Band 
Tome deuxieme et dernier.
Seite
446
JPEG-Download
 

t

44S T A B L EAUX D

Bollem / & les Barons de Masqx , qui leur faisoient cettevente à un prix íì raisonnable, continuèrent leur co-Bour-geoisie dans les deux Cantons. Le Roi des Romains, Sigis-mond, confirma cette vente. Mais le Duc de Milan, Phi-lippe - Marie Viscond redemanda aux deux Cantons cesanciens domaines de fa Maison , & leur offrit le rembour-sement de la somme de Pachat. Ils ne se prêterent pas à sesinstances; l’affaire restá en suspens un an & demi : le Ducôluda constamment lappel que les deux Cantons avoient faitau Roi des Romains pour la décision de leurs droits. Ilsétoient en possession, mais le Duc de Milan, peu disposéâ leur laisser une clef de ses Etats, s’approcha fans bruit deBellinzone avec des troupes le jour du Vendredi-Saint, leïo d’Avril 1422 , & la surprit par de secrettes intelligen-ces qu’il y avoir. Puis après avoir fait désarmer la garnisonSuisse, il la renvoya chez elle avec une ample réduc-tion de ses droits, & un fort mauvais recours à cherchercontre les Barons leurs vendeurs. Cette voie de fait choquavivement, comme on peut le croire, non - feulement lesdeux Cantons qu’elle touchoit directement, mais encoretous les autres ( 17), qui en furent promptement informés.Ils résolurent tous, à l’exception de celui de Berne ( 18), dene point dissimuler une insulte aussi marquée, mais d’entirer raison par les armes. Toutes leurs troupes étoientprêtes; elles eurent commandement de marcher; leurrendez-vous fut inconsidérément assigné aux pieds mêmedes remparts de Bellinzone, où elles arrivèrent fans drdreni précaution. II n’en étoit pas de même du Duc de Milan,-qui, prévenu de leur marche, avoit eu le temps de porterde ce côté - là un corps de dix-huit mille hommes , sousle commandement de François Comte de Carmagnola ,Tun des plus grands Capitaines d’Italie, & sous celui duColonel Angelo Pergulano. II les fit loger dans la ville &les environs, où ils attendoient, dans des retranchemens,<2k dans les postes les plus avantageux, un ennemi de beau-coup inférieur en nombre ; il y eut de Fimprudence de la part•des Lucernois, des Crâniens, des Undenvaldois ôtdesZou-gois , qui emportés par l’ardeur du combat , devancè-rent tous les autres , ôt savant-garde même compo-sée de quatre cens Arbalétriers Zuricois, Ils arrivoient àk débandade, les uns pillant, les autres protégeant le

(17) La Dìete des Cantons, assemblés à Zurich en 1419 , avoit ratifié lavente que les Barons de Masox avoient faite de Bellinzone aux deux Can-tons d’Uri & du haut - Underwalden.

(18.) Les Bernois n’avoient pas oublié la combourgeoiíìe que les Cantonsáe Lucerne, d’Uri 8 c ssUnderwalden, avoient contractéeavec les Vaiaïfensen 1417 , au préjudice fie l’Eveque de Sion & de la Maison de Rarogne,■alliés de Berne.

(* ) Planche , n°. 218.

(1 $)Pkilbert t Histoire des Révolutions de la haute-Allemagne, tom. II,35.178 ,&swv.

{20) Marc-Antoine Coccius Sabellicus, Professeur des Belles - Lettres àVenise-, mort le >8 Avril iZ°6, âgé de 70 ans. Son Histoire de Venise,remplie de flatteries basses & rampantes, fut imprimée-en 1489, i n g 0 i. Onla trouve aussi dans le Recueil des Historiens de Venise, Edition de r 7 ,8.Voyei aujsi sur la bataille de Bellinzone , Ballarini & Tatti, 1. 1 .

