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Tome premier.
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VI
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VI

PREFACE.

I l est donc vrai que nos Peres ne connoissoient qu’une partie du mal que dévoientfaire les Intendans : mais auroient-ils jamais pensé & nous-mêmes l’aurions nous crû,que ces Intendans obligez à la Cour d’une si haute fortune, qui du moins doit les en-gager à la reconnoissance, se trouvant consultez par un jeune Prince, heritier présom-ptif de la Couronne, lequel, par principe de Religion, par sentiment de justice & parprudence naturelle, veut s’instruire de l’état de chaque Province, se trouveroient, ousi peu capables d’en rendre compte, ou si inappliquez à leurs devoirs, ou si prévenus demalignes idées, qu’il n’en tireroit aucune vraye lumière ? Ceux qui ont daigné répondreavec quelque précision, s’étant ménagez d’une telle maniéré, en se communiquant,que la Conscience du Prince n’en peut être éclairée, ni son jugement instruit ; de sorteque le Public volt perdre par là, faute d’eux tous, l’avantage dont une si rare disposi-tion dans l’Esprit du Prince le pouvoit flatter.

C’est toutefois ce qui est arrivé & ce que les Mémoires fournis par les Intendans nejustifient que trop ; mais c’est aussi le motif principal qui m’a mis la plume à la mainpour essayer de rétablir le projet du Prince, en faisant à ces Mémoires une Préfaceméthodique dans laquelle on pourra puiser quelque connoisiânce véritablement relativeau bien public.

J e ne me flatte pas néanmoins que mon Ouvrage puisse jamais mériter que le Princey jette les yeux ; je pense même qu’il seroit à présent, non seulement inutile, maispeut-être dangereux qu’il parut devant lui, & voici ma raison ; C’est qu’à l’égard desMémoires, la plus part des instructions qui y font renfermées, ne font, grâces aux In-tendans qui les ont dreíîees, gueres propres qu’à orner la Mémoire ; cette feule Préfaceest destinée à en tirer le suc, à réduire les faits en maximes de Gouvernement, à cher-cher dans la réalité de l’histoire, des véritez éxpérimentales, qui puissent être appliquéesà nôtre état présent ; elles seront éxposées fans adulation, fans intérêt personnel & mêmesans crainte de déplaire ; or ces dispositions d'un Ouvrage, quoique seules justes, feulesdignes de l’intention d’un bon Citoyen, sont-elles propres à être goûtées d’un Princedéja prévenu d’autres idées, d’un Prince dé j a mûr & mûri dans une habitude opposée ?on ne pourroit à cet égard compter que sur son bon naturel, qui lui a sait aimer la vé-rité dès l’enfance, o U fur la piété qui semble diriger toute sa conduite.

Js E n étendrai point sur cela ma pensée, il íufìit de borner l’idée de l’utilité de monOuvrage à la spéculation : la Providence en tirera peut-être d’autres fruits, & commec’est elle qui a de tout tems animé mon cœur d’un zèle particulier pour l’avantage del’Etat, c’est elle qui en dirigera les effets & qui justifiera mon intention, si l’on m’accu-soit de trop de vivacité, ou de dureté dans les peintures des abus, que je fuis obligé dereprésenter parla nature de cet Ouvrage.

Mais s’il faut penser, quoiqu’avec regret, que mon travail ne sauroit être directe-ment utile au Prince pour la fin qu’il a cherchée ; ne me puis-je pas flatter qu’il le peutdevenir par une voye indirecte & réfléchie ? En effet, s’il lui est nécessaire pour l’intérêtde fa gloire & pour celui de fa confidence, de connoître le détail précis dans lequel jefais consister le principe d’une hûreuse reconomie & d’un bon Gouvernement, il ne l’estpas moins aux particuliers que leur naissance & leur condition mettent à portée d’avoirl'honneur de l’approcher. Avec cette connoissance, ils seront plus propres à lui plaire& à l’entretenir, à bien répondre à ses intentions, à bien exécuter ses ordres, à lui sug-gérer de justes idées suivant les occasions : & s'ils ont assez de mérite pour avoir entréeen ses conseils, ils entendront mieux les matières qui y feront agitées ; ils se trouveront

i -instruits