ïc 6 Essais sur la Bonté' ce Dieu,
rappelle. Et lorsqu’on dit que la créature dé-pend de Dieu entant qu’elle est, & entant qu’el-íe agit, & même que la conservation est unecréation continuelle; c’est que Dieu donne toû-jours à la créature , & produit continuellementce qu’il y a en elle de positif, de bon & de par-fait, tout don parfait venant du pere des lumiè-res ; au lieu que les imperfections & les défautsdes opérations viennent de la limitation origina-le, que la créature n’a pu manquer de recevoiravec le prémier commencement de son être, parles raisons idéales qui la bornent. Car Dieu nepouvoit pas lui donner tout, fans en faire unDieu ; il failoit donc qu’il y eût des différonsdegrés dans la perfection des choses, & qu’il yeût aussi des limitations de toute sorte.
32 . Cette considération servira aussi pour sa-tisfaire à quelques Philosophes modernes , quivont jusqu’à dire que Dieu est le seul acteur. 11est vrai que Dieu est le seul dont Faction est pu-re & sans mélange de ce qu’on appelle pâtir-,mais cela n’empêche pas que la créature n’aitpart aux actions aussi, puisque Y action de la créa-ture est une modification de sa substance qui encoule naturellement, & qui renferme une varia-tion non-seulement dans les perfections que Dieua communiquées à la créature, mais encore dansles limitations qu’elle y apporte d’elle-même,pour être çe qu’elie est. Ce qui fait voir aussiqu’il y a une distinction réelle entre la substance& ses modifications ou accidens, contre le sen-timent de quelques Modernes , & particulière-ment de feu M. le Duc de Buckingham , qui ena parlé dans un petit Discours fur ia Religionréimprimé depuis peu. Le mal est donc commeles tenebres, & non-feulement l'ignorance, mais
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