.iOG INSECTES HYMÉNOPTÈRES.
Quand la Guêpe est repue et chargée de butin, elle retourne à son nid, quel'on nomme guêpier. Ce guêpier est une ville souterraine, dont vous pourrezapprocher sans crainte, mais qu’il serait dangereux de mettre au jour : vousconnaissez l'expression proverbiale, il est tombé dans un guêpier. Réaumur apourtant entrepris de transporter un de ces guêpiers sous une cloche de verre,et il y a réussi. Ses domestiques se couvraient soigneusement la tête d’un ca-mail dont le devant était garni de gaze ou de toile à tamis; mais, malgré toutesces précautions, il est bien difficile d’éviter toute piqûre, car, sur tant de mil-liers de Guêpes qui vous attaquent, et cherchent le défaut de la cuirasse, il y ena toujours quelques-unes (pii trouvent un endroit mal recouvert; au reste, siun guêpier habité est inabordable, vous trouverez facilement des guêpiers aban-donnés; ceux-là sont plus faciles à étudier.
La première porte qui conduit au guêpier est un trou d’un pouce de diamètre,au niveau du sol ; les bords de ce trou sont labourés comme ceux des clapiersd’une garenne peuplée, mais la terre des environs est couverte d’herbes à l’or-dinaire. La galerie, dont ce trou est l’orifice, conduit à la cité des Guêpes ; citéqui a sa symétrie, et dont les rues et les logements sont régulièrement distri-bués; les matériaux qui ont servi à la construire n’ont rien de commun avecla cire des Abeilles; c’est tout simplement du papier, mais un papier fabriquépar les Guêpes; la ville est en outre protégée par un rempart de la môme sub-stance, épais de plus d’un pouce et demi. Ce rempart, qui donne au guêpier safigure extérieure, est ordinairement une boule, tantôt allongée, tantôt aplatie,tantôt à peu près sphérique, dont le diamètre est de treize à quatorze pouces;sa surface convexe, ou extérieure, n’est pas polie; c’est un assemblage de plu-sieurs couches qui laissent des vides entre elles; il y en a ordinairement unequinzaine; ce sont des cintres, de petites voûtes superposées et juxtaposées,dont chacune est mince comme une feuille de papier fin ; cette enveloppe, conti-guë à la terre humide, est précisément ce qui protège le guêpier contre l'humi-dité ; si elle était toute massive, elle serait plus aisée à imbiber, et l’eau la per-cerait par le seul contact, au lieu que l’eau qui a pénétré une des voûtes nepeut mouiller celle de dessous sans dégoutter.
Il y a, sur l’enveloppe, deux trous ronds, dont l’un est la porte d’entrée,l’autre, la porte de sortie; chaque trou ne laisse passer qu’une Guêpe à la fois,et la circulation est facile, au moyen de l’ordre quelles observent. L’intérieurdu guêpier est occupé par plusieurs gâteaux plats, disposés horizontalement,parallèles les uns aux autres; chaque gâteau est un assemblage d’alvéoles hexa-gones très-réguliers, fabriqués en papier. Au lieu de deux rangs de cellulesadossés l’un à l’autre, et occupant les deux faces de chaque gâteau, commechez les Abeilles, les gâteaux de Guêpes n’ont qu’un seul rang de cellules ap-pliquées sur la face inférieure du gâteau, et dont l’ouverture est dirigée en bas.Ces cellules ne contiennent pas de miel; elles sont uniquement destinées àloger les jeunes Guêpes à l’état d’œuf, de larve et de nymphe. Chaque guêpierrenferme une douzaine de gâteaux qui, vu la forme sphérique de l’enveloppe,sont de grandeur inégale, selon leur position; ceux du milieu sont les plusgrands, et ceux d’en haut ou d’en bas, les plus petits. Les cellules sont aunombre d’environ douze à quinze mille, et comme chacune sert à élever trois