1 TABLEAUX DE
LA SUISSE.
•singulier, le site du pays, les arts qui y fleurissent, les-Horlogers, les Lapidaires, les Couteliers, mille autres^objets méritent l’attention du Philosophe» Elle n’est cul-tivée que depuis i 1S6, où Frédéric I, Empereur, permità Ebul, Baron de la Sarraz , de la peupler. Cette valléetire son nom d’un lac qui a deux lieues de long fur une«lemie de large. Ce lac occupe le milieu de la vallée,-qui a environ quatre lieues de long fur deux de large,-ôc qui est bordée de toutes parts, mais íur-tout du côtéde la Bourgogne, de grands bois, ôc de hautes monta-gnes , avec des défilés qui en font le rempart le plus assuré.Cette vallée est très-peuplée, & renferme trois grandesParoisses, dont les noms font, Y Abbaye , le C heriit , ôcJe Lieu j celle qui porte le nom de Y Abbaye , & qui està trois lieues de Romainmotier, doit son nom à une an-cienne Abbaye de l’Ordre de S. Benoît, au bord du lac,& dont il reste encore le Temple. Elle rapporte son ori-gine à i’Hermitage bâti en cet endroit dans le cinquième•iiecle par S. Lupicin (;y), frere de S. Romain»
On peut bien juger que cette vallée étant fort élevéeà dans le sein des montagnes, le terroir n y peut pasêtre très-fertile. II n’y croît aucun fruit, & l'on n’y peutsemer que de P orge ôc de l'avoine. Mais le lac fournitdu poisson abondamment, & du pâturage, les habitanssuppléent au reste par leur industrie. Dans ces (z8) quar-tiers du mont Jura, & dans tous les autres du même mont,les hommes vont au Temple en tout temps avec le fusil•ôc la bayonnette, comme prêts incessamment à combattre ;ôc , pendant le service divin , ils ont leurs fusils entre lesJambes, ou bien ils les mettent â des râteliers qui fontfaits exprès dans un coin du Temple. Ils en usent decette maniéré , parce qu'on est fur les frontières de Bour-gogne , ôc que c’-étoit anciennement la Coutume, iorf-qu’on regardoit les Bourguignons comme des gens aux-quels on ne pouvoit pas se fier , ôc qu’ainsi il falloit êtreen garde contr’eux.
A un coup de canon du village de Y Abbaye , on voitsortir , du pied d'un rocher, uné riviere toute formée ,large d’une toise, & profonde d'un pied qu deux, selonîes temps , & qui, après avoir remué des marteaux d’uneforge., va fe perdre dans le lac. A une lieue du mêmevillage-, dans un coin de la montagne, on voit une pro-fonde caverne, d’une toise ( 59 ) ou deux de diamètre ,au fond.de laquelle on entend une riviere souterraine cou-ler avec un grand bruit. Mais ce qui est le plus remar-quable , c’est le lac même. On ne voit ni d'où il vient,ïii où il va. II est comme partagé en deux lacs , par uncanal était que l’on passe fur un grand pont de bois ; & àune demi-lieue au-deffous de ce pont, ce lac le perd dansla terre par un grand trou , qu’on peut voir. On croit com-munément qu’il va par des canaux souterrains jusqu’à Val-lorbe, où il fort d’un rocher une grosse riviere toute for-mée , & que c’est là l’origine de VOrbe.
Vallorle est une vallée ôc un village du même nom ïséparé de la vallée du lac de Joux par une haute mon-tagne. Ils tirent leur nom de la riviere de YOrbe, La Paroissede Vallorbe passe pour la plus grande de tout le pays deVaud. Le Prieuré de ce nom fut réuni à P Abbaye deR°'mainmotier en 1321 , ainsi que je P ai déjà observé. LeSautres villages de ce Bailliage font Agiez, Arnex , Ap"ples , ôc Vanlion ou Vanillon. Cette (40) derniere Pa-roisse est à une lieue de Romainmotier. On peut íe ren-dre dans une heure ôc demie de Romainmotier fur 1 *Dent de Vanillon, sommet de la montagne qui sépare lavallée de Romainmotier de celle du lac de Joux. On y ]arrive à travers des pâturages entremêlés de bois : ceuXqui font curieux de plantes , trouveront ici de quoi fesatisfaire. La même montagnes est remplie de coquillag eSpétrifiés de plusieurs efpeces ; mais ce qui est fur-tout dignede remarque, c’est le superbe spectacle que l’on découvretout-à-coup après être arrivé fur le sommet de la Dentde Vanillon. Ce nom lui a été donné à cause de la figurequ’elle présente de loin. C’est vraiment un observatoire?d’où l’on découvre un horifon immense ; au nord, «nepartie de la Franche - Comté ; au midi , les Alpes i al’orient, l’extrémité du mont Jura, du côté de Bâle ; al’occident, la vallée du lac de Joux , dans toute son éten-due , ôc un peu à droite, fous fes pieds, lecoule l’Orbe, avec le village de Vallorbe. Ceest très-pittorefque.
La Baronie de Lajsara , enclavée dans le Bailliage & QRomainmotier, étoit autrefois d’une étendue considérable.Elle a eu long-temps des Seigneurs de son nom. Mais depuis 15*41, elle appartient à l’ancienne ôc illustre niasse"de Gingins , de Berne, ôc elle est partagée entre Yes àiverses branches. La ville ôc le Château de Lajsara s ostCastis au pied de rochers de marbre bâtard qui l’envif 0 " ■nent ôc en forment la base.
Vallon our-niin d Osss
Cuarnens , Seigneurie ôc Paroisse fur la Venoge, stui a Ppartient à la maison de Chandieu. .
Près (41) d’un moulin situé à quelques cent pas de Lafara , un ruisseau fe sépare en deux , ôc partage fes eal ^de maniéré qu’une partie fe rend au lac de Genève,dé-là au Rhône ôc à la Méditerranée , tandis qqe 1 alltsbranche s’unissant aux eaux de l’Orbe qui perd f° n n0ïílau-dessus d’Yverdon, pour prendre celui de la Thiele?se rendre à l’Are, qui, tombant ensuite dans les’unit enfin à l’Océan. La premiere de ces eaux P ren vnom de la Venoge, qu’elle garde jufqu’au lac de Gen eV ^La seconde s’appelle Nozon , ôc fe réunit à l’Orbe. esituation avantageuse fit naître, en 1640, le P r0 / et ^l’entreprife d’un canal qui n’a pas été achevé , ôc q ul ® ,interrompu près (YEntreroches , à une demi-li eue defara, dans la Baronie de ce nom.
VIII. Yverdon ou Yperdun , en allemand, Ijjerten ,
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(37) S. Grégoire de Tours a aulîì écrit la vie de ces deux Hennîtes.
( Vitce Patrum, cap. I ). •
(38) L’Etat & les Délices de la Suislê, tome II, p. 28p.
(39) C’est-à-dire, toise de Suisse, qui est de dix pieds.
(40) 'Sinner, voyage dàns la Suisse occidentale, tome í, p. 301-303.
(41) Sinner, ibidem, p. z 09 & íuiv.
(42) Leu, ibidem, tome XX, p. 12-17.
L'Etat Lc les Déliées de la Suisse » tome II, p. ;u Lî fuiv«Faeíì, ibidem, tome I, p. 887-897.
Tschawer, ibidem,, tome II, p. ìoJ , Lî fuir,
Baillé