FAMILLE DES NOCTURNES.
Après quelques jours, le Papillon est sec; on le retire avec précaution, aprèsavoir enlevé les bandes de papier, et on le pique dans la boîte garnie de liège.Il est bon que le papier qui en tapisse l'intérieur ait été appliqué avec de lacolle délayée dans une décoction amère : c’est le seul moyen d’empêcher lesInsectes étrangers de percer le papier. Sans celle précaution, les Anihrhics,les Dermestes, les Vrilleiles, qui parviendraient à s’introduire dans la boîte,creuseraient le liège, s’y logeraient et en sortiraient à volonté pour détruireles Insectes que vous voulez conserver.
Afin d’éviter l’inconvénient d’ouvrir trop souvent les boîtes, il est bon de lesvitrer : on peut alors observer les Papillons sans qu’ils soient exposés à la pous-sière, et surtout à l’invasion des Teignes, dont les chenilles sont encore plusnuisibles que les larves des Coléoptères, en ce qu’elles roulent et lacèrent lesailes du Papillon pour s’en faire un fourreau.
Mais de tous les moyens, le plus sûr pour obtenir des Lépidoptères d’une fraî-cheur parfaite, c’est d’élever soi-même leur chenille ; il y a d’ailleurs des es-pèces nocturnes que l’on ne peut se procurer autrement. L’éducation des che-nilles est une branche très-importante de l’histoire naturelle. Nous vous euépargnerons la didactique détaillée; vous saurez seulement qu’il est indispen-sable de remarquer avec soin sur quelle plante vivait la Chenille que l’on veutnourrir, afin de lui en fournir de pareille, car ces animaux s’attachent ordi-nairement à la même espèce ; il faut ensuite les placer dans des boîtes percéesde trous sur le côté, pour laisser passer l’air, et recouvertes de verre en dessuspour donner du jour. Le fond doit être garni de terre, afin que les Chenillespuissent s’y enfoncer quand elles ont l’habitude de le faire pour se métamor-phoser. 11 faut que le couvercle puisse s’enlever toutes les fois qu’il s’agira derenouveler la plante qui sert de nou-rriture à la Chenille. On place aussi dansla boîte une petite bouteille à goulot étroit, pleine d’eau, dans laquelle on plongela base des rameaux destinés à nourrir les élèves. Une fois que la Chenille estarrivée à son plus grand développement, elle se change en chrysalide; dèslors son éducation est terminée, et ne demande aucun soin. Au terme fixé parla nature, l’Insecte parfait brise son enveloppe et se montre sous sa dernièreforme : ses ailes, d’abord molles, humides et plissées, prennent avant deuxheures toute leur extension; si, au bout de ce temps, l'Insecte n’est pas biendéveloppé, il y a avortement. Il ne faut pas trop se hâter de le piquer, lorsmême que son éclosion a réussi, car ses ailes se crisperaient et ne repren-draient jamais leur forme.
Les collections de Lépidoptères sont assez rares en France ; la plupart n’of-frent aux yeux que des réunions d’espèces anonymes, entassées confusémentdans des cadres vitrés. On ne sait pas assez qu’un Insecte sans nom est uncorps sans âme. Mais si l’individu que vous avez sous les yeux présente le signa-lement complet de son espèce, formulé par Linné , et vérifié par vous dans sonlivre, cette vérification vous met en rapport avec l’immortel naturaliste; il s’é-tablit entre vous deux, à la distance des siècles, une sorte de correspondancesympathique, dont le messager fidèle et sûr est le Papillon que vous avez trouvé,et que Linné décrivit il y a cent ans, comme s’il avait pensé à vous. Sontexte, que vous avez vérifié, l’Insecte à la main, et qui sans lui serait une lettre
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