Gothard, se fait sur ce iac. Les premières, pour le pays desGrisons , font conduites fur des navires jusqu’à la tête dulac d’en-haut, les autres font débarquées à Horgen, où il ya une douane considérable, & de-là elles font transportéespar terre jusqu’aux lacs de Zoug & de Lucerne. Indépendam-ment de ce transit de marchandises, les habitans voisins dulac tirent de gros profits de la navigation, ils transportentjournellement des voyageurs, ou des pèlerins qui vont àNotre-Dame des Hermites ; ces derniers font menés par eaujusqu’à Richtenfchweil : le lac sert aussi principalement auxcitoyens de Zurich pour l’importation des pierres de bâtisse,pour celle du bois, du charbon, de la tourbe, du vin & desautres denrées nécessaires à la vie ; quand on est à Zurich levendredi, jour du marché de la semaine , en promenantfa vue fur le lac dès l’aubc du jour ou même jufqu’au cou-cher du soleil, on ne découvre presque pas l’eaudans le Grcndelou bassin de la ville, attendu qu’il est couvert de bateaux & denavires chargés de bled, de vin & d’autres marchandises quifont dans un mouvement continuel pour entrer ou sortir. Sidans un hiver trop rigoureux le lac se gèle, le dommage qu’enéprouve la ville de Zurich est très-considérable, la naviga-tion est alors arrêtée avec l’importation des denrées ; maispareille détresse arrive rarement. Le lac d’en-haut jusqu’àRappersclweìl & même jusqu’à Stefen fur le lac d’en-bas,gèle presque tous les hivers, .mais pour peu de temps. Lelac d’en-bas n’est pris que dans des temps où il survient unfroid très-âpre & qui a une longue durée au milieu d’uncalme profond. En 1763, le lac d’en-bas fut gelé près d’unmois, èc en 1766, il resta pris jusqu’aux palissades de la villependant neuf semaines.
Les environs du lac font des plus rians, c’est une chaînecontinuelle de vignes , de prairies, de villages &: de beauxbâtimens. Les habitans de ces contrées font très-occupésnon-seulement à la culture des différentes productions de lanature, mais aussi au travail des fabriques. E11 sortant de la villede Zurich, le lac s’avance d’abord plus ou moins vers le midi,ensuite il se courbe vers le levant, & eu égard à fa médiocrelargeur, il ne peut pas comme les autres lacs être assez agitépar les vents impétueux, pour qu’il devienne trop dangereuxpour la navigation ; & s’il y est arrivé des malheurs, la mal-adresse des bateliers, quelquefois ivres, en a été souvent lacause, soit en exhaussant trop les voiles dans des tempêtes, soitpar d’autres manœuvres mal dirigées. Autre observation : lalargeur modérée du lac ne consume pas autant de terrein qu’enabsorbent les lacs de Constance & de Genève , & cependantil fournit aux habitations limitrophes les mêmes avantagesque ces grands lacs rapportent aux leurs.
On a observé quelquefois des trombes fur le lac de Zurich.De temps à autre il roule une écume jaune, le peuple ditalors que le lac fleurît ou esi en sieur j des Naturalistes veulentque cette écume s’élève du fond du lac, qui offre fur fa surfacece changement soudain ; d’autres en attribuent la cause aurouge de quelques herbes aquatiques, ou à la fleur subtiledes pins & des sapins que le vent répand fur le lac. Lassonsau tableau détaillé. L’aspect des deux bords est charmant,& on né peut pas imaginer un local plus enchanteur. Ondécouvre fur les deux rives une longue fuite de beaux vil-lages , un
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grand nombre de maisons de plaisance & de
jardins. Si on promène fa vue au-delà & entre les deux côtésdu lac , particulièrement fur la droite , on découvre unelongue chaîne de collines couvertes de vignobles qui dureplusieurs lieues ; on apperçoit au-dessus d’elles ou des champsde bled ou des prés, &: le tout est couronné par des bois depin &c de sapin. Ces tableaux divers offrent à l’œil la sensa-tion la plus agréable. Au - dessus des collines couvertes devignes qui fe prolongent le long des bords du lac au midi,& derrière une charmante vallée , qui est entre ces collines& que la rivière de Sil traverse, s’élève le mont Albìs quirègne fur une longue chaîne d’autres montagnes. L’Albisest couvert de bois, il est vrai, mais à mi-côte il offre ungrand nombre de riches fermes de paysans. On raconte d’unItalien, qu’en arrivant à la cime dcl’Albi.s„ d’où il découvroità la fois la ville de Zurich avec le lac, plus de vingt bourgs& villages, quantité de maisons de campagne, & les environsde tout le lac si agréablement ornés par la nature & l’art,il s’écria dans un transport d’enthousiasme, ha! quaiparadifo!En effet quiconque regardera ce local, soit depuis la villemême, ou fur une hauteur voisine , fera obligé d’avouerque c’est une des plus agréables, des plus superbes & desmieux cultivées des contrées de toute la Suisse. Les deuxrives du lac semblent offrir dans un tableau suivi, de beauxvillages, ( tous bien peuplés, & qui font entrecoupés par desmaisons de campagne ) deux belles villes qui fe prolongentà quelques lieues & au milieu desquelles brille un superbelac. Je vais en tracer le contour.
En sortant de Zurich ( * ) par la porte haute, pour allerà Rappersclweìl, on trouve un moulin qui a le droit exclusifde fournir les bois nécessaires pour la structure des bateaux.A gauche est situé le joli bien de campagne qui appartientà un Gentilhomme de la Maison de Breiten-Landenberg. Onappelle cette campagne Çreuflmhel , ôc l'Eglise qui y estannexée, Creutflárch , l’Eglise de la Croix, ainsi nommée d unecroix de pierre qui est tout auprès. Plusieurs croix fontplantées dans une certaine distance autour de la ville, ellesdésignent son ancienne banlieue.
Au-dessous & près de cette Eglise de la Croix, Zum Kreu%,on trouve la jolie maison de campagne qui appartient à unnoble Ránhard j on voit ensuite le Sée-Feld, terrein fertileau bord du lac, & qui approvisionne journellement Zurichde légumes & de toutes sortes de productions de jardinage.Plus bas fur le lac, on arrive aux maisons de campagne quiappartiennent à divers particuliers de la ville, entre autres MM.Meyer & Landolt ; au Muhlibach, est celle de M. Steflan j en-dehorsdu Pluhsteg dans la communauté de Riespach on voitla campagne du noble Grebel ; un peu au-dessus & plus avant*en terre s’élèvent les deux belles maisons de plaisance deMM. de Murait & Gojfweiler. Dans les anciens temps, lesnobles Biberlìn de Zurich, avoient leur habitation au-dessusdu terrein où font présentement ces maisons. On appelleencore l’emplacement de leur château, le bourg ou le châteaude Biberlìn. Le district montueux qui penche ici vers le lac&; qui est très-connu à Zurich par ses excellons vignobles,fe nomme Burghalden.
Le joli terrein de Riespach ie long du lac au-dessus duSéefeld , & d’où part un avancement dans le lac qu’onnomme la Corne, en Allemand das Horn , offre le spectacle
(*)PlAKCHES §9 , 104.
Tome I.
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