±lî
LES REPTILES.
et n’y tient que par des ligaments et des muscles : en outre, les branches de lamâchoire supérieure n’étant fixées à l’os qui les sépare que par des ligamentslâches, peuvent s’écarter plus ou moins ; il résulte de cette curieuse disposition,que les mâchoires peuvent s’ouvrir jusqu’à devenir perpendiculaires au colde l’animal, et que la gueule, ainsi dilatée, peut avaler des corps plusgros que le Serpent.— Ces animaux se divisent en Serpents venimeux et nonvenimeux.
Serpents non v eni meu x. — Les Serpents non venimeux ont les branchesde la mâchoire supérieure, de la mâchoire inférieure et du palais armées dedents fixes et non percées. Ils forment deux genres principaux : celui des Boaset celui des Couleuvres. Les Boas sont ceux dont le dessous du corps et de laqueue est garni de bandes transversales écailleuses d'une seule pièce, et lesCouleuvres sont les Serpents non venimeux dont le dessous de la queue estcouvert de plaques divisées en deux, c’est-à-dire rangées par paires.—Les Boasont le corps comprimé, la queue prenante, et à l’origine de cette queue onvoit deux ergots ou crochets. — Le Boa empereur ( Boa constriclor, deLinné' a la tête couverte jusqu’au bout du museau de petites écailles semblablesà celles du corps : il est facile de le reconnaître par la chaîne large qui règnele long de son dos, et forme un élégant dessin de grandes taches noirâtres, à sixcôtés irréguliers, alternant avec des taches pâles, ovales, échancrées aux deux• bouts. Cet animal habite les contrées chaudes et humides de l’Amérique méri-dionale; il atteint jusqu’à quarante pieds de longueur, et peut avaler un Cerf etmême un Bœuf entier. Vous figurez-vous un de ces énormes Reptiles s’avançantparmi les hautes herbes, comme une poutre mobile et tortueuse, et laissantsur le gazon écrasé une large trace de son passage? Ce n’est cependant pas alorsqu’il est le plus redoutable, car il ne peut cacher son approche; il faut le crain-dre quand il se tapit sous les roseaux, au bord d’un marécage, où viennent sedésaltérer les animaux dont il fait sa proie. Là, il se tient patiemment en em-buscade, adhérant par sa queue à un arbre aquatique, et laissant flotter sur leseaux dormantes son corps immobile, semblable à un tronc ébranché. Malheur auQuadrupède qui vient boire à portée de ce formidable ennemi ! il est bientôtsaisi, enlacé par le corps du Boa et étouffé dans ses vigoureux replis. Le Boa de-vient quelquefois pêcheur, quand la faim le presse, et s’élance sur les Poissons qui s’élèvent à la surface des marais; il enfonce même sa tète dans l’eau, et l'ylient longtemps plongée pour y saisir sa proie. Souvent aussi le Boa se posteau sein des forêts, sur un arbre élevé, dans un lieu fréquenté par les animauxherbivores ou carnassiers; toute proie lui convient, il préfère cependant lesvictimes qui ne peuvent se défendre ; mais au besoin il attaque sans hésiter l'a-nimal le plus féroce. Transportez-vous un instant par la pensée dans une forêtvierge du Brésil ; voyez le Jaguar, ou Tigre d’Amérique , qui sort de sa caverneun peu avant le coucher du soleil, et se dispose à commencer son explorationnocturne. Il passe sans défiance sous un Cecropia aux rameaux touffus, enlacésde lianes parfumées : le Boa constriclor mêle ses écailles jaunes et noires à leursspirales verdoyantes : tout à coup son corps, fixé par la queue à la premièrebranche de l'arbre, déroule avec agilité ses innombrables anneaux, et s’élancesur le Jaguar comme une flèche rapide. Alors commence un affreux combat : la