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LES POISSONS.
écailles sont très-grandes ; leur langue est lisse, leur palais est garni d'unesubstance épaisse, molle, singulièrement irritable, connue sous le nom vulgairede Langue de Carpe ; mais le gosier est armé intérieurement de grosses dents(|ui peuvent presser les aliments entre elles et la base du crâne, ce qui constitueun puissant instrument de mastication.
La Carpe vulgaire ( Cyprinus carpio, de Linné) est une espèce très-con-nue, dont la nageoire dorsale est longue, et offre, ainsi que l'anale, une épineplus ou moins forte pour deuxième rayon : elle a des barbillons aux angles dela mâchoire supérieure ; sa couleur est d’un vert olivâtre, jaunâtre en dessous ;les dents du gosier ont la couronne plate et striée. Ce Poisson est originairedes parties tempérées et méridionales de l'Europe , et l'industrie humaine estparvenue à le naturaliser dans le Nord ; il vil dans les eaux tranquilles, et onl’élève sans peine dans les viviers, où il atteint jusqu’à quatre pieds de long;pendant l’hiver il se lient dans la vase et y supporte sans peine un jeunede plusieurs mois; mais dans la belle saison, sa gloutonnerie est extrême.Les Carpes pondent dès l’âge de trois ans, et leur fécondité devient prodi-gieuse avec l’âge. On a trouvé dans le corps d’une Carpe pesant dix livres, plusde sept cent mille œufs, eL vous comprendrez sans peine que la majeure partiede ces œufs doit être, avant d’éclore, la pâture des autres Poissons . La crois-sance de ces animaux est rapide, et cependant leur longévité est considérable :llnffon a vu dans les fossés de Ponlcharlrain une Carpe qui avait cent cin-quante ans.
On élève aussi dans les étangs une variété de Carpes dont les écailles sontgrandes et la peau nue par places, ce qui leur a valu le nom de Carpe à cuir,Heine des Carpes, etc. On emploie pour la pèche de la Carpe des moyens très-variés, qui tous ne réussissent pas, car ce Poisson est très-délianl et sait éviteravec adresse les pièges qu’on lui tend : tantôt elle s’élance en l’air, et saute par-dessus le lilel (de là l’expression de saut de Carpe); tantôt, à son approche,elle plonge la tète dans la fange, et laisse glisser le filet sur sa queue, qui se pliea sa volonté : elle reste tranquille jusqu’à ce que le danger soit passé. On la pècheaussi soit au lilet, soit à la ligne, soit au moyen d'une chaloupe submergée et pleinede branchages, que l’on laisse trois mois sans y toucher, pour donner le tempsaux Carpes de s’y établir, et que l'on ramène ensuite sur le rivage. On emploiemême des pétards que l’on fait éclater dans l’eau, afin de troubler celle-ci etd’épouvanter les Carpes qui, au lieu de s’enfoncer sous la vase, remontent à lasurface de l’eau et donnent dans les filets tendus pour les recevoir. On en pêchequelquefois dont la taille dépasse quatre pieds; mais de toutes les captures dece genre, la plus célèbre est celle qui fut faite en 1711, près de Francl'ort-sur-l'Oder : c’était une Carpe de neuf pieds de long, et dont le poids étaitde soixante-dix livres. — Il y a une petite espèce de Carpe, importée chez nous, et qui faitl’ornement de nos bassins : c’est le Poisson doré ou Dorade de la Chine(Cyprinus auratus, de Linné); elle a les épines dorsale et anale denteléescomme la Carpe commune, mais elle manque de barbillons. Ce Poisson, d’abordnoirâtre, prend par degrés le beau rouge doré qui le caractérise ; mais il y ena d’argentés, il y en a même qui présentent les trois nuances d'or, d argent etde rouge. Il y a aussi des variétés sans nageoire dorsale, d’autres à dorsale très-