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Tome deuxieme et dernier.
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53 $ TABLEAUX DE L A SUIS SE.

Après une longue succession de Princes , indignes d’ê-tre connus de la postérité, Charlemagne parut; & quoi-que conquérant, il fut le législateur & le bienfaiteur despeuples. II rassembla en 773 une division de son arméeà Genève, pour la conduire par le mont Cenis contreDidier, Roi des Lombards, tandis que le Duc Bernard,son oncle paternel, pénétroità la tête de l’autre divisionen Italie par le Mont-Jou. Le Poète Saxon , qui nous alaissé en vers les actions de Charlemagne , & qui vivoitsous l’Empereur Arnou , a détaillé réexpédition d’Italie en773. 11 appelle (6) Genève Genua , L exprime la situa-tion de cette ville fur le Rhône.

Arque fiuo Jlarm regno cóìlegit ( Carolus ) ab crnni

Roboris immenfi varús ex gentibus agmen.

dQuod secàm ducens Genuam pervertit ad urbem ,

Quam rapido cursu Rh.oda.ms prœterfiuit amnis.

Dans le dénombrement des vastes états de Charlema-gne, sous ses successeurs, Genève fut comprise successi-vement dans le nouveau royaume de Bourgogne, autre-ment le royaume à’Arles. Après l’extinction de cette Mo-narchie éphémère, îes provinces dont elle avoit été com-posée furent réunies PEmpire Germanique , sousConrad II, dit le Salique , héritier du dernier Roi deBourgogne , Rodolphe III. Mais l’autorité des Empe-reurs , précaire en Allemagne, étoit devenue à peu prèsnulle dans les Provinces de la frontière. Les grands vas-saux s’étoíent rendus indépendans ; la nécessité avoit ap-pris aux villes à se défendre en s’unissant, & à se gouver-ner elles-mêmes ; & les chefs de l’Empire , trop foiblespour maintenir leur propre autorité, protégeoient lesconfédérations des Communes , & augmentoient leurs li-bertés, pour opposer un contre-poids à la puissance abu-sive des Barons.

Au milieu de cette confusion, que des révolutions fré-quentes , une fermentation universelle, & une ignoranceprofonde , prolongèrent pendant plusieurs siécles , leClergé, réuni sous un chef, étoit adroitement parvenu àjoindre une grande portion de Jurifdiction temporelle à laJurifdiction spirituelle, dé j a trop impérieuse. Ainsi les Evê-ques de Genève J de même que ceux de Lausanne & de Sion,avoient obtenu des Empereurs les titres de Princes& de Souverains fur la ville , & fur un territoire considé-rable dans ses environs. On ne prolongera pas plus loince tableau de révolutions, on dira seulement avec un Ob-servateur (7) François , que jusqu à l’époque où l’Evêquede Genève, Pierre de la Baume , sortit de cette ville le14 Juillet iyzz ,par une voûte souterraine , au milieu deîa fermentation que la nouvelle Reforme de Religion yavoit excitée, & dont il craignoit les fuites violentes, quejusqu’à cette époque de 1553 , l'histoire des Genevoisn est qu’un tissu de guerres intestines, de complots, de

(6) Annalium de Gestis Caroli tnagni lib. I, p. i;8 ; apud Duchesne,tom. II, inter Seriprores Hist. Francor. Lutet. Paris. i6z6 , m-fol.

(7) Lettres fur la Suisse , tom. I, pag. X09. Geneve, 178 ?, in- 8°. avecfig.

(8) L'esprit de commerce, qui fait naître les richesses dans une petite République,<t de grands inconvíniens , quand il devient entierement dominant. L'homn.e accou-tumé â déplacer fa fortune, finit par regarder l Europe entiere comme fa patrie.Cette réflexion de M. de Sinner , de Berne s Vojage dans la Suisse occiden-

séditions, d’assassinats, de supplices injustes, & de fac-tions , tantôt pour les Comtes de Genevois & de Savoie,tantôt pour les Evêques. En 1 y 3 y, le 27 Août, le Grand-Confeil adopta les formes du nouveau Concile proposépar le véhément Farel.

La ville de Geneve est située à Pextrémité du lac demême nom, à l’endroit où le Rhône sort de ce lac, pouraller porter ses eaux en France. Elle occupe les deuxbords de ce fleuve, qui la partage ainsi en deux partiesinégales. La plus grande, qui est proprement la ville deGenève , occupe le côté gauche de la riviere; & c’est p a ?cette raison qu’elle faisoit anciennement partie de la pro-vince des Allobroges. Elle est bâtie en partie dans la plaine& comprend le quartier qu’on appelle le quartier les Ruesbaffes, & en partie fur une colline. La pente en est âssesdouce en quelques endroits > mais rude aussi en d’autres.L’autre partie de la ville qu’on appelle Saint-Gervais , acause de la paroisse de ce nom, est bâtie sur la rive droitedu Rhône. Entre ces deux parties de la ville, le Rhôneíe partage en deux bras, & forme une iíle de 700 piedsde long, & de 200 de large, qui est toute habitée. Lesdeux parties de la ville sont jointes à l’ifle, & par-là 1 uneà l’autre, par deux grands ponts de bois. Cette ville estgrande & très-peuplée. II y a de très-belles maisons, &plus belles peut-être qu’elles ne devroient être dans, unepetite (8) République, où il doit y avoir plus d’égalsi^entre les concitoyens. Les plus belles de ces maisons sem-blent être autant de monumens élevés à l’honneur de 1 m-dustrie & du commerce.

Entre les bâtimens publies, on peut remarquer le Tem-ple de Saint-Pierre , qui a été réparé il y a une vingt al ° ed’années. La façade , décorée de quatre grandes colonnesd’ordre Corinthien en marbre, a quelque rapport aveCcelle du Panthéon de Rome. Dans l’intérieur est lesolée de Henri, Duc de Rohan , l’un des plus g ran shommes ôc des plus beaux génies de son siécle ; B m °^rut le 13 Avril 1638 , dans l’Abbaye sécularisée ®Koenigsfelden , Canton de Berne, des blessures qu il aV ° lCreçues le 28 Février, à la bataille de Rhinfeldeti. S° stcorps fut porté à Genève, où Marguerite de BethuM)fille du grand Sully , lui fit élever le magnifique monument qu’on y voit. Le Lecteur lira fans doute avec p lales vers suivans, que M. de J^oltaire envoya en * 7 ?à M. le Baron de Zur-Lauben, pour être mis au bas ^portrait de Henri, Duc de Rohan, qui est à la teteses Mémoires (p) 6 C Lettres fur la guerre de la V a

Avec tous les talens le Ciel l’âvoit fait naître ;

II agit en He'ros, en Sage il écrivit.

11 fut même un grand Homme en combattant son maître » cEt plus grand lorsqu’il le servit.

Le célébré Théodore Agrippa d ’Auèìgné a

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loues autrer

le, tom. I,pag. 19 ), peut auffi s’appliquer à Genève 8e a q ue i e $

tats de la Suisse, où l’esprit de commerce a subjugué presqueasses de la société civile. < genëveu 2

(9) Publiés pour la première fois, 8c accompagnés de n0 ^ S ^ an f on t e *'iris, 1758, hr-ir, en ; vol. îous les ouvrages de Henri de 0 ^ Qinèt^-liens 8c très-propres à former de bons militaires : ìl écrit en gr Jes

: en habile Politique. Ses Lettres sont tiès-instructives fur a ^gjjc

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