TABLEAUX DE LA SUISSE .
ARTICLE VINGTIEME.
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En décrivant le lac (i) de Zurich, nous avons tracé lasituation (*) de la ville de Rapperschweil (2), & désigné lamajeure partie de son territoire, fans oublier son fameuxpont, qui traverse le lac de Zurich, & qui a été com-mencé en 1358. On attribue communément le projet de•cette bâtisse extraordinaire à Albert, Duc d’Autriche, ditie Contract ou le Sage. Mais le Jésuite Steyerer , qui aécrit la vie de ce Prince, dit (3) que son fils aîné Rodolf,Duc d’Autriche, étant à Rapperchweil, fit construire furle lac un pont de bois, pour les Pèlerins d’Einsidlen, jus--qu'à Hurden , long d’environ 2000 pas, & qu il en posalui-même lapremiere poutre le 2$ Juin 135S.Tfchoudi (4)lui attribue le même honneur, & donne les mêmes dates.
La ville est agréablement située fur une langue de ter-re, qui avance dans le lac. Elle a un beau port : il n’estpas possible de peindre le plaisir que l'on a à examiner dedessus le pont les différentes vues du lac. C’est un specta-cle infiniment agréable.
Cette ville a été bâtie en ropi, par Rodolf, Comtetdu vieux Rapperschweil , château dont on volt encore lesruines fur une colline , à une demi - lieue au - dessous duvillage Altendorff, contre Hurden , fur la côte méridio-nale du lac de Zurich , dans la contrée de la Marche ,Canton de Schweitz, ôt précisément en face de la ville deRapperschweil. On a conservé l’anecdote suivante , consi-gnée dans de vieilles (5) chroniques. Rodolf, Comte duvieux Rapperschweil, étoit un Seigneur puissant; il pof-. sédoit le district du pays qu’on appelle les Hoefe , la Mar-che , le val Wegi , Ufiri , Greifensée , tout le Comtéd’Ui/iach , & l 'Advocatie de l’Abbaye âé Éinsdlen , avecd'autres Terres. II avoit un grand nombre de vassaux.L’Histoire dit qu’il étoit éperdument amoureux de íà fem-me , Dame très - belle, mais qui ne le payoit pas d’un en-tier retour. Le Comte éprouva, dans un long voyage qu’iifit, la vérité du proverbe, Que les absens ont souvent tort.La Comtesse étoit devenue infidèle, & fa conduite avoit faitéclat dans tout le pays. LTntendant, qui administroit les
Domaines du Comte en son absence, crut être obligé enconscience , comme un loyal serviteur, de lui révéler lemystère. Mais son embarras augmenta, lorsqu’il vouluele découvrir, dans un entretien secret avec son Mait re *Monseigneur , lui dit - il, mon devoir , ma fidélité m impo-sent la nécejjìté de vous déclarer une affaire d'une grandiimportance. A ces mots le Comte effrayé lui répondit -Mon cher Intendant , dis-moi ce que tu voudras , tnais attmoins rien de mal de ma femme , car quelque pur t ouJ efuis , SC lorsque je pense à sa beauté , elle ravit toute mosame , toutes ses maniérés douces SC affables me font ouU iertoutes mes inquiétudes , toutes mes peines , SC je goûte unevéritable satisfaction de pouvoir passer d mon retour m oTltemps auprès dé elle dans les épanchemens de mon ce£ílCet aveu du Comte régla dans l'instant le silence ®l’Intendant, fur le mystère qu’il avoit d’abord voulu r vler à son Seigneur ; & comme il étoit naturellement .pie, il reprit la parole fans marquer aucune ahéra.ioMonseigneur , répndit - il au Comte, ce que je veux v0l [dire , ne regarde pas Madame votre chere épouse , 1 2 * * * * * * f adepuis long-temps je songe à un projet qui pourroit etrela fois SC très - glorieux SC très - avantageux pour v ° sfans & votre postérité , SC en même-temps servir av t ^défense SC à celle de votre pays , dé une maniéré bien c ° ^filante. Fous êtes un Seigneur qui aveg_ de grandsnés , SC ent f autres poffejjions , le bourg SC le bac ^dingen ( 5 ) au-delà du lac , avec une colline limits°P ^qui est prefqu entierement entourée par le lac , i a i v ^pourrie^élever un château formidable fur cette c 0 ^ líte, . Q g ebâtir au - dessous , jusqu à Endingen sûr le lac , tine Jville , ce local ainfi fortifié , protégeroit votré Pff /S f
vous donneroit la facilité déy établir un marche pu
J ^ , 11 T e VOUS
très - avantageux , SC dans une position agreaoie. ^
supplie , Monseigneur , de penser bien à tout
êtes affe ^ riche pour exécuter ce projet. L avis de ^
dant plut au Comte Rodolf ; & après avoir pris 1 l0 ^P ^
tion du local, il ne tarda pas d’élever le chateau,
(1) Tomel, titre VIII.
(* ) Planche , n 9 . 141.
(2) Tschudii , Gallia Comata, p. no.
Stumpfii , Chr. Helvetic. lib. VI, cap. VIII, p. iz?-141. Edit. 1547. ìn-fol. avec fig.
Simien y RepublicalHelvetior. lib. I.
Herrgott , Genéalog. Halsburgicœ nom. I, P-6--75.
Leu , Dict. Hist. de la Suisse, tom. XV, p. 43 - 60 ; Lct. XIX, p. 158.
L’Etat & les Délices de la Suisse, tom. II» p. 47 - 55, derniere Edition deBâle, 1764; in-iz, avec fig.
Bochat, Mém. fur mist.anc.de la Suisse, tom. I, p. u»-n*.
Faesi , Topog. de la Suisse, t.III, p. ;8§-Tscharner , Dict. Géog. de la Suisse, t. II, p. 99 » 100.
Fuesslin , Topog. de la Suisse. tom. IV, p. 64 -
C oxe, Lettres fur l’Etatde la Suisse, 1.1, p. l0 S > I0 ^> 8t nr; iij, avecfigures.
Les Observations de M. Rarnoni, Paris, 1781, in- 8°. G eîieVÍ
Lettres d’un Voyageur François fur la Suisse, tom. H » P* '
G* Paris, 178 3, w - S", avec fig. &c. . t 6î ì
<3) Historia Albert! II, Ducis Austri», cognomento Sapientts»
2 63. Lipsiae, 1725 , in-fol.fig.
(4) Cbron. Helvetic. tom. I, p. 449 - 450.
(5) Tschoudi, ibid. tom. I, p. 40. gj C ,
Hartmann!, Annales Heremi Dei parse matris » p* f 1 1 b’ ^ 0 n t 101 ’*
( 6 ) M. de Bochat prétend que le nom d’ Endingen a été ^ <je
celtique, auquel on a donné une terminaison allemande , c ^ eXtr ènúd'ffin , extrémité, & de in, eni ou Inis, ijle: il signifiait » ifi e xtr ém‘ te ^qui seroit relatif à la situation de Rapperschweil, qui est * hab ^ 0 ' 1 .j
de Zurich ; ou, si ce nom est tout allemand, il signifi 0 * 1 j'sjgi ,l'extrémité, savoir, du lac- M. de Bochat cite à ce sujet u
bilia Tigurina , à l’article dc Rapperschwdl. f dSÍ