.V«> CINQUIÈME PARTIE.
— Comment, du charbon? m'objecterez-vous; cette limpidité sans pareille, cet éclatsi vif, si brillant, viendraient d’un morceau de charbon? cela me parait impossible.
— Vous avez bien raison de vous étonner, mais vos objections ne changent rien àla nature du Diamant, et il reste charbon : des expériences réitérées des chimistes l’ontprouvé irrévocablement; malgré les assertions très-positives des anciens, (pii prétendaientqu’il triomphait du feu, et qu’il ne s’y échauffait meme pas, ils l’ont bridé, et le résidude ce combustible a été toujours celui qu’offre un simple charbon, à savoir : une matièrevolatile qui est de l’acide carbonique.
— Alors ses qualités sont donc imaginaires, factices, et on a tort d’y attacher tantde prix ?
— Nullement. Les qualités du Diamant sont bien réelles, et il reste toujours, malgréson origine, la pierre précieuse la plus dure, la plus pesante et la plus diaphane; étantpolie, c’est la plus brillante de toutes les pierres : ajoutez que la nature en est très-avare,et que, jusqu’à présent, on n’est pas parvenu à la fabriquer, et vous vous expliquerez lahaute valeur qu’on y attache.
Voulez-vous maintenant savoir comment on trouve les Diamants dans la nature, etcomment on les exploite ? le voici :
Dans les Indes et au Brésil , d’où proviennent la plupart des Diamants, on les trouved'ordinaire dans des matières de transport, dans ces terres sablonneuses et argileuses,entremêlées de beaucoup de substances étrangères, et remaniées par les eaux, qu’onnomme terrains d'alluvion. Quand on est convenu de l’endroit que l’on veut fouiller, onen aplanit un autre aux environs, on l’entoure de murs de deux pieds de haut, et d’es-pace en espace on laisse des ouvertures pour faire écouler les eaux ; ensuite on fouille lepremier endroit.
11 y a souvent jusqu’à soixante mille ouvriers, hommes, femmes et enfants, employésà cet ouvrage. Les hommes ouvrent la terre, les enfants et les femmes la transportentdans l'endroit entouré de murs. On continue la fouille, jusqu'à ce que l’on trouve l’eau :on s’en sert pour laver la terre qui a été transportée, et après qu’elle a été lavée deux outrois fois, on la laisse sécher; ensuite on la vanne dans des paniers faits exprès; cetteopération finie, on bat la terre grossière qui reste, pour la vanner de nouveau deux outrois fois; alors les ouvriers cherchent les Diamants à la main.
Les pauvres nègres employés à celte exploitation s'en acquittent avec autant d’indiffé-rence que s’il s'agissait du produit le plus vulgaire. Et ils ont raison, les malheureux !car ce qui doit servir plus tard à l’étalage du luxe le plus effréné leur procure à peine dequoi vivre misérablement. Ce n’est (pie dans un seul cas qu'il leur arrive de bénir cetravail : la liberté est acquise à celui à qui le hasard fait trouver un Diamant d’une gros-seur plus considérable : 17 carats, à peu grès 5 grammes, en sont le taux fixé.
Il y a aussi des rivières qui contiennent des Diamants. Quand les grandes pluies sonttombées et que les eaux de la rivière sont éclaircies, ce qui arrive ordinairement vers lafin de janvier et le commencement de février, les ouvriers ou habitants voisins remon-tent la rivière jusqu'aux montagnes d’où elle sort; on détourne le cours de l’eau, on lirele sablejusqu a deux pieds de profondeur, on le porte sur le liord, dans un lieu entouréde murs, et on procède enfin au lavage des sables et à la recherche des Diamants, quel’on reconnaît au soleil, à leur éclat.