TA B L E A U X D
Réformateurs ; ils crurent que ce seroit gagner leur causedevant le Tribunal de la Philosophie, s'ils parvenoient àdémontrer que trop légèrement 6c sur la foi d’un Ecri-vain qui vivoit 150 ans après ce fait, les Catholiquesavoient cru, contre toute vraisemblance, la fable malourdie de 6600 soldats Chrétiens martyrisés à Agaune parMaximien , dont les auteurs ecclésiastiques eux-mêmesavouent néanmoins l’habileté dans le métier de la guerre.
Le Ministre du Bourdieu fit valoir cette improbabilitépar tous les moyens imaginables & avec tout l’artificedont la mauvaise foi peut être capable. Tous les Protef-tans qui écrivirent fur cette matière , & qui donnerentlieu aux sarcasmes 6c aux railleries qu’en fit le PhilosophePoete , ne furent que ses échos. Pierre de Riva%_ prit àces disputes un intérêt presque personnel, 6c entreprit dedéfendre cette légion des coups qu’une main hardie, maismal-habile, s’étoit en vain efforcée de lui porter. II nelui fut pas difficile d’appercevoir dans les adversaires deces Martyrs beaucoup plus d’effronterie que d’érudition,& plus d’aversion pour nos dogmes, que d’amour pourla vérité. II promit donc en 1747 un Ouvrage où iltrai-teroit à fond ce point d’histoire ecclésiastique, en bute de-puis près d’un siecle aux contradictions des Protestans 6cdes Philosophes modernes, non en Déclamateur zélé pourles préjugés religieux de son éducation, mais en Criti-que savant 6c désintéressé. Pour y réussir, il débrouilla laconfusion qu’avoient jettée dans l’histoire du régné desEmpereurs Dioctétien 6c Maximien, les erreurs des mo-dernes 6c leurs vaines tentatives, pour en lier les circonstances à celles de ce fait. II en rétablit l’ordre chronolo-gique , il en puisa les détails dans les Ecrivains sacrés 6cprofanes , 6c il travailla à de nouveaux fajles. Ce fut làcomme la clef dela voûte fur laquelle appuyoitl’examen cri-tique des auteurs qui en ont parlé avant & après S. Rucher 3ce que Pierre de lliva^z fait avec une sagacité peu com-mune ; 6c pour ne laisser rien à deíìrer a la perfection absoluede ses preuves, il en fixa l’époque à l’an 302 , qu’il prouveêtre en même tems celle de la persécution des Soldats6c des Gaules. Plusieurs Savans de ses amis, 6c íur-toutle célèbre Bénédictin, Dom Henri , Continuateur du Gai-lia Chriftiana (y o), ont applaudi à l’heureufe maniéré dontfauteur a rétabli une harmonie parfaite entre l’Historiensacré 6c profane sur ce sait; chose si difficile, à son juge-ment , que quelque certaine quelle parût, les érudits com-mençoient à en désespérer. C’est cet Ouvrage que son filsA. J. de Riva £ (y 2) , Hicaire-Génèral de Dijon , a donnéau public à Paris en 1779, fous le titre : Eclaircijjèmensfur le martyre de la légion Thébéenne , SC fur P époque dela perjécution des Gaules , fous Dioclétien SC Maximien ,par P. de Cet Ouvrage posthume est dédié à M. le
E LA SUISSE.
Cardinal de Luynes . Les principaux Journaux en ont faitles plus grands éloges. La certitude du fait y est démon-trée aussi évidemment qu’un événement historique peutl’être.
