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Tome premier, seconde partie.
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PI T. TORESQUES,&c. DE LA SUISSE.

tabie par son zèle, fa conduite Sc ses mœurs, Sc il s’y trouved’excclicns Prédicateurs ; mais celui des diocèses de Laie, deLausanne, de Syon Sc de Loire pàroît l’emporter par l’cxem-ple de la régularité fur celui cle l’Évêché de Constance. Unhomme du pays, très-instruit, a qui j en demandois la çause,me l’expliqua ainsi. «Monsieur, medit-il , cette disparité ne" vous étonnera plus quand vous saurez que les Évêques de» Lausanne , de Loire &; de Syon, présentement plus cir-15 conscrits dans leurs revenus que leurs prédécesseurs dans" le treizième siècle, Sc bornés à des diocèses moins étendus,« ne perdent que rarement de vue leur bercail. Tant que les« Évêques de Genève jouissaient de leur puissance tempo-» relie, on n’en trouva parmi eux aucun digne d’être canonisé.” Ce n’a été que depuis leur retraite à Anneci dans la triste” Savoie, Sc après avoir tout perdu, que fur les ruines de» leur Église s’est élevée cette immortelle tige qui a tant» honoré l’Évêché titulaire de Genève. A cet éloge il vous" est facile de vous rappeller le nom de Saint-François de Sales j» ses successeurs ont hérité de son exemple Sc de ses vertus.M Rien de si estimable que le Clergé du diocèse d’Anneci : celui« de Lausanne ne Test pas moins. L’Évêque titulaire, résidant” a Fribourg , quoique réduit à un état peu compatible avecfa dignité, y fait honneur , Sc ce Prélat vigilant trouve" encore dans fa médiocrité des ressources pour la veuve &” l’orphelin. Ceux qui se destinent a la Prêtrise vont étudier” dans les principales Universités de France, plusieurs d’cntr’-« eux ont reçu le bonnet de docteur en Sorbonne, mais aucun» n’est admis à une Cure dans le Canton de Fribourg que par» le concours ; le Magistrat a l’attention bienfaisante de" seconder le zèle de l’Évêque. Ce concours, si sage & si« salutaire, n’a pas lieu dans la partie catholique de la Suisse” qui est comprise dans le vaste Diocèse de Constance. On s’y» plaint même qu’un grand nombre de Prêtres y mènent une” vie peu édifiante, mais peut-être sont-ils plus dignes de pitié" Sc moins condamnables qu’ils ne le paroissent. Vous savez,” Monsieur , que dans cette partie catholique qui est très-» considérable, il n’y a ni concours, ni Séminaire ; l’expérience” nous apprend assez que la jeunesse dans tous les états s’égare” facilement quand elle n’est point arrêtée dans fa fougue.’ 5 Le Pasteur principal du bercail est éloigné, les ouailles” n’entendent que faiblement fa voix lointaine. Au reste ce» Pasteur, comme Prince de l’Empire, a le droit d’user de” tous les délassemens attachés à fa dignité. On trouve, il est" vrai, un Séminaire à Constance , mais il n’y entre pas de" Suisses ; la pension alimentaire qu’on exige leur seroit trop” coûteuse, & d’ailleurs des Prêtres Suisses élevés dans un Sé-" minasse de Souabe, n’y respireroient souvent que des maxi-« mes Allemandes peu propres au gouvernement des Cantons.

« Les Séminaires de la France n’ont pas les mêmes inconvé-” niens, parce que cette Couronne est notre plus ancienne" alliée Sc notre boulevard naturel. Les Candidats de la Suiíîe« qui aspirent aux Ordres, ne soutiennent a Constance qu’un« examen assez foible ; ils y arrivent munis de quelques attes-w rations, au moyen desquelles, sur-tout depuis la suppression-- des Jésuites, cet examen est encore moins rigoureux. Ces» attestations avec la taxe décident de la réception du jeune» Initié qui revenu, dans fa patrie, n’a rien de plus pressé que« de monter en chaire, « 5 e qui plein de son mérite court de» paroisse en paroisse étaler sa naissante éloquence. II met>3 a contribution Fléchier 3 Bourdaloue , MajJiUon , qui, heureuse-Tomt I.

