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contraindre par la puissance du regard à venir se précipiter dans leur gueule,ou même l’engourdir parleur haleine? Levaillant accorde cette merveilleusel’acuité à plusieurs Serpents venimeux de la zone torride. Un grand nombre denaturalistes ont affirmé.comme lui qu’un Oiseau dont les yeux ont rencontré leregard fixe du Serpent, se tenant immobile au pied d’un arbre, est agité demouvements convulsifs qui le font descendre de branche en branche, et tomberjusqu’à terre près de l’ennemi qui le convoitait ; mais dans l’opinion de Cuvier,la prétendue fascination causée par le Crotale n’est (pie le résultat de l'eflroiqu’inspire son aspect aux animaux dont il fait sa proie, et si un animal, surprispar un Crotale, ne peut réussir à lui échapper, c’est, qu’il reste comme pétrifiéde terreur, ou qu’il se livre à des mouvements désordonnés, qui, au lieu de lesauver, le font tomber plus vite au pouvoir du Ileptile. Audubon refuse auCrotale toute puissance fascinatrice ; mais, en dépouillant son histoire de ces tra-ditions fabuleuses, il les remplace par des réalités non moins surprenantes,dont il a été témoin. Il est bien vrai que le Crotale épie les Oiseaux sur les ar-bres, et notamment le Merle polyglotte, dont nous avons parlé ; mais ce n’est paspour leur faire la chasse, c’est pour profiter de leur absence, qui lui permettrade sucer leurs œufs ou de dévorer leurs petits. Toutefois il lui est difficilede monter jusqu’au nid sans être aperçu : la mère veille, et le père n’est pasloin : elle agite ses ailes, et pousse des cris aigus, afin d’imposer au Reptile, dontla gueule béante s’avance vers son nid, tandis que le mâle s’élance sur lui, leharcèle sans relâche, et cherche à lui arracher les yeux en les pinçant de sesmandibules, bientôt les Moqueurs du voisinage arrivent en foule au secours deleurs frères, et tous se réunissent contre l’ennemi commun; leurs innombrablescoups de bec mettent en fuite le ravisseur, et le tuent même quelquefois avantqu’il ait pu faire retraite.
Le Crotale se nourrit surtout de petits Mammifères; il se tient contourné enspirale près de l’abreuvoir où ils ont coutume de venir se désaltérer, et attendpatiemment sa proie : dès qu’elle est à sa portée, il s’élance sur elle avec la ra-pidité d’un trait. Audubon a été témoin de la capture d’un Écureuil gris parunCrotale , et ce fait ne permet guère de croire au pouvoir fascinateur des Ser-pents à sonnettes. Il vit l’Ecureuil sortir précipitamment d’un épais buisson,et ne tarda pas à s’apercevoir qu’il fuyait devant un Crotale : loin d’être fascinépar le Serpent, ou de se laisser paralyser par la terreur, l’Écureuil courait les-tement, et prenait de l’avance sur son ennemi, qui le poursuivait moins vite,mais avec persévérance. Bientôt l'Écureuil grimpa sur un arbre, le Reptile l’ysuivit; l’Écureuil sautait de branche en branche, le Reptile accrochait sa queueau rameau qu’il voulait quitter, et en balançant son corps avec vigueur, atteignaitcelui qui portait l’Écureuil; l’agile quadrupède, voyant son infatigable ennemigagner du terrain sur lui, sauta enfin sur le sol en étendant la queue et les pattespour diminuer la pesanteur de sa chute, mais le Serpent y arriva bientôt endescendant le long du tronc, et atteignit la victime avant qu’elle eût eu le tempsde gagner un autre arbre. Il la saisit par la nuque, et l’enveloppa complètementde ses replis, du milieu desquels l’Écureuil, quoique invisible, fit entendrelongtemps des cris lamentables; puis le Crotale se déroula, examina le cadavreet l’avala en commençant par la queue.