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tectura, la orfebrería religiosa, etc.,—se deriva de la grande escuela bi-zantina, maestra de todos los países del Occidente latino desde el siglo IV,nuestro arte decorativo vino á resultar tan original en su fisonomía, quehasta puede considerársele superior al lujoso arte decorativo de Orienteen el modo de disponer los motivos sacados del reino vegetal.
Esta predilección por el ornato de hojas y de flores de las plantas lilá-ceas y yaroideas, tan característica de los artífices hispano-godos, haceque puedan distinguirse con facilidad sus producciones entre las reliquiasdel arte europeo de aquella edad. Nadie que haya estudiado con algúndetenimiento la orfebrería española ó la escultura ornamental del tiempode los visigodos, la confundirá con la de los galo-romanos ó de los ga-lo-francos del tiempo de los merovingios, ni tampoco con la de los neo-griegos ó bizantinos. Los galo-francos combinan hasta cierto punto lasformas latinas con los recuerdos del arte germánico ó bárbaro, contrarioal elemento vegetal; los galo-romanos imitaban el arte de la antigüedad;los hispano-godos combinan también; pero al mezclar los motivos orna-mentales de las regiones asiáticas, á la manera de los bizantinos, con loselementos latinos y griegos, .crean un estilo verdaderamente original enque figura como principal generador la intersección de las líneas rectas ycurvas, ó de las curvas unas con otras, ocupando todos los espacios quede dichas intersecciones resultan, los vástagos, las hojas y la misteriosaflor que deriva su forma convencional del antiguo arte del Oriente. Lo di-fícil es distinguir lo original y espontáneo de lo ajeno é imitado.
El acento, ó sea la expresión, es la guía más segura para conocer siun arte es inspirado por el propio sentimiento ó remedo de otro arte. Dela misma manera que un músico consumado traduce los acentos de sualma por medio de sus dedos cuando toca un instrumento, y de su vozcuando canta,, sin que sea posible figurar esos acentos con signos, así elescultor, el platero, el orífice, cuando está penetrada su alma de la belle-za de un motivo ornamental, lo ejecuta con sus hierros, guiando su ma-no más el sentimiento que las reglas. El dejo de raza pocas veces se pierdeen el cultivo de los ramos del saber que del sentimiento se derivan: enlos alemanes de hoy ejerce la clásica antigüedad la misma fascinación queejerció en los germanos de otros tiempos; pero el acento teutónico de-nuncia, así á Cornelius cuando, inspirado por Rafael, dibuja sus cartonesdel Apocalypsi , como á Goethe cuando en su Ifigenia y en su Torcuato Tasso , prendado de la belleza clásica griega y romana, sacrifica su fogosogenio nativo á la posesión de una serenidad ideal. Los orífices hispano-godos que labraron las coronas y cruces del Tesoro de Guarrazar, y losescultores ornamentistas de la misma procedencia que labraron los frisos,las impostas, las archivoltas, las jambas, los capiteles hoy reducidos ámenudos fragmentos en aquella desolada llanura donde el tesoro fué ha-llado, nos hacen el mismo efecto que cualquier profesor que explica sulección en un idioma que no es el suyo nativo. No nos dejemos alucinarpor la belleza de las reproducciones: esos objetos que traducidos por ellápiz del dibujante, el buril del grabador, las tintas y el oro del litógrafo,se nos representan tan acabados y perfectos á primera vista, están en rea-lidad llenos de incorrecciones: si el floron de que penden las cadenillasque sustentan la corona de Suinthila , si estas mismas cadenillas en suselegantes hojas caladas descubren un arte muy superior al que labró lacorona votiva del abad Teodosio, — : acaso la mano de un orífice bizanti-no;—en cambio el brazo de cruz procesional reproducido junto á la co-rona de Receswintho acusa una orfebrería más ambiciosa que delicada,más bárbara que clásica. Respecto de esta corona de Pieceswintho es in-dudable para nosotros que la bellísima cruz que de ella pende es obra dealgún orífice neo-griego, al paso que considerada la régia esterna en símisma, y la manera incorrecta como sus chatones se hallan implantados,tomando muy poco en cuenta los espacios que dejan vacíos los losangesde sus caladas palmetas y los puntos de intersección de éstas, casi llega-mos á persuadirnos de que en esta presea tenemos dos artes asociados, eldel orífice bizantino y el del orífice hispano-godo. Las mismas observa-ciones nos sugiere la lámina en que están reproducidos los fragmentos deornato arquitectónico recogidos en el llano de Guarrazar 1 : el trozo de vo-luta número 9 remeda un caracol de efecto mezquino; el trozo de impostaó faja número 13 presenta una confusión nada clásica; las flores trifólias
1 V. la lámina que lleva el equivocado Ululo de Planta, lápida funeraria y fragmentos arquitectónicos dela basilica de Guarrazar (Guadamur ).
marquer ce fait, que bien que l’art des écoles monastiques de l’Es-pagne visigothe—l’enluminure, l’architecture, l’orfèvrerie religieuse, etc.—dérive de la grande école byzantine qui donne son enseignement àtous les pays de l’Occident latin depuis le IV e siècle, notre art décoratifparvint à une telle originalité dans sa physionomie, qu’on pourrait jusqu’àun certain point le considérer supérieur à l’art décoratif fastueux del’Orient dans la manière d’arranger les motifs empruntés au règne végétal.
