T A B L E A U X TOP O C R A P H 1 Q V E S,
cle l’Etranger qui parcourera ees plages fameuses. Jadis lejeune Thémisto'cle, d’Athènes, ne goutoit pas les douceursdu sommeil toutes les fois qu’il songeoit aux trophées deMiltiade. O ! Suisses anciens & modernes , n’cubliez jamaisle berceau de votre Liberté, vous lui devez tout, & fans les•efforts généreux des voisins du lac que je vais décrire, vousgémiriez encore dans les chaînes féodales. Ces habitans eurentle courage de voler au secours de la ville , aujourd’hui laplus puissante du Corps fédératif qui leur doit son établisse-ment. Champs de Laupen ! rappeliez fans cesse aux Bernoisque la valeur des trois Cantons y détermina la victoire. Oncitera peu de batailles ou exactions dans la Suisse, où ces Can-tons n’aient eu quelque part, & presque toujours la part laplus distinguée. Gui, si l’ingratitude des defeendans osostjamais les taire, les rochers même dépoferoient contre leursilence dénaturé. ■
Me voici a Lucerne (st ), où la Russe sort du lac des quatre■Cantons, pour aller porter ses eaux turbulentes dans l’Are,sous Windifch ; j'entre clans la barque, & je vais côtoyer ladroite du lac, en le remontant jusqu’au port de Fluelen , dansle Canton d’Uri. Le lac des quatre Cantons Forestiers est-cippeiié ( 3 ) en Allemand der Fier waldstaedter séc , & en latinquatuor civitatum sylvestrium lacus , on le nomme auísi fylvanuslaças j le lac Forestier.. On appelle ordinairement en AllemandWald-siaedt , villes Forestières , les quatre Cantons de Lucerne ,Uri, Scnveitz &: Underwalden, probablement à cause de laquantité de forêts qu’il. y a dans ces contrées ; ce districtforme auísi le plus étendu des Chapitres Ruraux del’Evêchéde Constance, sous le nom de Caphulum quatuor Cantonum 3en Allemand Das IF Waldfraedter-Capitul 3 le Chapitre des quatreCantons Forestiers. II ne faut pas confondre ces quatre villesForestières avec celles du même nom qui appartiennent à laMaison d’Autriche, dans la proximité de la Suisse , & quifont les villes de Rheinfelden 3 Seckingen , Laujfenbourg & Wal-dshllt.
Le lac des quatre villes Forestières de la Suisse, touche aulevant le pays d’Uri, au couchant la ville &; le territoire deLucerne, au midi lepays d’UnderwalcIen, & aunord celui deSclwcitz.La charte de la fondation du Monastère de Lucerneà la fm du septième siècle, le nomme magnus lacus, le grand lac.
La partie de ce lac, la plus proche de Lucerne, & qui estfous la domination de cette ville , fe nomme distinctementle lac de Lucerne j pareillement le district de ce lac enclavé entreles montagnes du Canton d’Uri, est appelle le lac d’Uri. Lelac des quatre Cantons Forestiers & celui de Zurich, passentpour les deux plus grands lacs de la Suisse, après ceux de Cons-tance & de Genève. Les côtes du lac depuis Lucerne jufqu’àKussnacht , & de-la en remontant jusqu’à Weggis, sontbordés de bourgs, de villages, de châteaux , de maisons decampagne, de belles & riches prairies, & même de quelquesparties de champs de bled de vignobles. Ce lac offre auísi dessinuosités, des haies, des ports, d’une assiette singulière : dansfa plus grande partie il est environné de hautes montagnes& de retranchemens de rochers escarpés ; il s’ouvre du côtéde Lucerne , &: ses vagues battent le pied des collines quile bordent. Sa longueur du couchant au levant, de Lucerne
( 5 ) Plantini Helvetia antiqua. & nova , Cap. XY. p. 16. in Tkesauro Hel-•vetics. Historia.
Scheuck^eri Itinera Alpìna , T. I. p. II- & feq.
Leu, Didt. Hist. de la Suisse. T. XIX. pag. LS-tzp.
