ET LA LlBERTE' DE L’HoMME. I. P. 91
17. Mais quand cela 11’arriveroit pas ici , leremede est tout prêt dans l’autre vie. La Reli-gion ,& même la Raison, nous rapprennent ; &nous ne devons point murmurer contre un petitdélai, que la Sagesse suprême a trouvé bon dedonner aux hommes pour se repentir. Cepen-dant c’est- là où les objections redoublent d’unautre côté, quand on considéré le salut & la dam-nation, parcequ’il paroit étrange que même dansle grand avenir de Péternité , le mal doive a-voir l’avantage fur le bien, fous l’autorité suprê-me de celui qui est le souverain bien : puisqu’ily aura beaucoup d’appellés, & peu d’élus ou desauvés. II est vrai qu’on voit par quelques versde Prudence, [Hymn. ante Somnum]
Idem tamen benignusUltor retundit iram,
Paucosque non-piorumPatitur perire in cevum ,
que plusieurs ont cru de son tems,que le nom-bre de ceux qui seront assez méchans pour êtredamnés seroit très -petit. Et il semble à quel-ques-uns qu’on croyoit alors un milieu entre l’En-fer & le Paradis ; que le même Prudence parlecomme s’il étoit content de ce milieu ; que S.Grégoire de Nysse incline ausli de ce côté-là, éçque S. Jerôme panche vers l’opinion qui veutque tous les Chrétiens seroient enfin reçus engrâce. Un mot de S. Paul, qu’il donne lui-mê-me pour mystérieux , portant que tout Israël se-ra sauvé , a fourni de la matière à bien des ré-flexions. Plusieurs personnes pieuses & mêmesavantes, mais hardies , ont ressuscité le senti-ment d’Origene,qui prétend que le bien gagne-ra