FAMILLE DES DIP LOPTÈRES. 307
Guêpes dans l’année, un guêpier produit, par saison, plus de quarante milleindividus.
Les différents gâteaux sont autant de planchers qui laissent entre eux deschemins libres aux Guêpes. Il y a toujours de l’un à l’autre environ un demi-pouce de distance; cela ne fait pas des étages fort élevés, mais leur hauteur estproportionnée à celle des habitants. Ces intervalles sont si spacieux, qu’on peutles comparer, non aux salles les plus vastes, mais aux rues les plus larges, parleur grandeur, et surtout par la population qui s’y presse; ils ressemblent auxplaces publiques de nos villes (nous n’avons pas imaginé, il est vrai, de super-poser nos places par étages, aussi les Guêpes ne se sont-elles pas proposé d'i-miter notre architecture) ; du reste, comme chez nous, les soutiens de leurs édi-fices sont en même temps des ornements. Les intervalles entre les gâteauxsont décorés par un grand nombre de colonnes; ces colonnes ne sont autrechose que les liens nécessaires pour soutenir les gâteaux ; ici les fondements del’édifice sont, à l’inverse des nôtres, placés vers la partie la plus élevée, carc’est toujours en descendant que les Guêpes bâtissent leurs maisons suspen-dues.
Si vous avez pu transporter un guêpier sous une cloche de verre, vous aurezbeaucoup de plaisir à voir les Guêpes réparer l’enveloppe voûtée qui protègeleurs habitations. Elles vont chercher à la campagne les matériaux nécessaires ;ces matériaux sont des fibres de bois sec, qu’elles vont ronger sur les vieillesbranches, sur les espaliers et même sur les châssis des fenêtres. La Guêpe re-vient, chargée d'une petite boule qu’elle lient entre ses deux mandibules, equ’elle porte à l’endroit où elle veut faire des réparations; au bout de la voûtequ’elle veut élargir, elle applique et presse la petite houle qui s’y attache aisé-ment; aussitôt, elle marche â reculons, et, à mesure qu’elle marche, elle laissedevant elle une portion de sa houle, sans la détacher du reste, qu’elle tiententre ses deux premières pattes; les deux mandibules étendent et aplatissentce quelle en veut laisser et coller contre le bord du cintre qu’elle travaille àélargir. Figurez-vous un morceau d’argile molle qu’un potier veut ajouter au-tour du bord d’un vase, et qu’il fait passer entre ses deux doigts pour l’allongeret l’aplatir; après cette première ébauche, la Guêpe revient au point de départ,pour amincir de nouveau la bande, en la faisant passer entre ses mandibules,tandis qu’elle marche rapidement en arriére; après cinq reprises, la bande estaussi menue que le plus fin papier.
Les guêpiers renferment des Mâles, des Femelles et des Ouvrières; ces der-nières, comme parmi les Abeilles et les autres Insectes sociaux, sont chargéesde la construction du nid et de l’alimentation des petits. Celles qui ne sontpoint occupées dans l’intérieur du guêpier vont à la chasse; les unes attaquentde vive force des Insectes, qu’elles portent quelquefois tout entiers au guê-pier, mais ordinairement elles n’y apportent que le ventre; d’autres pillent lesboutiques des bouchers, comme nous vous l’avons dit; d’autres ravagent lesfruits des jardins, les rongent, et en rapportent le suc. Arrivées dans la ruche,elles font part de ce que leurs courses leur ont produit aux Femelles, auxMâles, et même â d’autres Ouvrières. Plusieurs Guêpes s’assemblent autourde celle qui arrive, et chacune prend sa portion de ce que la pourvoyeuse a