à Fluelen , dans le Canton d’Uri, -est de huit fortes lieues. Salargeur la plus considérable depuis Kussnacht, dans le Cantonde Sclweitz jusqu’à Stan^stad ou Hergistckweil , dans le Cantoncì’Underwaiden-le-Bas, porte fur trois lieues : mais si on yannexe encore le lac â'Alpnach , qui fe joint à Stanz-stad avecle lac des quatre Cantons, alors la largeur par-dessus la sectiondu lac , dite en Allemand Creur triechter 3 Ventonnoir de la Cioix ,portera sur près de trois milles d’Allemagne ou six lieues deFrance. En général la largeur d u milieu comprend une lieueentre les deux caps ou promontoires, elle est encore plusresserrée entre Fqnau & le Burgenberg où elle a tout au plus unquart de lieue. On trouve un pareil étrécissement près duEohen-wand, au-dessus de la potence du bourg de Gerstau , &aussi près de Fluelen, proche de la tête du lac, entre le petit& le grand Saxen. Dans ces endroits , & particulièrement aumilieu de Ventonnoir de la Croix , la profondeur du lac est decent dix jusqu’à cent trente toises. Scheuch^er rapporte queles bateliers lui dirent qu’on avoir trouvé avec la sonde, que laprofondeurdu lac entre Brunnen & Saxen étoit de deux centcinquante & même de trois cent toises. Cysat ne l’estime êtreque de cent vingt ou cent trente. La rivière la plus consi-dérable qui fe jette dans ce lac , est la Russe ; elle y entre prèsSéedorf, Canton d’Uri, à la tête du lac, & elle en ressort à l’ex-trémité, à Lucerne, où elle reprend son premier nom. La navi-gation de ce lac passe pour dangereuse, à cause de la quantitédes chaînes de rochers escarpés & presqu’à pic qui l’en-vironnent. Le mugissement des vents , les échos, le rebon-dissement , la réflexion de l’air agité qui fe répètent d’unretranchement de rochers à l’autre , inspirent la frayeur. Ledanger même augmente, parce qu’on ne peut aborder quedans peu d’endroits , & qu’on ne peut même, qu’avec degrandes peines , être secouru par les habitans du pays ,lorsqu’il survient un ouragan. On ne tient alors que diffici-lement le large , pour ne pas fe briser contre les rochers descôtes, & il fe détache quelquefois, fur-tout dans le prin-temps , des pierres énormes de la cime des montagnes limi-trophes , qui, dans leur chute, peuvent écraser ou submergerles barques à leur passage le long de ces montagnes. Ajoutonsque si les bateliers ne sont pas assez intelligens pour fe réglerfur les variations des vents qui règnent fur ce lac , ou siquelquefois ivres ils haussent trop les voiles , tandis qu’ilsdevroient les tenir baissées, les voyageurs courent de grandsrisques. II est d’ailleurs des faisons où la navigation est plusou moins dangereuse : en général depuis Weggìs par Kujf-nacht, jusqu’à Lucerne , on peut aborder presque par-tout.
Malgré ces objets à réflexion, la navigation fur ce lac estpeu interrompue pour le transport des marchandises del’Allemagne & de la Suisse en Italie, & pour le retour desmarchandises d’Italie par le mont Saint-Gothard, en Suisse& en Allemagne. Disons aussi un mot de la pêche dans celac ; elle y est copieuse en poissons délicats & recherchés,particulièrement du côté d’Uri, d’où l’on tire les plus grosseslottes de la Suisse. Du côté de Stany-fiad, l’on pêche de laperche, singulièrement grande. II y a bien des habitans d’Al-sace qui viennent à la fin de l’automne faire des achats deslottes de ce lac, ils les transportent jusqu’à Strasbourg fur
Faesi, Descript. Topog. de la Suisse, T. II. p. io 12.136 137.233 & Z02.
Diction. Géog. & Pol. de la Suisse, Partie I. p. 59 & Partie II. p. 196-197.
(^Planches 85,97,109.
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