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Tome deuxieme et dernier.
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TABLEAUX DE LA SUISSE.

Suisses -fl y s cinquante ans. Les notions générales prépa-yent à une analyse plus approfondie. Voici ce qu en écri-îoit, en 1736”, M. FUurimont dans un Ouvrage qu’ildédia à M. le Prince de Coati , & qui a pour titre : Chrono-logie (10) des Rois de France , SC Généalogie des cinq Bran.kthes de la Maison royale de Bourbon régnante. L’Auteur-s’exprimok ainsi : « les Suisses ( i-i ) font communémentZ, grands, forts & robustes. Ils aiment la guerre & confer-« vent la paix chez eux. Ils apprennent l’art militaire aux2, dépens de différens Souverains de F Europe qui les .pren-N nent.à leur solde à cause de leur fidélité & de leur valeur.» Ils ne prennent aucune part aux différends des Etatsr> voisins , qu’autant que ces différends peuvent intéresser

leur liberté. Les gens du commun aiment un peu trop■*> à boire ; au surplus , ils font fort ménagers dans la dé-» pense de la bouche, & propres à soutenir les plus grandes■a> fatigues ».

» La grossièreté qu’on leur reproche n’est autre chose» que Fignorance de certains usages reçus chez leurs voi-» fins qu ils ne sauroient apprendre dans leurs montagnes,*» d’où ils ne sortent que pour entrer à la solde de quel-» que Prince , & cela, dans un âge où ils font peu pro-•» prés à changer leurs maniérés simples & naturelles, &» fans fard , confirmées d’ailleurs par une longue habitudes> dès Fenfance , avec celles de leurs voisins chez lesquels» ils voyagent peu pendant leur jeunesse , avec cette cir~» conspeclion dont les autres nations se font un titre pour mé-» priser celles chez qui elle n’est pas dans le même dégréW qù’elle l’est chez elles , quoique dans ìe vrai, cette cir-^ conspection nesok qu’un déguisement continuel qui, sous» de telles apparences, cache souvent les mêmes sentimens» que les Suisses ne íè donnent pas la peine de cacher.

» Ils paroissiens au premier coup d’œil tels qu ils font ; lesZ) autres s’étudient à se montrer tout autres qu’ils ne font ».

La confédération helvétique, dit M. de (12) Watte-ville ) , s’est heureusement soutenue, malgré la bigarruredes Gouvernemens , quoiqu’elle ait paru souvent s’écarterdes principes d’une politique réfléchie ; la sagesse & lebon sens , qui font le caractère essentiel de la nation, Fonttoujours ramenée à ses vrais intérêts , & ont tellement af-fermi fa constitution , que la Suisse renferme aujourd’huil’un des plus heureux pays du mondest

V oici comment M. le Marquis à’Argenson dans ses Con-sidérations fur le Gouvernement ancien SC présent de la.France , parle du Corps helvétique; « ia Suisse , dit-il >

» est moins florissante que la Hollande, le terrein est■m fort ingrat : les habitans en font aussi lourds , mais plus» grossiers ; Feípritd’intérêt, ou, pour mieux dire, le dé-2» faut d'imagination, rend les Hollandois inhabiles aux

