m
PRÉFACE,
dans les années 1697* 98 & 99. qui font celles pour la fin de la Composition de cèsMémoires, qui ne soient réellement compris dans l’un de ces trois caractères, Incapa-cité, Inapplication, & Prévention ; tant il est vrai de dire que de maniéré ou d’autrffil est presque impossible que la vérité parvienne jusqu’aux Rois ; & tant il est aussi justede plaindre le malheur attaché à leur Condition & à la nôtre, qui fait que leur meil-leure intention est éludée ou anéantie par une destinée fatale à leur gloire & au bon-heur des peuples !
Le premier Mémoire qui me tômba entre les mains fut celui de la Gener alite' dèParis, mais son ennuyeuse prolixité, ses digressions inutiles & continuelles, son affec-tation de traiter avec étendue des choses hors de son sujet & de supprimer celles quisont essentielles, m’auroient apparemment dégoûté pour toujours de pareilles lectures, sije n’avois fait réflexion que de ce cahos & de ses semblables* il n’étoit pas impossible detirer quelques connnoiffances, qui, digérées d’autre façon, pourroient être d'urìe utilitéincomparable tant à moi-même & aux miens, qu’au public.
J’avoïs alors des enfans que j’aurois pu regarder comme un riche présent de la Nature,si le regret de leur perte n’avoit trop tôt succédé à la joye de les posséder ; leur instru-ction étoit le premier objet de mes soins & de mes travaux, je crus dond qu’en redressantces Mémoires & y ajoutant ce que je pourvois fournir démon fonds, je pourvois leurprocurer une Connoissance intime de l’Histoire de France générale & particulière, notiseulement des Provinces* mais des Eglises Episcopales, des Abbayes, des grandes Ter- 1 -res ; la Connoissance de la Noblesse, de ses différens degrez, de son antiquité & nou-veauté, de ses possessions, de ses emplois présens ou passez ; Connoissance de tóute laMagistrature de la France & de ses différentes fonctions -, Connoissance des Employs mi-litaires & politiques ; Connoissance de tous les Revenus particuliers, des Nobles ou desEcclésiastiques, des facultez des peuples & de la nature de leurs biens ; Connoissancede tout ce qu’on nomme les Droits du Roi, de ce qu’il perd, de ce qu’il gagne & deses vrais intérêts ; Connoissance de Topographie & même de Physique pâr rapport âce qu’il y a de singulier en chaque Province & en chaque lieu ; Connoiíïânce de la Ma-rine, du Commerce par Terre & par Mer, des Manufactures propres à chaque païs,des défauts de l’administration publique & particulière, des Causes de la mifere & de1 abondance &c. Cette noble & grande Idee ne me permit pas d?envisager les dissi-muliez du succès dans une telle entreprise.
J avouerai pourtant que ce n’a pas été le seul motif qui m’a porté à cette entreprise ;mes idees fur le bien public, fur l'engagement dans lequel naissent tous les parti-culiers d y contribuer de toutes leurs forces, & fur l’amour presque surnaturel qu’ils doi-vent à leur patrie me firent imaginer, car je ne sçai encore s’il est bien vrai & il n’y aque le succès qui me le puisse apprendre, que du détail de ces Mémoires on pourroit ti-rer une idée du produit général de toutes les Provinces, tant de celui que l’on peut re-garder comme don gracieux de la Nature, q ue de celui qui est dû à la prudence hu-maine, & qui est le fruit des arts : Je pensois encore que de ce même détail on pourroitrecueillir les moyens de perfectionner & P Art & la Nature pour porter le bonheur desPeuples bien plus loin qu’il n’a été possible de le faire aller dans les Siècles passez, puisqu’il est évident que l’Ignorance du détail entraîne celle des principes & que toutes lesdeux réunies mettent toûjours le Gouvernement dans l’indispensable nécessité d’agir àl’aveugle, & de prendre pour bon, tout ce qui semble produire une utilité présente &locale, sans songer aux conséquences générales & aux dommages futurs.
F En