312 INSECTES HYMÉNOPTÈRES.
« Bientôt M. de Saint-IIilaire éprouva une douleur d’estomac plus incom-mode cpie vive; il se coucha dans sa charrette et s’endormit. A son réveil, il setrouva d’une telle faiblesse, qu’il lui fut impossible de faire plus de cinquantepas. Il retourna dans sa charrette, et sentit son visage baigné de larmes, aux-quelles succéda un rire convulsif qui se prolongea quelques instants.
« Sur ces entrefaites arriva son chasseur, qui lui dit d’un air égaré que de-puis une demi-heure il errait dans la campagne sans savoir où il allait. Cethomme s’assit dans la charrette à côté de son maître, et ce fut alors que com-mença pour celui-ci l’agonie la plus cruelle. Il ne ressentait point de grandesdouleurs, mais il était tombé dans le dernier affaiblissement, et il éprouvaittoutes les angoisses d’une mort prochaine. Un nuage épais obscurcit ses yeux,et il ne lui fut plus possible de distinguer que les traits de ses gens et l’azurdu ciel. 11 demanda de l’eau tiède, et s’étant aperçu que, toutes les fois qu’il enavalait, le nuage qui lui couvrait les yeux se dissipait pour quelques instants,il se mit à en boire presque sans interruption.
« Cependant le chasseur se leva tout à coup, déchira ses vêtements, lesjeta loin de lui ; prit un fusil, le fit partir, et se mit à courir dans la campagne,en criant que tout était en feu autour de lui.
« Le soldat, qui avait pris sa part du miel vénéneux, avait commencé parêtre fort malade; mais, comme il avait vomi très-promptement, il avait bientôtrepris ses forces. Il s’en fallait cependant qu’il fût entièrement rétabli. Aprèsavoir, pendant quelque temps, donné des soins à M. de Saint-IIilaire, il montatout à coup à cheval, se mit à galoper dans la campagne; mais bientôt iltomba, et, quelques heures après, on le trouva profondément endormi dansl’endroit même où il s’était laissé tomber. Cependant l’eau chaude, dont M. deSaint-IIilaire avait bu une quantité prodigieuse, finit par produire l’effet qu’ilen avait espéré, et il vomit, avec beaucoup de liquide, une partie des alimentset du miel qu'il avait pris le matin. Alors il commença à se sentir soulagé ; ilput distinguer sa charrette, les pâturages et les arbres voisins. Il indiqua à sesgens où ils trouveraient un vomitif; il le prit en trois doses, et, après avoirrendu la troisième, il se trouva dans son état naturel.
« A peu près dans le même moment, la raison revint tout à coup au chas-seur, et il prit de nouveaux vêtements. Le lendemain, M. de Saint-IIilaireétait encore faible; le soldat se plaignit d’être sourd d’une oreille ; le chasseurassura qu’il n’avait point encore recouvré ses forces, et que tout son corps luiparaissait enduit d’une matière gluante.
« M. de Saint-IIilaire, s’étant remis en route, dit à ses gens qu’il serait bienaise d’avoir quelques Guêpes de l’espèce qui produit le miel dont il avait failliêtre la victime. Bientôt, il aperçut un guêpier absolument semblable à celui dela veille, et ce guêpier fut reconnu par lui et par toutes les personnes de sasuite pour appartenir également à la Guêpe nommée dans le pays Léchêquam.Malgré ce qui était arrivé le jour précédent, quelques Indiens, qui accompa-gnaient M. de Saint-IIilaire, eurent l’imprudence de manger le miel de ce der-nier guêpier, mais ils furent assez heureux pour n’en pas être incommodés.Aussitôt que M. de Saint-IIilaire fut sorti du désert où il était alors, et qu’ilentra dans la première des Missions, il interrogea beaucoup de gens sur le miel