iíf6 TABLEAUX T O P O G R A P H I Q U E S,
XXXI.
Fartition générale du louable Corps Helvétique. I. Cantons. II. Etats co-alliés. III. Etats alliés.
On nomme( i) en François Corps Helvétique , la maílc entieredes petites Républiques de la Suisse, considérées comme uneconfédération nationale. Cette désignation répond a celled'Eydgenoschast ou association par serment , adoptée par les Suissesmêmes dans leurs traités d’alliance & dans le style de leurschancelleries. On trouve le terme (z) à'Eidgnossen , associés parferment, dan s l’alliance (3) perpétuelle des trois plus anciensCantons, Uri, Sclweitz & Underwalden, conclue à Brunnenle mardi après le jour de St.-Nicolas ( qui tombe au 6 Décem-bre) 1313. Ce traité a servi de base à tous les autres traités dela confédération Helvétique. Le terme Eidgnojsen (4) exprimeparfaitement la forme propre & la constitution essentielle dela République des Suisses, il fait connoître que les différentesvilles & les divers pays de cette association par serment, Eydgenoschast, ne font qu’un Corps dont chaque Membre est lié par ser-ment , Eydegenoss , pour la conservation des alliances mutuelles&; j urées entr’eux. Le traité de la paix de Westphalie qui a con-firmé pour toujours.l'indépendance du louable Corps Helvétique ,le désigne ( j) par le même terme Eydgenoschast, ses Membrespar celui d ’Eydgenossen. Le Corps Helvétique embrasse égale-ment les treize Cantons & les autres Etats de la Suisse, leursco-alliés ou alliés.
On entend par le terme de Cantons Suisses, les treize petitsEtats indépendans, qui composent la République confédéréedes Suisses. Le mot-de Canton n’est point usité en Suisse dansles actes publics òc dans le style de chancellerie. Les Suissesemployeur a fa place celui à'Ort, Lieu, lequel pris dans unesignification plus étendue , pour district, est fynonime avecle sens du mot Canton dans la langue Françoise. L’Auteur duDictionnaire géographique , historique & politique de laSuisse croit (6 ) que les Allemands ont vraisemblablement reçudes François le mot de Canton , qui chez les premiers n’a aucunsens propre, & que les Ecrivains Suisses Font adopté par imi-tation des étrangers. II y a cette différence entre Fustige du motCanton qu en Allemand on écrit souvent Kanton , & celui dumot Allemand Ort, que ce dernier s’applique non-feulementaux treize Cantons , mais quelquefois aussi aux petits Etats,leurs associés en Suisse; on dit, Loebhcke Ort, les louables Cantons& Z ugewandte (7) Ort , Etats alliés , tels que F Abbaye & la villede S ain t-G ail , les Grisons, le Vallais, Mulhaufcn, Biennc ,le Comté & la ville de Neuchatel & FEvêché de Baie. C’estsous cé titre simple & modeste, de louables lieux ou districts,que les premiers Confédérés Suisses ont commencé a jouir dcleur heureuse indépendance, plus jaloux de la réalité de laliberté que de Fàppareil de la puissance. Ce n’a été qu’un (S)peu avant le milieu du seizième siècle que les Rois de France& les Dues de Savoie ont commencé a se servir du mot Quanton
ou Canton pour désigner les treize Etats souverains de la Suisse 3ce mot ne pourroit - il pas être Italien d’origine aussi bien queCeltique ? On appelle encore Canton dans la Valteline, én quel-ques endroits, la partie dans laquelle les Communautés sontpartagées, &c en particulier la partie supérieure dans la Com-munauté Albosagia, &; une partie de la Communauté Delebio,Du temps (9 ) de Jules-César , la Cité des Helvétiens, CivitasHelvetia , étoit divisée en quatre Pagi. Ces Pagi OU Cantons avoientchacun leur nom : César ne nomme que celui du Tìgurinus Sccelui de ì'Urbigenus. On ne sait point avec certitude quels nomsportoient les deux autres. Le pays du Vallais, dont les habi-tans étoient aussi Gaulois, étoit de même partagé en quatrePagi ou Cantons , comme toutes les contrées possédées par despeuples Celtes d’origine. Civitas , que je rends ici par Cité ,ne veut jamais dire dans César une ville, que quand le sujetdont il parle ne peut recevoir d’autre sens ; hors de-là, Césarentend toujours par Civitas, un Etat , soit qu’il y eut des villes,soit qu’il n’y en eut aucune. Cité signifient un Tout , & Pagusune partie de çe tout. C’étoit du Corps de l’Etat des Helvétiens,formé par la Nation entière, que les Pagi étoient des parties.César le dit formellement dans ses commentaires (10), enmarquant que les Tigurini qui avoient battu le Consul Cassiusdans la guerre des Cimbrcs & fait passer son armée sous lejoug, & que peu auparavant il avoit nommé un des quatreP^ide la Cité des Helvétiens , étoient une partie de cette même Cité, parsCivitatis HelvetU. Cette esquisse du tableau de fancienne Suisseau temps des Romains a quelque analogie <k quelque confor-mité avec l’état de la Suisse moderne, divisée en treize Cantons.L’ingénieux Bochat prétend que Cant ou Kant, mot Celtique,ne vouloir dire dans fa signification primitive que Coin, cercle,district , en général ; que dans la fuite il fut employé pourdésigner en particulier un district qui avoir ses Magistrats &formoit un Etat s’il étoit indépendant, & s’il ne l’étoit pas,un membre, une partie de la Cité ou de l’Etat à qui il étoitsoumis. Ce terme de Kanton a été retenu dans la langue Fran-çoise avec toutes ses significations , & fans souffrir d’autrechangement, que celui qu’on a fait dans la manière de l’écrirepar un K au lieu duquel on met un C dont la prononciationest la même. On sc sert du mot Canton pour désigner unepartie de province, fans avoir égard si cette partie dont onveut parler, forme un Corps Civil & un gouvernement par-ticulier ; mais simplement pour s’exprimcr avec un peu plusde précision fur la situation des lieux dont il s’agit, que siFon ne nommoit que la région ou la province. C’est la signi-fication générale que Kant ou Kanton avoient dans la langueCeltique , suivant Bochat. D’autres fois on entend par Canton,de même qu’en latin par Pagus, les personnes, les habitans
( 1 ) Diction. Géog. Hist. & Pol. de la Suisse, T. I. pag. 1 & fuir. & T. II.pag. ai<>.
( 2 ) Dans une chanson Allemande du treizième siècle , que Tfchoudi nousa conservée ( Chr. Helvet. T. 1 , p. 159) sur l’alliance rencuveltée entre lesvilles de Berne & de Fribourg , l'on ze Novembre 1243 . on trouve leterme Eidgnojsen.
( 3 ) Tfchoudi, ibid. T. I. pag, 276-277.
(4)Leu,Dict. Hist. de la Suisse,T. VI, pag 468 Sesuiv. Sc 481.
( 7 ) Article VI.
(6 ) T. II. pag. 219.
( 7 ) Leu, ibid. T. XX. pag. 529.
( 3 ) Leu , ibid. T. V. pag. 44.45.
( 9 ) Bochat, Mém. Crit. sur l’hist. anc. de la Suisse, T. I. Mémoire III.pag. 217-292 & Mém. IV. pag. 293 & suiv."
I ió ) De Bello Qallìzo, lib. x. Cap. 12.
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