5^4 NOTES ET PIÈCES
de son exécution ; il manquoit à cette idée d’en sel-J
gner les moyens d’en surmonter les obstacles.
Au commencement de l’année 1660, je fis unvoyage à Lucques, en Italie, pour recueillir la suc-cession de signora Claire Massei, femme de J. B.Andreossy, sénateur de la république de Lucques. Jeparcourus avec autant de plaisir que d’intérêt, lapatrie de mes ancêtres, et visitai très-attentivementtous les canaux dont ce beau pays abonde. La décou-verte des écluses et des retenues d’eau faite dans lequinzième siècle, et mise en pratique dans le Padouan,prépara la jonction que Léonard de Vinci fit à Milan,des deux canaux navigables de l’Adda et du Tésin.Ces modèles m’ont fourni plusieurs matériaux que jerassemblai, et qui m’ont servi pour faire le projet ducanal de Languedoc, que je ne pouvois perdre de vue.
A la fin de l’année 1660, à mon retour en France ,je fis part à M. de Riquet de mes observations sur lescanaux que je venois de visiter ; je détaillai différensouvrages hydrauliques qui pouvoient s’adapter à touteespèce de canal de navigation. Ces observations firentimpression sur M. de Riquet, et depuis ce moment ila toujours cru à la possibilité du canal de jonction desdeux mers en Languedoc.
Il manquoit à M. de Riquet, pour former un projetde cette étendue, les connoissances préliminaires desmathématiques ; quoique doué d’un esprit vif et fiaqui ledécidoit bientôt pour tout ce qui est vrai, sonâge déjà fort avancé , son éducation totalement con-traire au seul mot science , l’ont toujours empêché dedonner de son chef un projet. Mais il lui restoit ledoux plaisir d’être utile à sa patrie j et c’est dans cette