» Belles-Lettres ; mais ia grossièreté des Suisses ne leur» laisse qu’un instinct droit pour leurs affaires, nullement» pour le commerce. Ils ont toutes les vertus militaires é»» partage , excepté celle du Commandement : aussi f®» vendent-ils pour la guerre, & c’est un des principal» trafics qui jette quelqu’argent en Suisse. Si un tel pays» étoit condamné à appartenir à un Monarque, ce seroit» bientôt le plus misérable de tous lés Royaumes ; & d’ail -« leurs les Suisses serviroient mal un Souverain qui 1 ®§» conduîroit mal : c’est ce qu’ils ont fait voir lorsqu ils» ont secoué le joug. En quel pays trouve-t-on des monta-» t agnès cultivées jufqu’au sommet? La feule liberté in'f*» pire le travail. Ce qui perfectionne encore l’intérieut» des Républiques , c’est la petitesse des districts. Les Ma*» gistratures populaires ne réussissent pas ordinairement» à conduire (13) une étendue de pays fort considérable*» Pour bien faire , il ne leur faut qu’une ville & quel-» ques villages de dépendance, & quand leur district s’étend» davantage , ils en négligent les extrémités. Ils favori-» sent ce qui est plus proche. Ils excitent des jalousies,» entre les villes d’égale force , ils aspirent à la tyran-» nie ; & telle a été en Italie la cause de tant de Répu-» bliques tyrannisées par leurs Magistrats. D’ailleurs les» foins multipliés font plus fréquens & plus assidus suc» un objet de peu d’étendue. Les intérêts réciproques ss» combinent mieux ; les contrariétés font moins consisté-» râbles. La Suisse est un pays de toute égalité entre» les citoyens , & s’il y en a un au monde où on ait» égard au mérite dans les Elections , on dit que c’est» celui-là. Le mérite s’examine avec bon sens, & par ste§

» sensations plus physiques que spirituelles ; c’est là toute» la pénétration de ces peuples ; nous ne la leur envions» pas, peut-être nous serviroit-elle mieux que ce aue nous» appelions sagacité ».

Ce, tableau ne paroît pas généralement exact. Ce qusnous avons dit de l’état des sciences & de celui du cotn mmerce, détruit suffisamment plusieurs de ces assertions.On n’adoptera pas aisément le reproche que M. lequis d’Argenfon fait aux Suisses, de n'avoir point les qus-*sités du commandement militaire. Les Généraux de cettsnation, qui ont gagné les batailles de Morgarten , ésFaupen , de Sernpach , de Neffets } Grandson > Moral?Nanciy Dornach , SCc, fur les Ducs d’Autriche, Charlesle Hardi , Duc de Bourgone, fur le fameux la Trimouill 6 '*les Généraux Suisses à qui les .Historiens du tems don-nent la gloire d’avoir fixé les victoires de Cérifoles ,Dreux , de Moncontour ,* un Colonel, Louis Pfiffer{lsi?qui sauva Charles IX ôt toute fa Cour à la célèbre re-traite de Meaux ; les services signalés rendus par les Có*

(10) Míc. in-folio en deux volumes, aujourd’hui dans la Bibliothèque«le M. le Baron de Heijf. L’Auteur y donne le 'Tableau, historique , géogra-phique & chronologique de toutes les guerres de France, tant au dedans qu’au-dehors , depuis rétablissement régulier de la Monarchie jusqu'en tannée 1736. Ontrouve dans le second volume le plan ge'néral de l’Europe, sa force tant-par mer que par terre, les plans & armoiries des principales villes fortifiéesde la France, la paye des troupes, un Traite' ge'néral de la guerre. Cemanuscrit offre des notices générales, très-bien vues; un abrégé qu’on enferoit, auroit son mérite, sur-tout si on y ajoutoit 1 c Précis des-evénemens.militaires arrivés depuis 736.

(r 1 ) T. II, p. 410 & 41*1.

£ 12 ) Histoire de la Confédération helvétique.

(13) On dit que plusieurs Démocraties de la Suisse, plus modérées < 5 ueles Aristocraties, se sont refusées autrefois à des idees d’aggrandisse meI,t 'parce qu’elles avoient pour maxime d’Etat, que plus elles auroient de terres»plus il leur faudroit planter de hayes pour les enfermer & les mettre *l’abri des insultes de leurs voisins. Mais fi 1 ces Démocraties eussent pu pre'v 0,íque les Etats aristocratiques de leur Confédération, plus conquérans ou P^ uShabiles à profiter des circonstances , sc porteroient un jour à des v“ eíd’aggrandistèment aux dépens de la Constitution générale, fans doute e feussent à leur exemple prolongé leurs limites, parce qu’il y a eu des teínp*où elles le pouvoient facilement, comme dans la guerre de Bourgogne» & c “

(14) Planche 2.03.

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