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Tome deuxieme et dernier.
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syo T A B L É A U X D

population des pays voisins put fournir la matière de quel-ques échanges. On fait dériver le nom de Lucerne d’unPhare yqu’on suppose avoir été établi au haut d’une Tou rtrès-ancienne, bâtie au milieu des eaux. Quelle que puiífe-être l’antiquité de la ville de Lucerne , elle doit vraisem-blablement fes premiers accroissemens au Monastère (a),fondé 5 en 695 , soumis dans le liecle suivant par Pépin,Roi de France, à P Abbaye de Murbach, en Alsace, & con-verti, en 1455 , en un Chapitre de Chanoines, à la tête< 3 uquel est aujourd’hui un Prévôt mitré.

A mesure que Lucerne s’étendit fur les deux rives dela Russe , on établit des ponts pour réunir les différons«quartiers : c’est une singularité, que, dans une ville d’uneétendue médiocre, il fe trouve trois ponts, couverts pourl’ufage des gens à pied, l’un de 500, un autre de 316,& le troisième de 176 pas géométriques.

La ville (3) de Lucerne est généralement belle Ôt bienbâtie, mais elle n’est pas peuplée à proportion de son éten-due 5 elíe le seroit, sans doute , si le commerce y fleurif-foit davantage, & si les habitans profitoient de fa situationavantageuse. Lucerne fut autrefois beaucoup plus peuplée,& même très-commerçante. C’est le grand passage pourî’Italie par le mont Gotthard. Les marchandises, qui onttraversé les Alpes fur des bêtes de charge, fe déposentà Lucerne 3 «& sont ensuite transportées par la riviere deRuJJe , f Are & le Rhin , jusques dans l 'Océan. La Russesépare la ville en deux parties, d’une grandeur inégale ,<Sc ces deux parties font jointes l’une à l’autre par les troisponts dont j’ai parlé , Ôc par un quatrième qui n’est pas cou-vert , c’est celui qui est fur la RuJJe , & fur lequel passentles voitures ; c’est là où l’on fe promene du matin au soir.Des trois autres ponts ; les deux grands ôt le petit font cou-verts ôt ornés de tableaux. Ceux du pont de la Cathé-drale représentent ï Histoiresainte , ceux du second pont,•nssûìéle pont de la Chapelle 3 V Hstoire de la Suijse> accom-pagnée d’assezbons vers allemands ,enfin les tableaux dutroisième & du plus petit des ponts couverts représententla danse des morts , peinte par le célébré Caspar Meghfi-ger, de Lucerne. Ils sont pareillement accompagnés de

E L a s v 1 s s E.

vers allemands. Ces ponts servent de promenade ordinaireaux habitans, ôc font un des ornemens de la ville par lavariété des objets qui s’offrent à la vue, tant du côté dela ville que de celui du lac, dont les rives (*) font ornéespar de jolies maisons de campagne, ôc par une chaîne demontagnes, qui fait le commencement des Alpes; ce quiforme une perspective diversifiée & assez agréable.

Les armes de la ville de Lucerne son t parti dd argentêC ddagur.

II y a dans Lucerne plusieurs beaux édifices publics quiméritent d’être vus. Nous allons en donner quelques dé-tails.

L’Eglise Collégiale de S. Léger est à l’extrêmité orien-tale de la ville, près du bord du lac. L’on y volt und’orgues magnifique ; on y remarque auífi le carillon descloches qui fe trouvent dans les deux tours dont l’églil eest comme flanquée, & qui offrent à l’oreille une harmonieadmirable. Cette église est somptueuse ôc richement ornée.Le trésor renferme des pieces de grand prix. Le PretreWighard , qui fondá en 69 5 le Monastère de Lucerne -seroit bien étonné, s’il revenoit au monde , de voir unbâtiment auífi superbe sur l’emplacement de ce Monastère,qu’il appelloit par modestie dans fa charte, une cabane t

Tugurium (4).

