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Tome premier.
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II
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h*-/ PREFACE.

voue que mon cœur ressentit une joye inexprimable ; je pensoîs qu’un Prince, qui de íibonne heure comprenoit combien il lui étoit nécessaire d’être instruit de l’état de lesProvinces, qui se proposoit d’en connoître les avantages & les défauts, de savoir avecprécision le nombre & les facultez du peuple, de distinguer les Familles qui ont au-trefois soutenu la Monarchie, & qui étant aujourd’hui tombées dans la décadence parles dépenses où le service de l’Etat les a presque toutes engagées, méritent, ce me sem-ble, que le présomptif Héritier de cette Couronne les tire de l’obscurité, en acceptantleur zèle & leurs services ; qu’un Prince qui vouloit entrer dans le détail des Revenus& des Impôts, pour en connoître la nature & juger de leur proportion ; qui vou-loit s’éclaircir des Coutumes ou Loix particulières des différentes Provinces, des abus& de leurs remedes, de Tordre Judiciaire & généralement de tout ce qui peut contri-buer au bien public ; je pensois, dis-je, qu’un tel Prince possédoit éminemment les qua-litez convenables à fa naissance & à fa fortune, & que ces qualitez soutenues par lesconnoissances qu’il se proposoit d’acquérir & jointes d’ailleurs à la bonne volonté ; dis-position si rare dans les personnes d’un si haut rang; deviendroient bien-tôt les vertusd’un Héros Chrétien, digne de la Monarchie Universelle.

Mais quelles furent peu après ma surprise & mon indignation quand le Mémoire dela Généralité de Paris & ceux des autres Provinces à la fuite, me firent connoître l’in-capacité ou la négligence de ceux qu’on avoit chargez de l’éxecution d’un si beau pro-jet ? Qui n’auroit crû qu’intéressez personellement à plaire au Prince dont ils avoientreçû les ordres, obligez par les engagenlens intimes qui nous lient au Roi & à la Pa-trie, & honnorez de la confiance du Maître, ils auroient fait au moins les efforts ordi-naires pour répondre aux justes désirs de son Fils, qu’ils auroient dressé des Mémoires rai-sonables, & qu’à l’égard des choses qu’ils pourroient naturellement ignorer, ils auroientcherché les secours nécessaires qui ne pouvoient leur manquer, s’ils avoient eu la moin-dre attention à remplir leurs devoirs ?

Si jamais la Conscience des Intendans a été interesiee dans les fonctions de leur Mi-nistère, elle l’étoit dans cette rencontre ; la milere des peuples inutilement présente àleurs yeux, trouvoit une occasion favorable de se peindre à l’idée d’un Prince naturel-lement juste & pitoyable, qui ne l’auroit jamais oubliée & qui auroit entrepris quelquejour de la soulager-, les inconveniens d’un pouvoir absolu, qu’il n’est pas toujours sûr demontrer aux Princes éblouis de leur Grandeur, pouvoient par ce canal passer jusqu’auTrône; & quelle utilité pour lui & pour nous, s’il avoit pû dans cet âge tendre con-cevoir une fois la relation nécessaire qui est entre le bonheur des sujets & la gloire desMonarques !

Au fond, s’il ne s’agissoit pas de l’usage que nôtre jeune Prince auroit pû faire.... dans la fuite de la connoissance de son Etat futur ; puis que la sagesse lui avoitfait sentir l’importance de cette Instruction ; puis qu’il s’étoit addressé à ceux qui, selonl’idée commune, la lui pouvoient procurer avec plus de précision, pourquoi la refuser?pourquoi déguiser la Vérité ? pourquoi changer le juste projet du Prince en lui substitu-ant des puerilitez indignes de son attention, ou des maximes & des idées cruelles pourle corrompre ?

Si l’on compte les hommes par leurs différons caractères, le plus grand nombre estcertainement des Inappliquez, le second des Inapplicables, & le troisième des gens Pré-venus de quelques passions. La lecture des Mémoires que les Intendans ont fourni ànôtre Prince fait connoître que, malhûreufement pour la France, il n’y en avoit aucun

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