/
TABLEAUX DE L .A SUISSE.
de Sarnen, Jonc le magasin public, l’arsenal, la maison duTirage; c’est ici aussi la place où s’assemble fous lesans Je peuple pour sélection des charges. On y jouit d’une'vue délicieuse sur le lac de Sarnen, 6c ses environs, quioffrent des montagnes 6c des vallées Fertiles. Le nom de■JLandenbergj donné à cette colline , vient du tyranniqueBaillis Beringer (7) de Landenberg , qui résidoit dans un-château. Le détail de ses cruautés est consigné dans l’His-toire Helvétique. Les habitans opprimés s emparèrent dece château par un heureux stratagème, le premier jour del’an 1308; ils se contentèrent, pour toute vengeance, dedémolir le château, 6c de conduire sur la frontière le Bail-lisleur prisonnier, avec tout son domestique 6c ses effets,mais fous la condition du serment qu’il leur fit , de nejamais remettre le pied dans un pays qui avoir été lethéâtre de ses violences : espece de vengeance bien noble,•Sc d’autant plus digne (8) d’éloges, quelle est moins dansie caractère des sensations populaires, toujours promptesSc véhémentes, 6c quelquefois effrénées.
Les villages Kaegifveil 6c Roemeríperg ou Ramensperg, font aussi dans la paroisse de Sarnen.
Kerns (p), autre paroisse considérable, à une petitelieue de Sarnen, contre Stanz, fur la riviere de Melch ,& qui donne son nom à la grande forêt dite Kernwald ,qui sépare le Canton en deux départemens. Une partiede cette forêt est dans la paroisse de Kerns, une autredans celle d’Altnacht ou Alpnaeht, qui est dans le haut.Undervalden, 6c une grande partie dans le quartier Ênnen-rnoos, au bas-Undervalden.
Dans h paroisse de Kerns font le val de la Melcha ,dont je vais parler, les deux hameaux, le haut & le basHalten , Weifohrlen ou Weiserlon , où se tenoit autre-fois l'assemblée générale de tout le Canton avant fa par-tition en deux départemens en l’année 1150; les deuxhameaux , le haut 6c le bas Dietenried , 6c le village Fo-ribàCy ainsi nommé d’un ruisseau très-abondant en truitesd’un goût très-délicat, poisson que l'on appelle en alle-mand sorellea .
Le val de Melcha fr o), doit son nom à la riviereMelch ou Melcha , en latin Mêla , très - renommée parses truites , 6c qui prend fa source au plus haut du Canton,passe derriere le val du même nom, fous terre, pendantì’espace de près d’une lieue, traverse le val de la Melcha,
& arrose le district montueux de la paroisse de Saxlen,où elle se partage en deux branches, dont l’une passeen face du bourg de Sarnen, 6c se jette au-dessous dansla riviere d’Aa ; l’autre branche divise les paroisses deSaxlen 6c de Kerns, 6c se jette dans le lac des quatreCantons. La Melcha fort d’un petit lac dit Melch-Sée ,fur une haute alpe , dans la paroisse de Kerns, à près dedeux lieues du village de Kerns, contre la frontière du
Canton de Berne. Il y a dans la vallée de la Melcha uneéglise filiale distante de deux lieues de la paroisse de Kerns.G’est dans cette vallée qu’habitoit en 1307 Henri, dit duMelch-Thal , 6c que la tradition dit avoir été de la familleIn-der-Halden (11), illustre dans les fastes du haut-Under-walden, 6c qui existoit encore en 1784. Un jour queHenri (12) labouroit ses champs, il vint un des gardesdu Baillis Beringer de Landemberg , lui enlever ses bœufspar son ordre, sans lui donner d autre raison, sinon qu unvilain, tel que lui 11 étoitpas trop bon pour traîner lui-m ernefa charrue. Le vieillard n’opposa à cette injustice que ^ eSremontrances; mais son sils Arnou, qui étoit présent 6Cplus vif que lui, y opposa si bien la force, qu’il renvoyale garde assez maltraité. La chronique porte que dans lach aleur du conflit il lui cassa un doigt. II n’y avoir quela fuite qui pût sauver un homme coupable d’un tel crime.Le jeune Melchtal la prit, 6c perdit en se sauvant so stpere innocent. Le Baillis le condamna à représenter so stfils, ou à avoir les yeux crevés, 6c dans le choix desdeux (13) victimes désignées, cet infortuné vieillard n eUCque la triste consolation de se dévouer lui-même au se"orifice. Son fils s’étoit allé cacher dans les montagnes dupays d’Uri, chez un nommé Gautier Turf, ancien am*de fa famille. Là il apprit le cruel traitement fait à son p& e 'il en fut accablé de douleur; son hôte ne put en etretémoin, sans la partager avec lui. La confiance qui na ^soit d’une estime mutuelle 6c d’un ressentiment commun,les portoit à déplorer souvent les malheurs de leur patr ie6c à parler des moyens d’y remédier. Ces entretiens de^vinrent plus intéressans par Parrivée d’un nouveau p 1 - 0 jcric ; c’étoit Garnier de Stauflach } du Canon de Sch^ertr,que Gessler, autre Baillis Autrichien dans le pays d6c de Schweitz, avoit menacé, 6c à qui la prudentdicta de s’éloigner. C’est du fond de cette retraite qu etrois braves hommes, F w fl , Stauffach 6c Melchthn^osèrent élever leurs pensées jusqu’au dessein généreuxbriser le joug qui asservissoit leur patrie, ou de Pvictimes de leur noble courage ; 6c ce foible 6c secret c° stventicule de trois patriotes , fut le commencement d un eillustre 6c puissante ligue.
CQS
t
de
érír
Saxlen (14) ou Saxelen , ou J achjlen ,en latin
Saxul ;
village 6c paroisse à une petite lieue au-dessus de fiarne^ -sor le lac qui prend ici le nom de lac de Saxlen ; 011pelle aussi chez les étrangers, Bruder-Claufen , aU *Nicolas. Ce lieu étoit dit primitivement Steinen ,que la partie supérieure du village retient encore. Lparoissiale est ornée de belles 6c grosses statues de manoir, fort bien faites, 6c de 22 colonnes aussi ^ ern ^ ce ,noir à veines blanches, dont huit font d’une P ^hautes de treize pieds de France, 6c ayant sept P ie , £circonférence ; elles sont placées fur des bases q ul
(7) Parmi les témoins d’un diplomé d Albert, Roi des Romains, en fa-veur de la Prévôté de Berchtersgaden , de l’ordre de S. Augustin, au Dio-cèse de Salzbourg, 8c daté de Vienne le 23 Septembre 1303, sont nom-més Albert, Comte de Hohenberg, Hermanrx de Landenberg, Maréchal(de l’Autriche), & Beringer de Landemberg. Le-diplôme de izoz setrouve dans Hundius, Metiopolis Snli[burgenjïs , tom. II, p. 126, 127. Ra»tisponae, 1719, in-folio.
(L) Histoire des Révolutions de la haute Allemagne, par M, Philbert,'
tome I, p. 101. Zurich & Paris, 1766, ìn-iz.
(9) Leu, ibid. tome XI, p. 81, &c.
(10) Leu, ibid. tome XIII, p. 30-34.
(11) Le même, ibid. tome IX, p. 432;
(12) Tschudii Chron. helvetic. tom. I, p. ì-34 > 235 » &c.
(13) Philbert, ibid. tome I, p. 88, 8 9.
O4) Leu, ibid. tome XVI, p. 136, 137.'
L’Etat Lî les Déliées de la Suisse, tome II; P* 4î7"4 z 9> & c ‘