Cette prédilection pour les ornements de feuilles et de fleurs desplantes liliacées et aroïdes, si caractéristique des orfèvres hispano-goths,fait que l’on peut distinguer avec facilité leurs oeuvres parmi les reliquesde l’art européen de cette époque. Quiconque a étudié avec un peu de soinl’orfèvrerie espagnole ou la sculpture ornementale du temps des visigoths,ne la confondra pas avec celle des gallo-romains ni avec celle des gallo-francs des temps mérovingiens, pas plus qu’avec celle des néo-grecs oubyzantins. Les gallo-francs combinent les formes latines avec les souvenirsde l’art germanique ou barbare, ennemi de l’élément végétal. Les gallo-romains imitent l’art de l’antiquité. Les hispano-goths combinent aussi;mais en mélangeant les motifs ornementaux des régions asiatiques; à lamanière des byzantins, et les éléments latins ou grecs, ils créent un stylevraiment original dans lequel figure, comme principal élément générateur,l’intersection des lignes droites et des lignes courbes, ou l’intersection descourbes les unes avec les autres, les espaces qui résultent de ces intersec-tions étant remplis par des branches, des feuilles, et par la fleur mysté-rieuse qui tire sa forme conventionnelle de l’ancien art de l’Orient. Ledifficile est de distinguer ce qui est original et spontané de ce qui estétranger et imité.
Le accent, ou pour mieux dire l’expression, est le guide le plussûr pour reconnaître si un art est inspiré par le sentiment ou bien imitéd’un autre art. De même que le musicien traduit les accents de sonâme par le moyen de ses doigts quand il touche un instrument, ou desa voix quand il chante, sans qu’il soit possible de représenter cesaccents par des signes, ainsi le sculpteur, le joaillier et l’orfèvrequand leur âme est pénétrée de la beauté d’un motif d’ornement, l’exé-cutent avec leurs outils, la main étant guidée plus par le sentiment quepar les règles. L’accent de race se perd rarement dans la culture desconnaissances humaines qui dérivent du sentiment. Chez les Allemands denotre temps l’antiquité classique produit la même fascination qu’elleexerçait sur les germains d’autrefois, mais l’accent teutonique dénonce,aussi bien Cornélius lorsqu’inspiré par Raphaël il dessine ses cartonsde Y Apocalypse, que Goethe lorsque dans son Iphigénie et dans son Tasse ,épris de la beauté classique grecque et romaine, il sacrifie son génie natiffougueux à la possession d’une sérénité idéale. Les orfèvres hispano-gothsqui travaillèrent aux couronnes et aux croix du Trésor de Guarrazar, et lessculpteurs ornemanistes de la même origine qui firent les frises, les im-postes, les archivoltes, les chapiteaux, aujourd’hui broyés en menus frag-ments dans cette plaine dépeuplée où le trésor fut trouvé, nous produi-sent le même effet qu’un professeur qui explique sa leçon dans un idiomequi n’est pas le sien. Ne nous laissons pas éblouir par la beauté des re-productions; ces objets qui, rendus par le crayon du dessinateur, le burindu graveur, les couleurs et l’or du lithographe, nous paraissent à premièrevue si parfaits et si achevés, sont en réalité pleins d’incorrections. Si le fleu-ron d’où pendent les chaînettes qui supportent la couronne de Swinthila ,si ces mêmes chaînettes dans leurs gracieuses feuilles travaillées à jour,indiquent un art bien supérieur à celui qui produisit la couronne votive del’abbé Théodose, et peut-être même la main d’un orfèvre byzantin; le brasde croix processionnelle reproduit à côté de la couronne de Recceswinthe, 'accuse au contraire une orfèvrerie plus prétentieuse que gracieuse, plusbarbare que classique. Dans cette couronne de Recceswinthe, il n’est pasdouteux pour nous que la très-belle croix qui y est suspendue ne soit uneœuvre de quelque orfèvre néo-grec, tandis que si on considère la couronneroyale en elle-même et la manière incorrecte avec laquelle ses chatons sontfixés,—car on a tenu peu compte des espaces que laissent vides les losangesde ses palmettes travaillées à jour et les points d’intersection de ces derniè-res,—nous arrivons presque à la conclusion que dans ce joyau il y a deuxarts réunis, celui de l’orfèvre byzantin et celui de l’orfèvre hispano-goth.Les mêmes observations nous sont suggérées par la planche où se trouventreproduits les débris d’ornementation architectonique recueillis dans laplaine de Guarrazar 1 . Le fragment de volute numéro 9 contrefait une spi-
1 Voir la planche qui porte le titre erroné de Plan, pierre funéraire et fragments architectoniques de la ba-silique de Guarrazar (Guadamur ).
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