PITTORESQUES, &c. DE LA SUISSE.
d’un certain district, sans autre relation au territoire, que pourdire que c’est uniquement des habitans de ce territoire donton veut parler. Telle est Tidée que donne César, quand ( n )Í 1 dit que cent Cantons des Suèves vinrent s’établir fur les bords duRhin > Sc quand, parlant des Helvétiens du Canton appelleTigurinus , il dit: ce Canton ( 12,) étant sorti seul de l’Helvétie dutemps de nos pères , avoit tué le Consul Lucius-Cassius & fait passersonarmée sous le joug. Rien n’est plus ordinaire dans toutes leslangues que cette manière de parler.
D’autres fois Canton , comme Pagus , ne désigne que lesterres Sc non les habitans. On dit : le vin de tel canton ejl meilleurque celui de tel autre. Ammien Marcellin ( 13 ) écrit que les Alainsétoient répandus dans des P agi immenses. C’est de cette accep-tion de Pagus qu’a été formé le mot françois Pays , ainsi queScahger f 14) Ta remarqué.
Enfin il est reconnu que Canton ne veut dire souvent, que leMagistrat des districts dont on parle. On l’entend ainsi toutesles fois qu’il s’agit d’une chose qui ne peut être faite que parle Magistrat. Au reste on entend aujourd’hui par Cantons Suissesles treize villes Sc pays qui constituent proprement la Répu-blique des Suisses & dont voici l’ordre tel qu’ils Tobservententre eux dans les diètes Sc dans les actes publics du CorpsHelvétique. I. Zurich, II. Berne, III. Lucerne, IV. Uri,V. Sclweitz, VI. Underwalden, VII. Zoug, VIII. Claris,IX- Hâle, X. Fribourg, XI. Soleure, XII. SchafFhausen, ScXIII. Appenzell.
Ces treize Cantons souverains ont d’autres Etats co-Alliésou Alliés qui font aussi partie générale de la Suisse ; j’entends
X X
par co-Alliés , les villes Sc pays qui ont séance & voix auxdiètes des Cantons &: qui y font invités dans certains casde défense mutuelle ou d’affaires communes. Ces co - Alliésfont I. C Abbé de Saint-Gall , II. la ville de ce nom , III. les troisLigues Grises , IV. la République du Dallais , Sc V. la ville de Bíenne.II y a encore des Etats alliés à plusieurs Cantons, mais qui nefont pas compris dans la confédération générale du CorpsHelvétique. Ces Alliés font I. la ville de Mulhauscn, II. laville de Genève, III. le Comté Sc la ville de Neuchatel, &IV. l’Evêque de Bâle. Je parlerai aux articles tqpographiquesdes Cantons Sc des Etats leurs co-Alliés ou Alliés , de l’époquede leurs alliances plus ou moins générales.
Je finirai cette section en observant que la Suisse est aujour-d’hui partagée en treize Cantons, dont chacun est une Républi-que libre, Sc diffère des autres par ses loix Sc ses coutumes; cequi a fait dire (15) à quelqu’un que c’étoit une mère fécondequi avoit produit treize enfans tons différens en mœurs, en na-turel , en visage, en tournure, en figure, en religion, en loix,en richesses Sc en conduite ; que malgré cela ils seroient tousheureux, qu’ils sc soutiendroient tant qu’ils vivroient dans.une parfaite intelligence ¥ Sc que le luxe, T orgueil, l’ambi-tion, T égoïsme ou la différence de Religion n’introduiroicntpoint la discorde entr’eux, à moins qu’une Puissance aussiconsidérable que celle des Romains ne viennent à s’élevcr denouveau, & faire la conquête de toute TEurope.
Passons aux différentes formes des gouvernemens établisen Suisse.
X I I.
Etats Aristocratiques de la Suijse.
O n trouve dans les différens Etats qui composent le louableCorps Helvétique , divers gouvernemens; on volt même unesorte de forme monarchique dans les Souverainetés de l’E-vêque de Bâle Sc de T Abbé de Saint-Gall.
Les Comtés deNeuchàtcl &: de Vallangin appartiennent auLoi de Prusse. II est vrai que dans tous ces pays les habitansjouissent de grands privilèges, & que ces franchises empê-chent le Souverain d’étendre son autorité au-delâ des bornesprescrites par les loix, Sc fixées par les traités avec les autresEtats de la Suisse. Les Cantons de Berne Sc de Lucerne fontproprement Aristocratiques : ceux de Zurich, Bâle, Fribourg.»Soleure, SchafFhausen, Sc les villes de Saint-Gall, Mulhausen& Bienne sont Arsto-Démocratiques ; leur gouvernement est unmélange d’aristocratie Sc de démocratie , mais presque tou-jours la première de ces constitutions l’emporte fur l’autredans ces villes. La Démocratie forme le gouvernement desCantons d’Uri, de Schwcitz , d’Underwalden, de Zoug, deGlatis Sc d’Appenzel. Les trois Ligues Grises, le Vallais ScGenève, font également populaires ou démocratiques.
Le mot Aristocratie , dérivé du Grec, signifie un gouverne-ment entre les mains des nobles Sc des patriciens d’un Etat,
indépendamment du peuple, Sc ou commandent des hommeschoisis Sc distingués par leur probité Sc leurs lumières. Démo-cratie , autre mot qui a aussi une étymologie grecque, désignele gouvernement populaire où Tautorité souveraine est entreles mains du peuple. L’ Arsto-Démocratie est un gouvernementmixte où les principales familles nobles Sc patriciennes Sc lepeuple partagent Tautorité. On appelle Oligarchie , le gouverne-ment d’un petit nombre de personnes, qui est entre les mainsde peu de Membres ; & lorsqu’unc République est bouleverséeSc en désordre, on nomme certe confusion Anarchie , c’est-â-dire un Etat sans maître, Sc dont personne n’a le gouverne-ment. Je vais m’occuper dans cette section uniquement desdeux Cantons Aristocratiques de Berne Sc de Lucerne. Je pren-drai pour guide dans la description du gouvernement de lapremière de ces villes , un Bernois , auteur ( 1 ) du Diclion-tiaire (2.) géographique , historique & politique de la Suisse , qui a paruà Genève Sc a Lausanne en 1776. Cet auteur, qui a gardéY anonyme à la tête de cet Ouvrage , étoit d'ailleurs connudans la république des lettres par divers écrits assez généra-lement estimés. C’étoit en un mot un homme de naissance,Sc qui avoit de vastes connoissances dans l’économk rurale,
(n) Pagos certtum Suevorum ad ripam Rheni consedijfe. Lib. 1 . Cap. 37 } deRelia Galllco.
( 12, ) Hic pagus unus cum domo exijset patrum nostrorum memorìa L. Castumconsidem inieyfccerat & ejus exercitum fub jugum nàferat. Lib. I. Cap. 11.
(13) Alan! per pagos vagantur immensos. Lib. III. Cap. III.
( 14 } Auíòn. Leét. Lib. I. Cap. r;.
i 1 $ ) L’Etat Sc les Délices de la Suisse, T. I. préface, pag. xx, dernière
édition. Bâle 1764,1/2-12. 6g.
Hist. Milit. des Suisses au service de la France, par M. le Baron de Zur-Lauben. T. I. pag. 80. Paris 1751 , in-u.
( 1 ) M. de Tscharner , ancien Baillis d Aubonne, mort en Septembre
1778.
(a)Tom. I. pag. 91-137.