32 Discours de la Conformité'
prévu le mal, qu’on ne l’a point empêché,quoi-qu’il paroisse qu’on ait pu le faire aisément, &qu’on a même fait des choses qui l’ont facilité, ’il ne s’enfuit point pour cela nécessairement qu’on 1en soit le complice; ce n’est qu’une présomption itrès forte, qui tient ordinairement lieu de véri-té dans les choses humaines, mais qui seroit dé-truite par une discussion exacte du fait, si nousen étions capables par rapport à Dieu ; car onappelle présomption chez les Jurisconsultes, ce quidoit passer pour vérité par provision, en cas quele contraire ne fe prouve point; & il dit plus queconjeUure , quoique le Dictionnaire de l’Acadé*mie n’en ait point épluché la différence. Or il ya lieu de juger indubitablement qu’on appren-droit par cette discussion, si l’on y pouvoit arri-ver, que des raisons très justes, & plus fortesque celles qui y paroissent contraires,ont obligéle plus sage de permettre le mal, & de faire mê-me des choses qui l’ont facilité. On en donneraquelques instances ci-dessous.
34. II n’est pas fort aisé , je l’avoue , qu’unPère, qu’un Tuteur, qu’un Ami puisse avoir detelles raisons dans le cas dont il s’agit. Cepen-dant la chose n’est pas absolument impossible, &un habile faiseur de Romans pourroit peut-êtretrouver un cas extraordinaire, qui justifieroit mê-me un homme, dans les circonstances que jeviens démarquer: mais à l’égard de Dieu, l’onn’a point besoin de s’imaginer ou de vérifier desraisons particulières, qui l’aientpu porter à per-mettre le mal ; les raisons générales suffisent.L’on sait qu’il a soin de tout l’Univers, dont tou-tes les parties font liées; & l’on en doit inférerqu’il a eu une infinité d’égards, dont le résultatlui a fait juger qu’il n’étoit pas à propos d’empê-cher certains maux. 35-