LES OISE A L\.
coue la tète, s'incline au bord du roc, agite ses ailes et prend l'essor. Son pie*mier élan n’a d’abord rien de vigoureux; il décrit une courbe descendante,comme si les lois de la gravitation triomphaient de ses efforts ; mais bientôt ilse relève ; ses ailes arrondies, ses rémiges écartées le soutiennent dans les airs,presque sans opérer de battements : des oscillations à peine sensibles lui suffi-sent pour se transporter dans toutes les directions : tantôt son vol est horizon-tal, et on le voit dessiner avec grâce les mille sinuosités des falaises et des pro-montoires ; tantôt il rase le sol, et la mince couche d’air (pii le supporte suffità sa navigation, aussi bien que s’il s’appuyait sur une masse profonde de cetélément. Tantôt, enfin, il se perd dans la nue, d’où il domine les deux Océans;là, dès que sa vue perçante a découvert une proie, il tombe sur elle comme unetlèche, en produisant avec ses ailes, ordinairement peu bruyantes, un fracasépouvantable.
Vous aurez peine à croire qu’un Oiseau si puissamment organisé soit aussilâche que les autres espèces de la tribu des Vautours, et vous aimerez mieuxadmettre l’authenticité des récits qui le représentent comme étant la terreurdes montagnes du Pérou ; vous ressemblerez sur ce point aux voyageurs, dontl’imagination s’est laissé emporter bien au delà de la réalité. Non contentd’exagérer l’envergure des ailes du Condor, ils ont dit qu’il attaquait les Mou-tons et les Lamas, et qu’il les enlevait dans ses serres ; ils ont même pré-tendu qu’il se jetait sur l’homme, et que plusieurs Condors se réunissaient pourtuer un Bœuf. M. de Ilumboldt, et surtout M. d’Orbigny, qui publie en ce mo-ment la relation de son voyage dans l’Amérique méridionale, ont réduit à leurjuste valeur ces hyperboles effrayantes : le Condor ne se repaît que de cadavresou d’animaux mourants, et un berger de huit ans, armé d'un bâton, le met enfuite. S’il voit une Brebis ou une Vache s’écarter du troupeau pour mettre bas,un affreux instinct l’avertit qu'une proie sans défense va bientôt lui être livrée ;et il va se perchersur un rocher voisin, d’où il surveille avec attention la pauvremère, que pressent déjà les douleurs de l’enfantement. Lorsqu’il juge que l’in-stant fatal approche, il prend son vol et tournoie au-dessus du lieu où se pré-pare son horrible festin; puis, dès que la victime parait au joui', il tombe surelle et lui déchire les entrailles, malgré les cris de détresse que pousse la mère,à laquelle, du reste, il ne cherche à faire aucun mal.
Le Condor ne construit pas de nid : il dépose ses deux œufs dans un creuxde rocher ou dans l’excavation d’une falaise. Ses petits sont, au bout de six se-maines, en état de voler. Les parents consacrent quelques mois à l’éducationde leur famille, puis les jeunes quittent leurs parents, et pourvoient seuls à leursbesoins.
C’est aussi au genre Sarcoramplie qu’appartient ce Vautour, grand commeune Oie, dont vous remarquez la crête dentelée comme celle d'un Coq, et ornée,ainsi que les appendices charnus du cou, des couleurs les plus vives : cet OiseauestlTuuui (Vuliur pnpn de Linné). 11 habile l’Amérique méridionale, mais ilse lient dans les plaines, sur les collines boisées et voisines des marécages : il senourrit de cadavres, et recueille les restes de la proie que le Jaguar a délaissée.Il épie, comme le Condor, le moment où les Mammifères herbivores vont mettrebas, et il se jette sur le nouveau-né. On a vu une pauvre Vache tenir entre ses