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Deuxieme partie.
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gués méditations, il lui vint à l'esprit de contrarier, à certains égards, les habi-tudes de ces Insectes ; il espéra (pie, forcés de suivre les inspirations de l’in-stinct au milieu de circonstances nouvelles, ils lui laisseraient apercevoir quel-ques traces de l’art que le Créateur leur a enseigné. Mais le choix des moyensétait délicat : il fallait éloigner toutes les Ouvrières inutiles momentané-ment à la construction des gâteaux, sans rebuter celles dont il comptait tirerquelques lumières ; il fallait surtout éviter, tout en les contrariant, de les fairesortir de l'état de nature.

Comme les Abeilles posent toujours les fondements de leurs gâteaux dans leliant des ruches, à l’endroit même où est suspendue la grappe formée par laréunion de tout l’essaim, Iluber pensa que le seul moyen d’isoler les travail-leuses était de les amener à changer la direction de leur maçonnerie et deles obliger à construire les gâteaux de bas en haut, c’est-à-dire à faire l'inversede ce qu'elles font tous les jours : manœuvre extraordinaire, mais qui n’étaitpas opposée à leur instinct, car il est des cas rares où elles l’exécutent. — 11 litdonc construire uneboîte carrée, liante de neuf pouces, dont le plafond vitré pou-vait s’enlever à volonté; il choisit dans une de ses ruches des gâteaux dont lesalvéoles étaient remplis d’œuls, de miel et de pollen, afin qu’ils renfermassenttout ce qui pouvait intéresser les Abeilles : il les coupa en bandes d’un pied delong sur quatre pouces de hauteur, les ajusta verticalement au fond de la caisse,et eut soin de laisser entre chacun de ces rayons parallèles autant d'intervallequ’il y en a d’ordinaire entre ceux que ces Insectes arrangent eux-mêmes. 11recouvrit ensuite le bord supérieur de chacun des rayons d’une petite tringleen bois qui ne le débordait pas et laissait une libre communication entre toutesles parties de la ruche ; il restait entre ces baguettes et le plafond un espace decinq pouces : Iluber, qui savait que les Mouches ne pourraient poser des fon-dements sur la surface glissante de la glace horizontale servant de toit à laruche, espérait qu’elles les élèveraient au-dessus des tringles, c’est-à-dire enmontant; son espoir ne fut pas trompé.

Il peupla la ruche ainsi construite; l'essaim s’y établit de lui-même; lesAbeilles à petit ventre (nourrices) déployèrent aussitôt leur activité naturelle :elles se répandirent dans toutes les parties de la ruche pour nourrir les jeuneslarves, nettoyer leur logement et l’approprier à leurs convenances; les gâteauxqu'on leur avait donnés, ayant été endommagés vers leurs bords, pour être as-sujettis au fond de la caisse, elles s’occupèrent aussitôt à les réparer : on lesvit hacher la vieille cire, la pétrir, et en former des liens pour consolider leursrayons. Mais ce qu’il y eut de plus surprenant, ce fut de voir que la moitié decette nombreuse population ne prenait aucune part aux travaux et restait im-mobile; c’étaient les Cirières, qui, s’étant gorgées du miel qu’on avait mis àleur portée, se livraient à un repos absolu pour sécréter leur cire. Au bout devingt-quatre heures, cette précieuse matière était formée de toutes pièces sousleurs anneaux, et Iluber vit s’élever, sur une des baguettes qu'il avait disposéesau-dessus des gâteaux, ce petit bloc, ou plutôt ce mur à crête arrondie, dont ilavait si difficilement observé la formation, à la voûte de sacloche de verre ; maisdans la nouvelle ruche, comme la grappe d’Abeilles était suspendue au-dessousdes baguettes, elle ne gêna plus l’observateur par sa masse et son opacité.