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petite pièce; puis, il coupera proprement les lelus de paille ou les (ilaïuentsde \ilantes aquatiques, il en façonnera de petites solives du volume d'uneépingle, qu’il attachera longitudinalement le long de son fourreau ; il en placerad’autres en travers, autour de son ouverture antérieure, pour former, en quel-que sorte, le collet de son habit, ce qui donnera à l’orifice une figure carrée,ou hexagonale, ou, plus ordinairement, pentagonale; il encadrera de mêmel’ouverture postérieure, qui est plus étroite que la première ; puis, il essayerason ouvrage, car il lui importe que son fourreau, qui est à la fois son habit, samaison, son bateau, soit également lesté partout, et que certaines parties nesoient pas de beaucoup plus légères ou de beaucoup plus pesantes que les autres,sans quoi le tuyau tendrait à prendre dans l’eau d’autres positions que cellesqui conviennent à l'Insecte. Si l’équilibre n’est pas complet, votre Frigane vacoller de petits fragments de bois, ou de plante, ou de sable, sur les endroitsqu’elle sent trop pesants. C’est pour cela que vous voyez tant de petites piècesrapportées sur certains fourreaux; c’est pour cela qu’il y a quelquefois sur cefourreau des morceaux de bois d’une grosseur énorme, par rapport aux autresparties; c’est pour cela que certains fourreaux, qui sont recouverts de gravierou de petits fragments de coquilles, ont de chaque côté une longue attelle de bois.
Rien de plus grossier, de plus baroque que l’extérieur de ce fourreau; riende plus riche et de plus élégant que son intérieur. La Frigane, peu soucieuse duchoix et de la qualité de l’étoffe dont elle s’est fait un habit, va montrer plusde délicatesse et de sensualité dans la confection de la doublure. Elle filera untuyau de soie solide et moelleux qui, jusque-là, n’avait été qu'ébauché; et,après quelques heures de travaux, son équipement étant complet, elle sera enétat de naviguer sous l’eau pour y chercher sa nourriture, qui consiste enplantes aquatiques, et peut-être en larves de Libellules et de Tipules.
I'ensez-vous que les sept merveilles du monde soient plus curieuses quecelles dont vous venez d’être témoin à peu de frais et sans voyager? Maisce n’est pas tout encore : la larve de la Frigane vous a déjà montré toute l'habi-leté du mécanicien; vous allez voir, dans les préparatifs de sa métamorphose,la savante prévoyance du chimiste.
La Frigane pressent qu’elle ne pourra se défendre, à l’état de nymphe,contre les Insectes carnassiers dont sont peuplées les eaux qu’elle-même habite.Il lui est donc indispensable de fermer les deux ouvertures qui donneraient unelibre entrée à l’ennemi. Rien de plus facile pour elle que de façonner deuxportes qui boucheront hermétiquement sa demeure; mais, sous la forme denymphe, elle aura besoin de respirer comme auparavant. L’eau qui sera ren-fermée avec elle dans le tuyau cesserait bientôt d’être une eau convenable, sielle n’avait aucune communication avec celle du dehors; ce serait de l’eau quiaurait été respirée trop de fois, et ne contiendrait plus que de l’acide carbo-nique, au lieu d’oxygène. Pour concilier ses moyens de défense avec les condi-tions chimiques de l’acte respiratoire, qui ne doit pas être interrompu, la Fri-gane, au lieu de mettre une plaque pleine à chaque bout de son fourreau, y eumet une qui est percée comme une écumoire. C’est un réseau composé de grosfils de soie qui se croisent; c’est une porte grillée, qui permettra la libre cir-culation de l’eau extérieure, et mettra la nymphe en sûreté contre ses ennemis