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I l n’est: pas nécessaire d’avoir fait de grands progrès dans l’étude des Ma-thématiques , pour savoir qu’elles employent une méthode particulièredans leurs démonstrations, qui d’ailleuvs ont l’avantage d’être accompagnéesde la plus lumineuse Evidence : privilège trop beau pour qu’on n’ait pastâché de le communiquer à des sciences d’un tout autre genre , en imitantla méthode des Mathématiciens.
Les peines que se sont données à cet égard plusieurs Savans, ont euassez de succès pour faire sentir toute l'excellence des Démonstrations ma-thématiques. Mais qu’y a-1-il de si bon dont on ne puisse abuser? Etsous prétexte de ne vouloir rien admettre qui ne soit démontré mathéma-tiquement, n’a-t-on pas rejetté des propositions quoiqu’appuyées íur lesraisons les plus solides? En affectant de ne rien admettre qui ne fût mar-qué au coin de la vérité, n’a- t - on pas souvent rendu la vérité même mé-connoissable?
II seroit facile de prouver que ceux qui tombent dans ce défaut font peud’accord avec eux-mêmes, en leur demandant simplement, si pour vivrefur la terre ils peuvent se passer du secours des autres hommes? S’ils necroient pas que le Soleil, qu’ils ont vu le soir sc coucher vers l’occident,se levera du côté de Porient le lendemain? S’ils doutent qu’il y ait euautrefois des Romains , 6c que Rome ait été la Capitale de leur Empire ?Cependant aucune de ces propositions n’eít fondée fur une démonstrationmathématique.
Ainsi il y a une Evidence différente de l’Evidence mathématique, ôc àlaquelle nous sommes obligés d’acquiefcer, à moins que de vouloir conve-nir que ce n’est pas le seul amour de la vérité qui nous retient dans le doute.Quelques Philosophes modernes ont désigné cette Evidence par le nomd’Evidence morale, 8c ont appellé Certitude morale la persuasion que pro-duit l’Evidence dont il s’agit.
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* Prononcé à Leide en 17:4, quand l’Auteur quitta la Charge de Recteur magnifique,//. Partie . T t