3 oo TABLEAUX DE L A S U I S S E.
Tiriiíberg , le Gotthard, & quelques autres montagnesdu pays des Grisons ont, il est vrai, la cime plus élevée,mais ce font des chaînes de montagnes assises les unes fur lesautres ; le mont Pilate, dans toute fa longueur, n’est ac-cessible que dans la partie de ses deux pointes qui font dis-tantes Tune de l’autre d’une lieue & demie. Parmi toutesles descriptions qui en ont paru, celle qui est intitulée :Promenade (6z) au mont Pilate , est la plus gaie ôc laplus pittoresque. M. Pfoffer, de Lucerne, Lieutenant-Général ès-armées du Roi, en est Fauteur; c’est Fextraitde ses diverses courses fur cette montagne. Le DocteurLang , de Lucerne , a formé un cabinet de curiosités na-turelles en coquillages pétrifiés , dents, arrêtes & carcas-ses de poissons, q-u’il a trouvés fur le mont Pilate. Legibier qu'on y volt consiste en bartavelles, coqs de bruyere,chamois, chevreuils & bouquetins. Cette montagne nour-rit une quantité incroyable de bestiaux. Les pâturages yfont admirables, & parsemés de simples qui ont beaucoupde vertu. Plus l'endroit où ils croissent est élevé, pluselles méritent d'être préférées à cause de leur qualité. LeTomlishorn , qui est la cîme la plus exhaussée de la mon-tagne , est de 1403 toises au-dessus du niveau de la mer.Le lac de Pilate n’est point fur le sommet de la monta-gne ; mais il est auprès de Brundlen dans un bois de sa-pins; Lt le plan le plus élevé des arbres est de 80 toisesplus bas que le sommet. On a raconté autrefois cent chosesfabuleuses de ce lac : on difoit que Pilate ( 64 ) s'y étoitjeté, que les diables y paroissoient souvent, & que quandon y laiffoit tomber quelque chose, soit bois ou pierre,cela excitoit des tempêtes horribles, qui causoient degrands ravages dans le pays. On étoit tellement infatuéde ces opinions, qu’on ne pouvoit pas monter fur cettemontagne & aller voir ce lac fans une permission expressedu Magistrat de Lucerne, & il étoit sévèrement défendud’y rien jeter; mais on revint enfin de cette erreur fur lafin du seizième siecle. Ce lac a tout au plus quarante piedsdans fa circonférence, & une toise (65) & demie de pro-fondeur; ce qui a été confirmé en 1J54, que le Magis-trat de Lucerne le sic saigner pour couper racine aux bruitspopulaires. L'eau de ce lac est noirâtre ôt fort tranquille.Au-dessous de Palpe dite Jf^iderfeld , il y a un autre petitlac, Je ne finirois pas, si je voulois rapporter toutes lessingularités de cette montagne. On y donne des leçonspour marcher d’un rocher à l’autre. Les souliers d’usagesont une semelle de bois léger, qu'on attache avec descuirs. On enfonce quatre clous dans le talon , & six fousla semelle. Ces clous qui font des clous de fer de cheval ,
faits à l’épreuve, ne cassent jamais, & débordent la se*melle d’un demi pouce. On vante beaucoup, les monta-gnards du mont Pilate , qui, quoique fous la dominationd’un Souverain, s’exemptent, quand ils le veulent, d estsuivre les loix, bien assurés qu’on n’ira pas les forcer dansleurs retranchemens. On conte mille traits de ce prétenduPeuple-Roi y & de ses chétives habit ations.
