PITTORESQUES, 6c. DE LA SUISSE.
traction des digues, &: elles seroient encore utiles à d’autresobjets. On peut aussi observer que les grands lapins, quifont dans les forêts fur un fol humide 8c presque détaché,étant plus fréquemment secoués par les vents, avancent plutôtles éboulemens de terre 8c les rendent plus dangereux. Ondcvroit planter pareils districts, dans les lieux bas, de frênes& de saules; ces arbres jettent de fortes racines, dessèchentle terrein &: ne font pas un grand poids : mais dans les lieuxplus élevés on devroit planter d’ormeaux les districts ain stexposés aux ouragans &.aux éboulemens ; on les couperoittous les huit ou neuf ans. M. Trumpi recommande a seschers compatriotes du Canton de Claris d’apporter uneplus grande attention a Tamélio ration 8c à la conservationdes bois ; ce seroit le moyen de baisser le prix de Tâchât dubois, 8c alors on pourroit en vendre le superflu aux Etrangersqui répandraient ainsi de l’argcnt dans le pays. Un autre vœude M. Trumpi est qu’on fasse de sages règlemens pour écono-miser dans les ménages la consommation du bois à brûler.Toutes ces vues font vraiment dignes du cœur d’un Citoyenzélé 8c qui est ennemi de tout intêrêt personnel. Par une con-tradiction bien remarquable, on trouve sur les Alpes du Can-ton de Claris, d’anciens troncs d’arbres dans des endroits oùil ne croît plus de bois, 8c Ton est obligé de porter du boisfur beaucoup de hauteurs des montagnes. Autre observation :on ne connoît pas dans ce Canton T usage de brûler desplantes d’une tige forte 8c d’un âge avancé, telles que le Filixmajor ramosa , la fougère , &c celles qu’on nomme en AllemandBreusch 8c dont je.viens de toucher un mot dans une note í y ) ;ees plantes seraient pourtant d’un grand secours pour le chauf-fage. On peut en dire autant des tourbes ; on en a découvertdans la partie basse du Canton de Claris, du côté de Bilten& d'Urnen, 8c l’on pourroit s’en servir avantageusement poursuppléer au manque de bois. Ajoutons que les coupesréglées dans la plupart des Cantons ne peuvent jamais êtreassez recommandées , attendu qu’eìles préviennent biendes abus.
Dans la majeure partie de la Suisse, les champs & les présfont entourés de haies de bois sec, dont le renouvellementnécessaire &: trop répété cause une grande consommationde bois. Plusieurs prairies 8c vignobles annexés a des fermes,font dans des enclos murés qui obligent d’année cn annéeà des réparations dispendieuses ; il seroit infiniment plusutile d’y substituer des haies d’épine blanche ; on les a intro-duites & on en continue T usage avec foin dans les Cantonsde Zurich, de Berne, de Baie, de Soleure, 8cc. En tempsde guerre le pays plat trouverait dans les haies vives 8c épaissesdc nouveaux moyens de défense contre l’attaque des troupesù cheval ; il est moins difficile d’abattre des haies de boissec mal entrelassées ôc de foibles murs d’enclos , que deshaies touffues d’épines. Les Officiers qui ont été à la bataillede Laufeld près Maëstricht en 1747, doivent se souvenircombien la résistance des ennemis dans les villages attaquésa été opiniâtre derrière leurs retranchemens naturels, garnisde haies vives 8c épaisses. Autre abus : le paysan abat un arbredans un bois , mais il ne le déracine pas ; la paresse luiengourdit alors les bras, il croit que le bois ne lui manquera
pas, le pays en est assez généralement couvert ; mais ce paysanfait un grand tort au sol. Les souches avec les racines restéesdans la terre en tirent le meilleur suc, & retardent dans leurcontour la croissance des nouvelles plantations : il sc passe biendes années jusqu’à ce queles souches soient pourries. On a ima-giné (6) une machine fort ingénieuse pour arracher les grosarbres, 8c les troncs avec leurs racines. Un Paysan du Can-ton de Berne, nommé Pierre Sommer , en a été l’inventeur : ons’en servit au mois de Décembre 17^9, dans un bois proche deBerne , en présence des premiers Magistrats de la ville , 8cd’un grand nombre de spectateurs ; un chêne de trois piedshuit pouces de diamètre par le bas, fut arraché avec toutesses racines en huit minutes ; & il est à remarquer que le folétoit gelé constamment depuis près dc deux mois. On peutaussi se servir de la même machine pour transporter des gran-ges , maisons 8c autres bâtimens de charpente ; cette machinea été gravée dans les Mémoires (7) de la Société Economique deBerne. En déracinant les souches avec les racines, on hâteraitle renouvellement des bois, les plantations ne périraient pasen si grand nombre , parce qu’elles tireraient un suc plusnourricier , &: les troncs déracinés fourniraient une plusgrande quantité de bois a brûler.
Je passe au Val! ai s, où il dépérit une quantité immense desplus grands arbres, faute dc débouchés pour le transport. M. leBaron de Zur-Lauben a parmi les manuscrits dc fa Bibliothè-que un Mémoire ( 8 ) curieux fur la Savoie , dressé en 1727par un habile Ingénieur de France, 8c dans lequel ( 9 ) ontrouve le projet de rendre le commerce d’une plus grandeétendue de Lyon à Genève, en rendant le Rhône flottable8c navigable. Entr’autres grands avantages qui reviendraientde cette entreprise, elle épargnerait au Roi les frais consi-dérable des mâts que Sa Majesté tire du nord, 8c que le Yallaisque le Rhône traverse dans fa longueur, fournirait en abon-dance à bien moins de frais. Ce grand projet consiste en deuxcanaux, dont le plus étendu qui n’auroit que trois cent qua-rante toises de longueur, commencerait â Tendrait où leRhône se perd &: s’engouffre au pont de Lucey , fur une largeurde vingt-cinq toises ; le reste de l’ouvrage consisterais à dégagerle lit clu Rhône de quantité de rochers, en les minant 8cles rasant jusqu’à quatre pieds au-dessous dc la superficiedes plus basses eaux , afin de rendre ce fleuve navigable8c flottable pendant toutes les saisons de Tannée. L’au-teur du Projet dit que la grande difficulté consiste dansles frais de cette entreprise , qui coûterait près de quatremillions , mais qui en revanche apporterait à la France larichesse d’un commerce florissant. Le nom seul de Lyon 8cde Genève, &: leur proximité , peuvent faire comprendre lenotable avantage qui en reviendrait au Royaume , si Tonfacilítoit par la navigation du Rhône le transport des mar-chandises de France , qui de Lyon à Genève payoíent déjaau temps, que ce Mémoire a été dressé, sept pour cent dedouane, sans y comprendre les frais de voiture qui se font àdos de mulets. L’auteur ajoute que la consommation desmarchandises que les Génevois tirent du Royaume , sur-passerait de beaucoup celle qui résulte de leur commerce avectoute autre nation.
( y ) Voyez ci-devant la note ( ; ).
(6) Recueil de Mémoires de la Société Economique de Berne, T. I.Partie Il.pag. 175-182.
(7) Ibidem, T. I. Partie II. p. 441.
(8) 1" 4.
(p) Pag. 137-140.