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il y a de l’étendue, il doit y avoir un Corps , I& là où il n’y a point d’étendue, il n’y a point Iaulîi de Corps.
Lotsque je lûs ce beau raisonnement deDeJ'cartes , je fus curieux de l’approfondir.Je ramassai dans mon esprit toutes les pro-priétés d’un Corps, fie je les détachai les unesaprès les autres, aïant attention de ne point ,altérer l’idée que j’avois du Corps. Or il neme fut jamais poflìble d’écarter fa figurabi-lité. D’abord que je laiílois échapper la fi-gure , je ne voiois plus de Corps. De-là il meparut qu’on pouvoit conclure que la figura-bilité étoit aulîi l’estence du Corps. X”allaiplus loin. Je lupposai qu’on voulût donnerVidée de Corps à un aveugle de naissance.Dans cette supposition le tact étoit le seulsens auquel on pouvoit s’adrester. Commentlui faire comprendre ce que c’est qu'u n Corps ,si ce n’est par le tact 2 Vimpénétrabilité, (anslaquelle le tact n’auroit pas lieu , forme doncpour cet aveugle l’eíTence d’un Corps. Ce queje n’avançois qu’en tâtonnant, se rassura mieuxdans mon esprit, en lisant un trait bien sin-gulier dans le Journal dis Savans du moisde Novembre 1685, Sedans les Œuvres deM. Bernoulli ( Jacques. ) On vint autrefois àbout d’apprendre à écrire à une fille de Ge-nève aveugle. On lui avoir demandé fur unechose si extraordinaire si elle ne revoir point«n dormant, Sc s’il ne lui paroilfoit pas enrêved’images, ou de fantômes. Sa réponse étoittoujours , qu’r//e nesavoit ce que c étoit queces sortes d'images , mais que quelquefois endormant il lui Jimbloit qu elle manioit des ob-jets de même qu elle faisoit en veillant. ( ber-noulli Opéra, Tom. I. Extrait d’un Lettre con-cernant la maniéré d'apprendre les Mathéma-tiques aux aveugles. )
Preuve évidente que cette fille ne jugeoitd’un Corps que parle tact, fie ne pouvoitavoir l’idée de son essence que par son impé-nétrabilité. Revenant sur l’explication de Def-cartes , il me parut qu’on pouvoit concevoirl’écendue sans Corps. En effet, je supposaique de trois Corps joints ensemble Dieuanéantit celui du milieu, fie je me deman-dai qu’est ce qu’il relie î La place du Corpsfut tou;ours présente à mon esprit, fie je necrus pas qu’il fût poflìble de l’en écarter.Ainsi voilà un espace , c’est-à-dire, une lon-gueur , nne largeur, une profondeur , ôcpoint de Corps. Donc l’étendue n’est pasí’eííence du Corps. Ce fut ma conclusion.
Aïant lû depuis l’aveu que fait M. Muschenbroek , au nom des Physiciens, de l’i-gnorance profonde où l’on est de l’cílèncedes Corps , j’ai cherché à m’en former cepen-dant une idée. Toutes réflexions faites, il
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me semble qte U sensibilité constitue l’es-sence des Corps. Tout ce quii est j'enjìble , de
? quelque façon que ce soit, tout ce qui tombeous nos sens, est Corps. Si nous pouvonsavoir l’idée de quelque être, que nous nepuislìons pas nous représenter en aucune ma-niéré, cet ctre est esprit.
CORPUSCULES. Elémens des Corps suivantles anciens Philosophes. C’étôit par leur diffé-rente jonction , séparation , composition ,combinaison qu’ils expliquoienr tout ce quiest & tout ce qui (e p aise dans la nature.Plusieurs Physiciens confondent les Corpus-cules , avec les particules de la matière, lesatomes de Démocrite , fie la matière subtilemême de Descartes. La Philosophie Corpus-culaire est cependant bien plus ancienne quecelle qui suposeces petits corps ou cesélémensdes Corps. M. Botle prétend qu’elle a pré-cédé celle des Grecs. Il l’appelle la Philoso-phie Phénicienne , parce qu’il en attribue lapremiere idée, fur la foi de plusieurs Ecri-vains, à un certain Physicien, originaire de laPhénicie, qui expliquoit. les phénomènes dela nature par le mouvement fic les proprié-tés des petites particules de la matière. Com-me c’est ici un fait de Physique, qu’il est fansdoute bon de constater, >e vais rapporter lespropres paroles de Boile , qui est ici mon ga-rant : Scriptorumquorumdam autoritate fretus ,à quibus accepi Phyfìcum quenidam ePhœniciaoriundum Phcenomena naturalia per minuta-rum materioe particularum motum , aliasqueassecliones explicaresolitum. Boile , Prcesat. inExperim. Chimie.
A le bien prendre , les Corpuscules font desAtomes. Mais la Philosophie Corpusculairen’est pas cela. On trouvera à l’article d’A-tomh en quoi consiste celle-ci, bien diffé-rente de l’autre. La Corpusculaire supposeune émanation continuelle de ces Corps , detous ceux dont ils font partie, fic par cesémanations on explique les secrets les plusimpénétrables de la nature. Veut on savoir ,par exemple,pourquoi nous nous sentons por-tés pour certaines personnes, lorsque nouslesvotons, déprévenus pour d’antres-j c’est qu’ilfe fait une émission de Corpuscules du corpsde ces personnes, qui suivant qu’i's nousaffectent, telle personne nous pi ait, fic nousdéplaît. Elle nous plnit, si les Corpuscuhsfont fur nous une impression agréable. Ellenous déplaît , si le contraire an ive. De-làviennent les antipathies fic les sympathies.Les partisans des Cotpufcules soutiennent quesans eux nous serions forcés de recouriraux qualités occultes, qui humilient tant no-tre esprit. M. de Vallemont rapporte d aprèsGassendi 3 une histoire fort pladante. Un jour