(n) L’Oíficier qui portoit la Bannière de Lucerne, se voyant au mo-ment de perdre la vie , la mît sous ses pieds ; & la défendit debout jusqu’àCc que les autres Suisses vinrent à son secours. Celle d’Uri sot deux fois au

E L A SUISSE .

pillage, & tous dans la plus grande sécurité, lorsque lsComte de Carmagnola les fit charger par sa cavalerie , I emardi 50 Juin 1422 , dès l’aube du jour, près de Saint-Paul ( * ), dans la paroisse ftArbedo. La prudence vouloitqu ils se repliassent pour rejoindre le gros de leur armee,& pour gagner l’avantage du terrein : ils n’écouterent (1 9)que la voix de l’honneur , qui leur défendoit ce mouve-ment; il leur en coûta cher: ils furent presque tous taillés

en pièces , mais ils ne le furent point impunément. UnHistorien Italien (20.) remarque que les plus dangereuxdes Suisses étoient les blessés ; la vengeance ranima ce qu 1leur restoit de vie , en les rendant terribles par l’usag equ’ils en faisoient. Le combat dura huit heures fans inter'ruption. Les bannières des Cantons coururent les pl uSgrands risques (21); elles furent toujours défendues avec desflots de sang êt des prodiges de valeur. Le combat ne fí sllCque par la retraite du Comte de Carmagnola , qui voy anCarriver le reste de T Armée des Suisses fur la Moesà> &renferma dans Bellinzone, s’attribuant une victoire dontil avoit payé l’avantage assez cher, pour avoir le droit des’en vanter, & dont, à cela près, tout l’honneur étoit d uaux vaincus. La perte des uns & des autres, dans cettejournée , est rapportée diversement par les Historiens C 22 'des deux partis ; les Suisses ne conviennent que de 39tués , & les Italiens prétendent en avoir trouvé 2000

fut

le

le champ de bataille. Ce qu’il y a de certain, c’est q uecontingent de Lucerne, qui fut embarqué fur le lac, fort 1 *à 7 bateaux (23) , & qu’il ne revint tristement qua 2 >la grande affliction des habitans. Tschoudi évalue la P 21 " 1 ^des ennemis tués, à quatre cens cavaliers, la plupart àe 1Noblesse, ôt à neuf cens hommes de pied, fans les blest"Ce ne furent point ceux des quatre Cantons, qui perdiï‘ enCle plus de monde devant l’ennemi, qui se regard 0 * enCcomme les plus malheureux dans cette journée. Les CaRtons de Sehweitz & de Claris n’avoient joint que les desniers; indépendamment du regret qu’ils avoient de n aV01pu faire leur devoir, il se trouva des gens assez indiso re _ spour leur reprocher ce qui faisoit le sujet de leur désesp 01Quoique leur lenteur n’eut nui qu’à ceux-là mêmes qavoient péché les premiers par trop de vivacité, ils ^ ssfièrent, en se chargeant de l’arriéré - garde, où st S

pouvoir des ennemis, 8c deux fois elle fut reprise. Pierre Kolin ,

Canton de Zoug, sot tué sur la place avec ses deux fils, pour la e e ^la Bannière qu’il portoit : Elle fut rapportée à Zoug , par un Bourg ^

cette ville, nommé Jeannin (*) Landtwìng. Elle y est coniervee , e

aujourd’hui toute teinte du sang des trois Kolin. On lit dans les ^ eCT °^ aJj (onZoug , de Bar , d’Egeri 8c de Cam , les noms de tous ceux de ce . fl . a

qui furent tués, au nombre de 9 2, à la journée de Bellinzone. IJ L j e .rapporté dans fa Chronique que ceux d’Uri 8c d’Undervalden ; il 3 ement omis ceux de Lucerne. jp,

(22) Tschoudi a inféré dans fa Chronique le texte Latin de S.tso^ ,a ^’nead,X, lib. 1, p..642, Edit . Basil , 1538. II reproche à cet ^ l ^ 0t ç £Sc ott-infidélité dans le récit du combat de Bellinzone, 8c il la prouve par ^.^gtradictions mêmes. Voye^aujji, sor la bataille de Bellinzone, la jj^giid»de Suisse, par Stettler , tom. I, p. 123-125. Berne, 1627 ; in-fil. en a

8c l’Histoire des Helvétiens, par M. le Baron d'Alt , tom. m > P'Fribourg, en Suisse, 1749 ;fn- 8«. . , ^5ds

(23) Le nombre des Lucernois, tués en cette journée, montort ^ coss'cent Bourgeois de la ville, dont quarante des deux Conseils» eí0

Bâe , pour la défense de la Patrie.

I*) Le mê.ste I anitìringt ou Litnnrìng, fut tué en 1444, dlaíatailk ieSaint- Jacques, près de