>3 ment pour lui, ont été traduits en Allemand, je dis heureu-”sement , car excepté l’Allemand'leur langue maternelle., Sc» un peu de l’Itaiicn, s’iís ont reçu l’éducation gratuite au» collège Helvétique de Milan, nos jeunes Prêtres ne savent" presqu’aucune autre langue. Je ne parle pas du latin, ils” l’ont appris dans les collèges, & je veux croire pour l’hon-« neur de leurs Professeurs, qu’ils l’ont bien étudié. L’état» de Prêtre est si attrayant dans plusieurs Cantons, que,» dans l’espérance d’obtenir une bonne Cure ou un gros Béné->3 fice, plusieurs fils de la même famille prennent les Ordres." On a vu ainsi s’éteindre par cet empressement souvent répété» un grand nombre de familles. II y a dans les Cantons d’excel-" lentes places à donner, de riches Canonicats qui ont pour» objet final d’opulentes Prévôtés, des Cures de trois Sc quatre» mille francs par an, une entr’autres, celle de Rusweil dans« le Canton de Lucerne, qui vaut près de dix mille francs.» Ce Ruswdl est un petit Evêché qui, à quelques égards, pour->3 toit être mis fur la même ligne que bien des Evêchés des-- Etats du Pape ; d’autant plus que le Curé borné à un Vicaire» Sc à un ménage très-limité, n’est obligé à aucune dépensev extraordinaire. Nos Curés ont aussi la facilité de se faire» soulager dans les travaux de la prédication par les Capucins ;« ces Pères, toujours sûrs de la reconnoissance, ne manquent» pas d’accourir au moindre signe. Leur crédit fur l’esprit du-- peuple, reçoit de nouvelles forces de la préférence que les« Curés leur donnent souvent sur les Prêtres du Chapitre»3 rural. Dans beaucoup de villes, le crédit des familles pré--- pondérantes par le nombre des suffrages, décide de la noms» nation aux Cures ; Saint-Ambroise lui-même s’il revenois» au, monde 6 c qu’il fût né dans l’une de ces villes d’une famille» peu nombreuse, ne parviendro.it que difficilement à un» bénéfice passable, son concurrent, quoi qu’il lui fût très--- inférieur , triompheroit, pareeque des parens nombreux» envisagent déja d’avance son héritage comme un lot imman-» quable pour leurs descendans : combien leur ardeur ne doit-33 elle pas être vive , si le bénéfice vacant est d’un gros pro-» duit ! Mais souvent ces parens se trompent dans leur calcul,-- le fils ou le neveu chéri, une fois parvenu à un riche Cano-» nicat ne tarde pas à se démasquer ; l’aisance qu’il n’avoit» pas connue, lui inspire les idées variées de ìa dépense ; s’il-- a du goût pour la chasse, les chevaux, &c. il le satisfait, Sc» souvent même au-delà de ses facultés. Combien de Cha-» noines ont été mis en tutelle! Je pourrois vous en nommer-- plusieurs, Monsieur, mais la discrétion me le défend. Je» vous observerai encore que si dans le sein des Cantons qui-- font du tropvaste Evêché de Constance , permettez-moi l’épi-» thète , on y établissoit un Séminaire d’où l’on tirât ensuite,33 après un rigide examen, les Candidats les plus dignes de la-3 Prêtrise, on couperoit racine à bien des abus. Mais que nous» sommes encore éloignés d’un établissement aussi salutaire !

33II est bon que vous sachiez, Monsieur, que tous les dix ou33 douze ans il arrive dans nos contrées éloignées de l’Eglise33 Métropole, un Evêque suffragant pour conférer le Sacre-33 ment de Confirmation. Accompagné de deux Censeurs, il33 parcourt fous le titre de visiteur le chef-lieu de chaque Cha-33 pitre rural, muni d’avance d’une liste de dénonciations dont33 la plus ancienne a au moins dix ans ; ce Consistoire cite à33 son Tribunal ambulant tous les inscrits fur la feuille fatale.

33 La récolte est ample, chacun est condamné a une amende33 arbitraire, le Doyen même quelquefois n’y échappe pas j les

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