Band 
Tome deuxieme et dernier.
Seite
280
JPEG-Download
 

;>

aSo TABLEAUX DE LA SUISSE.

Au côté méridional du chœur , on observe à une hau-teur considérable une grande fenêtre , qu’on appelle com-munément la Rose -, parce qu’elle en a la figure, d’unestructure merveilleuse & formée de vitres, peintes de diver-ses couleurs» La tradition rapporte que la muraille où elle«st , ayant été fendue du haut jufqu’au bas , avec le vitrage ,..par un tremblement de terre, elle fut si bien rejointe par-un autre tremblement de terre , qui arriva dix ans après,•qu’on ne volt plus aucune trace de cette fente.

Près d u grand Temple , il y a une jolie terrasse, bor-dée d’une muraille à hauteur d’appui , où l’on a la vue furtout le reste de la ville.

Dans le quartier d?en bas , est l’Hôtel de ville , bâ-timent remarquable par fa situation & fa structure. L’Ar-fenal est près de la porte de Salnt-Etienne, à côté duquartier de la Cité. Le grand Hôpital est dans la bannièrede la G'A.Hors de la ville, il y a plusieurs fauxbourgs.Avant la réformation , il existoit à Lausanne divers Cou-verts ; on en volt encore les bâtimens ou l’emplacement.Cette ville jouit d’un air pur ôt très- falubre , les eaux font-excellentes & abondantes ; en un mot, tout ce qui est né-cessaire à la vie, y est délicieux. II y a un grand nombre-de personnes instruites, & qui ont du goût, & elles mon-trent fur-tout beaucoup d’affabilité aux étrangers qui nefont nulle part mieux accueillis. II y a à Lausanne plu-sieurs familles nobles , celles de Chandieu, de Loys, deCroufaz , de Polier, de Seigneux , &c.

Le Bailliage de Lausanne est un des plus étendus &des plus lucratifs du Canton de Berne. Le Baillis a suc-cédé à l’Evêque depuis fa fuite en 15-36. II habite sonChâteau , & exerce la Jurifdiction fur les mêmes endroitsque l’Evêque 9 à quelques changemens près, faits depuiscette époque. II est tenu au même serment que l’Evêqueprêtoit à la ville. Sa préfecture dure six ans.Mais il n’a aucuneJurifdiction fur la ville excepté fur l’Académie. Ce Bailliageconfine avec les Bailliages de Vevai, de Morges, de Mou-

don & d’Efchallens. Parmi les districts les plus remarqua-bles est celui de la Vaux. , entre Lausanne & Vevai. Cequartier, qui a trois lieues de longueur & trois de lar-geur , contient quatre grandes ( * ) Paroisses, les trois p?"rites villes de Lutry, Cully ou Cueiliy, & Saint-Sapho-rin , & le village de Corsier. Tout ce quartier est pro-prement un seul vignoble, qui produit le meilleur vin duCanton de Berne. On a déterré à Saint - Prex , près deMorges une Inscription (14) en ['honneur de Bacchusfous cette dénomination : Liber Pater Cocliensis ; &le rapport de ce surnom avec celui de Cully en la Vaux >a fait conjecturer à quelques favans que cette divinité avoirun Temple dans ce pays enrichi de ses bienfaits. L’époq uede la culture des vignes dans ces contrées remonte vrai-semblablement au temps où les Romains en furent le smaîtres. II y a à Cully le meilleur vignoble de toutela Vaux.

Au-dessus de Cully , fur un petit mont fort élevé, e ^la vieille Tour à demi ruinée, nommée la Tour de GouTXdou Gau^e. La tradition porte que cette Tour fut bâtiepour garantir le pays des irruptions des Sarrasins, dansle dixieme siecle. A une lieue de là, du côté de l'orient,on volt (**) le petit lac de Bro (15), Brou ou de Bit>près duquel coule le ruisseau du Grenet , où l’on volt l eSplus grosses écrévisses de la Suisse , si on s’en rapp° rteà des voyageurs.

Les habitans de la Vaux font robustes, & acccoutumésà travailler dans un pays raboteux Ôc rude. La plup artfont fort à leur aise.

On volt à SainuSaphorin , dans le Temple, une 1 °cription en l’honneur de l’Empereùr Claude. Près de cettepetite ville est le Château de Glérolé (***), situé fur d e srochers au bord du lac de Genève, il a été bâti p ar unEvêque de Lausanne.