Le Couvent des Cordeliers est un des premiers de l’Ordrepar son ancienneté. II fut fondé l’an 1223 ôc 1225 p ar ^Comtesse Gutha , femme d’un Baron de Rotenbourg > ala priere même de saint François , qui, de retour de lèsvoyages, rendit visite à cette pieuse Dame dans sonteau de Schauensée 3 près de Lucerne. S. François mourut à AJJise le 4 Octobre 122 6. Son Ordre avoit étéprouvé par Innocent III en 1215, ôc confirmé p arnorius III en 1225. Dans l'église des Cordeliers de L ucerne font peints tous les drapeaux que les braves Lucsrnois ont gagné dans les guerres helvétiques. On y v0lCune bibliothèque, précieuse en manuscrits ôc en éditi° nSdu quinzième siecle. ^

Le College des ci-devant Jésuites , qui est comme ^Couvent des Cordeliers dans la basse ville, est vaste

(2.) La charte de la fondation de ce Monastère par le Prêtre Wighard,írere du Duc Rupert, 8c cousin de Clovis ÍII, Roi de France, dont j’aifait mention à l’article de Zurich , spe'cifie que Lucerne portoit d’antiquite'«e nom , in queiam. ioco, qui Lucerna ex antìquitate diâlus, juxtà fiuviumqui Rusa dicitur , qui de Jummitate lad suit. — L’Empereur Loîhaire ì, dansson diplomé date' de Strasbourg le 25 Juillet 840, appelle MonasteriumLuciaria , le Monastère que son bisayeul le Roi Pépin avoit soumis à l’Ab-baye de Murbach en Alsace. Ce diplomé a été rapporte' d’après I’originalpar M. Schoephlin, dans le premier volume de YAlsatia Diplomatica,.p. 79.On prononce encore vulgairement dans le Canton d’Uri, Luceren pourLucern. Cette prononciation doit avoir produit Luciaria , qu’on lit dans leDiplôme de Loîhaire- L’Anonyme de Mûri, qui écrivoit vers l’an 1150,dit quelque part,(p«rg. 47 , ad Calcem vindiciar. aêlor. Murens.) de faahliaSancti Leodegarii Ecclesie Lucernarie , 8c ailleurs ( ibidem , p, 2 , 4 ),jus Ecclesie de Lucerna. On lit Lucerìa dans deux chartes de 1210 8c1256 , rapportées par Dom Herrgott, ( Génial. Ilapslurg. tom. II , p. 212 8c325 ). Un acte allemand de 1337 , publié par le même Bénédictin (ibid.p. 656 ; , fut passé à Luceren. Bochat a prouvé ( Mém.sur l'Hist. anc. de la£uijje, tome III, p. 481 ), que dans la langue celtique Luch ou Lug signi-stoit eau , riviere , 8c même lac , ôc que Cern déíignoit joue , un coté du visage ,tête, corne , ôc qu’ainsi la ville de Lucerne, placée à la joue du lac &• de la

riviere ,■ Test auffi à la corne & à la tete. Toutes les acceptions ocmots celtiques , dont son nom est composé, fe réunissent pour le rendre P ^faitement assorti à fa situation, soit que les Gaulois disent Luch-C eTrlLug-Cem.

(z) L’Etat 8c les Délices de la Suisse, tome II, p. Z5Z & suiv»

Leu, ibidem , tome XII, p. 243-307. Faesi, ibidem, &c.

(s) Planchez 43. ' , vlictines,

(4) Ce mot déplaisent au savant Malïllon dans fes Annales bettelorfqu’il rapportoit le précis de la charte de Wighard. Mais Tu^ uriumici une expression d’humilité : c’étoit l’équivalent de Casa ; titre q u 011 p e ,(ànoit fous les Rois Mérovingiens & Carlovingiens à tout MonastèreCasa Deì , qu’on donnoit auffi à toute église, même à une Cat ^(Voyez Heumarm, Commentarii de redíplomat. Imp. ac Regum Germas 1 -p. 18. Norimhergœ, 1753, so- 4 °. cum fig. ). Il est même étonnantsgurium ait déplu à Dom Mabìllon , qui dans un autre ouvrage (porté un passage à’Ermenric, Moine de Richenau , dans fa lettre a jgflsArchichapelain de Louis, Roi de Germanie, 8c Abbé de Saint- ^ ] £Slaquelle , après avoir célébré l’exacte discipline de ce Monastersavansque cette Abbaye avoit produits, ilirnilfoit ainsi : ^ Qpú 1 ^

bus longum efl commemorare , vel de vita Sanéli Galli , cujus tu Pafton 2 UTugurium pojjides, &• famiìiam Régis.

£*) Analect. Vetw., p. 4»J. P»rïf., 17*31 in-fil.