FAMILLE DES DIPLOPTÈRES. 511
bas du guêpier; les Guêpes vont d’un gâteau à l'autre par une ouverture situéeau milieu de chaque gâteau. L’Insecte qui habite cette ruche suspendue estpetit, d’un noir soyeux; la tête et le corselet sont tachetés de jaune; l’ab-domen est conique, sans pédicule prolongé; le bord postérieur des cinq pre-miers anneaux est jaune.
En vous parlant des Abeilles, nous vous avons dit qu’elles récoltent leur mieldans les glandes nectarées des fleurs, et comme le sens du goût est très-obtuschez ces Insectes, il en résulte que la qualité du miel dépend de la nature desplantes sur lesquelles ils ont butiné. Le mont Hymette , en Attique, et le montHybla, en Sicile , fournissaient le miel le plus estimé chez les anciens; il devaitson arôme aux fleurs des Labiées et surtout de Thym qui abondent dans ces lo-calités ; il est d’autres pays où croissent des plantes qui distillent un miel véné-neux. Aristote, Pline et Dioscoride ont assuré qu’en un certain temps de l’an-née, le miel des contrées voisines du Caucase rendait insensés ceux qui enmangeaient, et Xénophon , général et historien des dix mille, raconte qu’auxenvirons de Trébisonde, plusieurs de ses soldats furent gravement incommodéspour avoir goûté à du miel qu’ils avaient trouvé dans la campagne. Ces récitsont été confirmés par plusieurs modernes, et notamment par Tournefort, qui areconnu que ce sont les fleurs de YAzalea ponlicn et du Rhododendrum ponlicumqui communiquent au miel de la Mingrélie des propriétés délétères. Ce n’estpas seulement dans l’Asie Mineure que l’on a trouvé du miel vénéneux : Su-ringe raconte l’histoire de deux pâtres suisses qui furent victimes d’un affreuxempoisonnement causé par du miel que le Bourdon commun avait sucé dans lesnectaires de l’Aconit-Napel et de l’Aconit Tue-Loup. Celui que les Abeilles de laPensylvanie, de la Caroline, de la Géorgie et des Florides recueillent sur lesKalmia et les Andromèdes, cause souvent des maux d’estomac, des vertiges etdu délire.
Mais les Abeilles et les Bourdons ne sont pas les seuls Hyménoptères qui fas-sent des provisions de miel : il y a certaines espèces de Guêpes qui en amassentdans leur nid des quantités considérables. M. Auguste de Saint-Ililaire en atrouvé une au Brésil , dont le miel est vénéneux par circonstance, comme celuide l’Abeille domestique. Voici ceque nous trouvons à ce sujetdansles Annales dessciences naturelles : « M. de Saint-Hilaire, après avoir suivi longtemps les bordsdu Rio de la Plata et ceux de l’Uraguay, était arrivé dans un vaste désert, unique-ment peuplé par des Jaguars et d’immenses troupeaux de Juments sauvages, deCerfs et d’Autruches ; obligé de rester quelques jours sur les bords du Rio deSanta-Anna , en attendant un guide, qui devait lui être envoyé de fort loin, ilprofitait de ce séjour pour aller faire de longues herborisations.
« Dans l’une de ces excursions, il vit un guêpier qui était suspendu, à un piedde terre, à l’une des branches d’un petit arbrisseau, et qui avait une forme à peuprès ovale, de la grosseur de la tête, une couleur grise et une consistance car-tonnée. Deux hommes qui l’accompagnaient, un soldat et un chasseur, détruisi-rent le guêpier, et en tirèrent le miel. M. de Saint-Hilaire mangea environ deuxcuillerées de ce miel; le soldat et le chasseur en goûtèrent également, et touss’accordèrent à le trouver d’une douceur agréable, et absolument exempt de cettesaveur pharmaceutique qu’a si souvent celui des Abeilles.