Vil. Knuttweily petit Bailliage entre Willisau, Wih eI1 >Bure n & Soursée, ancien démembrement du Comté deWillisau. Knuttweil est une paroisse considérable, & danslaquelle on trouve le village de Mauenfée , qui donne I enom à un petit lac voisin de la ville de Soursée. Il y 3dans ce lac une petite isie où est le château de Mauenfaibâti vers Fan 1580, par le Capitaine Caspar Pfiff er tLucerne. Un long pont de bois conduit à ce château. CetteSeigneurie appartient aujourd’hui à un Comte de Riv a »Citoyen de Lucerne, & domicilié à Lugano en Italie, st ull’a acheté en 1721 de l’illustre maison de Cloos 9 de LU"cerne, présentement éteinte.
VIII. Ebicken , le plus petit des Bailliages de Lucerne»à une demi-lieue de cette v ille ,& dans lequel, outre le vil"lage d’Eblcken, dont l’Eglise est filiale de la paroisse de Lu-cerne, on trouve le petit lac de (66) Rot-Sèe , qui a unsdemi-lieue de long, dans le voisinage de F Abbaye dehausen. Ce petit lac est très-profond & très poissonneux»il appartient à la maison de Segejser 3 de Lucerne. La Sei-gneurie d’Ebicken étoit originairement un fief de l’Empi re *La maison d’Autriche F obtint; le Duc Albert en inféoda
en 1321 Godefroi de Hunenberg. La ville de Lucerne»qui en avoir acquis la haute Jurisdiction en 1415, en achetala basse en 1472, de son citoyen le Sénateur Rodolf Schss*fman. Ebicken est fur la grande route de Rot, CamZoug. Tout ce pays est fertile en pâturages, en bled &en fruits.
IX. U intendance du (67 )dac de Sempach est gérée pun membre du grand Conseil de Lucerne, qui demeure^Sempach; mais il n’a aucune jurisdiction sur cette viSon autorité ne s’étend que fur le lac ; il a foin des reve ^^qui en reviennent au Canton. J’ai fait ailleurs (68) l a e ;cription de ce lac ; il a deux lieues de long fur une ae^ ^de largeur, & il est très-poissonneux. II appartientexception à la ville de Lucerne, à laquelle il fut ce13P4 par la maison d’Autriche. Cet Intendant se nom 111en allemand Sée-Vogt , c’est-à-dire, le Directeur du ^ aC ‘
son de son nom. Voyez Morerì, Dict. hist. universel, édition de Paris ,I7j-p, tome IX, Partie I»p. izr.
Conradi Geíneri Descriptio Montis Fracti, feu Montis Pilaû. Tiguri,
155;, W-
Vadian. in Pomponium Melam.
Limier, de Alpibus.
Cysat, Description du lac des quatre Cantons, p. ay2, en allemand.Scheuchzer, hist. nat. de la Suisse, Part. 1 , p. 201, & Part. II, p. 65 ,en allemand.
Mauritii-Antonii Cappellerii, Pila» montis Historia. Basile®, 1767. in- 4°.cum fig.
Leu, ibidem, tome XIV , p. 555 , 556 -
L’Etat & les Délices de la Suisse, tome II» k- ;78'Z8r, édition deBâle, i74é,*û-is ,fig.
Tscharner, ibidem, tome II, p. 65 , 66, Lcc-
(63) Dan* le Journal étranger, publié par Freron, Paris, ’
p. 26-65. récusé
On peut aussi consulter une description du lac de Pilate 7 dans ude douze relations curieuses, publiées par un Anonyme en 16 77 »avec figures, en allemand. Is
(64) Déjà cette tradition absurde régnoit dans le treizième
siecleî
v^Ty C.CU.C nautLivii ouiuius. Uft
Chanoine de Zurich , Conrad de Mure , en parle dans un de ses OU ^ ^
(65) Herrliberger, Topographie de la Suisse, tome I, fect» S * P'Zurich, 1754, Ì77-4 0 . avec fig.
(66) Leu. ibid. tomeXVII, p. 5.
(67) Le même, ibidem, même volume, p. 64-66»
Faeíì, ibidem » tome II, p. 12 , 13 , &c.
(68) Volume I, section IX.
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