Les autres endroits du Bailliage de Lausanne fo nC ,Château & la Seigneurie de Chefaux qui appartiennent a

é> Seigneur de Grandson , 8 c Girard , Seigneur de Stavayé, Gentilhomme-, du Pays de Vaud, dont les Historiens de Savoie n’ont rien dit, quoi--, que les circonstances en soient belles. Dominique Machanée est le seul-, qui en ait parle'. II raconte que le sujet fut que Grandson avoit viole' la■x femme de Stavayé; ce qui l’obligea, pour en tirer raison, d’accuser3» publiquement Grandson d’avoìr trempé en la mort du Comte Rouge-, (’Amédée VU , Comte de Savoie ). Grandson avoit esté soupçonné 8 c-, contraint de sortir des Estais de Savoie, ainsi que nous avons dit ; mais il-■», fut déclaré innocent : cependant il demeura long-tems èn France & en-, Angleterre; & comme il.efioit vaillant, il y acquit un grand honneur-x A son retour, Stavayé i’entreprit & renouvella cette ancienne accusa-» tion. Ces deux Gentilshommes étoient bien aparentés ; tous leurs amis-, s’y intéressèrent, & par ce moyen, d’une querelle particulière, peu s’eno, fallut qu’il n’.y eût une guerre civile en Savoie. Les choses estant venues=, à une telle extrémité, que ceux qui efloient du parti de Girard de Sta-2, vayé, pour distinguer ceux de leur faction, portoient la figure d’un2, rateau fur les espaules ; 8 c les partisans de Grandson, des esguillettes au-, bout de leurs souliers. Le Conseil du Comte, pour arreter la suite de-, semblables dissensions, pris connoissance de ce différend. Stavayé avoit-, déjà fait fa .plainte pardevant Louis de Joinville, Seigneur de Divonne,s, Baillis du Pays de Vaud ; il se représenta encore devant le Comte à-, Bourg-en-Bresse, où il y eut de grandes formalités. Là il soutint que», Grandson étoit coupablè de la mort du Comte Rouge , 8 c offrit le com-», bar. Grandson fut ouï, nia le crime, dit qu il s en estoit justifié, 8 c» «cantmoins accepta le combat. Ame VIII, de ladvis de son Conseil,-, le permit par une Ordonnance dattée à Bourg le i f de Novembre 1397 ,», 8c en assigna le jour au 25 Janvier suivant, auquel les deux champions» jurèrent de se présenter en personne avec armes 8t chevaux , 8c don-

Si ce

ma

d’une

autre-

5, nerent pour cautions, savoir, Stavayé, Jean de Germons, Lee. ^-, différend ne se fût terminé par un combat singulier , la partie estoit-- faite pour Stavayé, parce que Grandson, outre les avantages-, naissance plus illustre , avoit de puissans amis ; mais il en arriva-, ment; car le jour du combat arrivé , Grandson 8c Stavayé c0 . ceSjrent en la place des Lices à Bourg, à cheval, armés de toutes P ^-, où en la présence du Comte de Savoye 8c de son Conseil, 8 e ^

» principale Noblesse de ses Estais, ils combattirent à la lance , 8c ^

-, des armes fut tel, ou la justice de la cause de Stavayé le voulut-, que Grandson y fut tué Voyez aussi, sur les motifs secrets 8cconstances de ce fameux combat, Henri Pantaleon. de Bâle, dans fasographie des Héros a Allemagne, p. 483-484. Bâle, ,1567, in-fil., en aavecsig. Mais il 3 mal placé cet événement vers l’an 14*6.

(*) Planches 7 fie 9, ^

(14) Bochat, Mémoires fur PHistoire de I’ancienne Suisse, towep. 430, 431 , 8c tome III, p. 622 8c suiv.

(**) Planche 73.

(15) L’Itinéraire d’Antonin 8c la Table Théodosienne placent B f ° ^ou Virom-gus entre Minnodunum, Moudon, 8c Vivifcus, Vevai.croyoit qu’il s’agissoit ici du petit lac nommé Bré ou Bro ; mais M' r „ville observe que ce Géographe n’avoit aucun égard aux dista ficeSquées dans I’Itinéraire 8c dans la Table ; il pense que le lieu de ProMindiqué par Limier, Commentateur de l’Itinéraire, conviendroit ^

On trouve le village de Promazens, autrement Premagens , ou

dans le Bailliage de Rue, au Canton de Fribourg. ( Notice fa ^

P- 180, 181 ).

í***) Planche 3. jz