La Royale Maison de Savoye , l’une des plus ancien"nés Maisons souveraines, n'avoir eu personne jusqu à Gui-cheron qui eût su en donner l’histoire généalogique ap-puyée de bonnes preuves & fur des monumens authenti-ques ; c’est ce que cet auteur exécuta assez heureusement.Les peines infinies qu’il prit à fouiller dans les archivesdes Etats de Savoye 6c des Provinces de France circon-voisines , lui méritèrent l’épithete de laborieux 3 mais ellesne lui laissèrent pas le tems d’en remonter la filiation plushaut que le Marquis Odon qui vivoit au milieu du dou-zième siecle. II si t cependant quelques tentatives fur lesancêtres de celui-ci; il le fait descendre, par conjectures,de Gèrold , ou de Bérold , auquel il donne une originesaxonne. Mais (yy) ce système étoit si gratuit, 6c fondésur de si foi b les conjectures, qu’il s’en défioit lui-même ,6c qu’il le propose modestement comme une invitationaux érudits de pousser plus loin leurs recherches ou sespreuves. II confondoit pareillement Humbert aux blan-ches mains y avec Humbert , Comte de Maurienne SC deSavoye . Les Ecrivains qui vinrent après lui le réformè-rent , 6c crurent faire beaucoup pour la gloire de cetteauguste Maison, les uns en lui donnant une successionqui remontât à Charlemagne, 6c les autres en da faisantdescendre de Vitikind , qui arrêta les armes de ce Con-?quérant.
II paroît que le système de ces derniers fut le plus ac-cueilli du public, 6c le plus agréable à la Cour de Turin;mais pour peu qu’on eût examiné la chose, 6c pesé lespreuves de ces deux systèmes, on pouvoir appercevoirqu’ils étoient plus ingénieux que solides. Us s’accordoientmal d’ailleurs avec la tradition 6c les chroniques du pays;il est vrai qu’il étoit plus facile d’en sentir le foible, qued’en donner un meilleur. II falloir pour cela avoir toutesles facilités qu’eut Pierre de Riva%_, de fouiller les archi-ves de la Suisse , du Piémont, de la Bresse, du Dauphiné ,du Lionnois , de la Bourgogne ; il falloir, comme lui,être en relation avec les fameux Critiques de ce siecle ,6c les plus versés dans l’âge moyen, tels que les Béné-dictins 6c le savant Auteur de P origine de la Nobles e fran-çoife , 6tc., pour tenter avec succès de donner enfin à cetteauguste Maison l'ancienne 6c illustre origine qu’avoient àpeine pressenti les Généalogistes du siecle passé. 11 eut fansdoute un grand secours dans les écrits de tant d’éruditsqui l’avoient précédé, 6c dans cette critique lumineusequi semble caractériser le siecle où nous vivons. Ce n’estque vaguement 6c comme à tems perdu qu’il avoit fait
(52) Tome XII, p. 764 , E cclejìa Sedunenjis.
p]) ïn- r 6 °. , p. 1-331. Paris , che\ Charles-Pzerre Berton , rue S. ViElor, vis -à vis le Séminaire de Saint-Nicolas du Charàonnet. L’Ouvrage est divisé en quatreparties ; la premiere a pour objet de prouver la réalité du martyre de la légionThébéenne, par rauthenticité des actes que nous a laissés S- Eucher , Eve-que de Lyon ; dans la deuxieme, M. de Rivaz entreprend de nous dé-montrer que les Ecrivains ecclésiastiques 8c les Historiens profanes font d ac-cord fur ce point ; la troisième est destinée à réfuter les objections qui ontété faites ou qu’on pourroit faire contre l’histoire de ce meme martyre ; lala quatrième offre la conciliation des fastes des Empereurs Diocletien 8c
Maximien, avec tous les anciens monumens.
(52) Gajwinkel (de jur. prœcedent. C. V) Muratori & Saint Marc ontnié cette origine saxonne ; le recueil des Chartes de l’église d’Oulx , au Dio-cèse de Turin, qui a été imprimé à Turin en 17s;, in-folio, sous le titreUlciensis Ecclejiae Chartarium animadverjìonibus illustratum. , offre des actes im-portans fur les premiers Comtes de Maurienne 8c de Savoye ; mais l’Editeurn’ayant pas eu la sagacité nécessaire pour distinguer les caractères d’écriture*des divers siécles qui se trouvent dans les anciens nècrologes , sur-tout à 1»marge des pages, a fait de tems à autres des bévues singulières.