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Tome premier.
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PREFACE

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passé : enfin de ceux dont l’inapplication, ou l’incapacité ont rendus inutiles, des de~firs que la feule vertu & 1 amour du bien public avoient pû former.

Entre les miferes de notre siècle il n’en est point qui méritent davantage la com-passion de ceux qui viendront après nous que l’administration des Intendances : Je nepuis douter que les Rois qui ont érigé cette Juridiction arbitraire, h’ayent crû avoirdes raisons de l’établir ; quand il n’y en auroit d’autre que celle de multiplier les moyensde se faire obéir, depuis que les maximes d’Italie leur ont persuadé que l’amour ne sus-fisoit pas : mais en même tems il faut reconnoître que iopposition que formerent presquetous les peuples de la Monarchie à cette nouveauté, a été le dernier effort de la libertéFrançoise, & qu’après la legere & inutile résistance qu’ils y apportèrent, les playes, dontnous sommes frappez, se sont succédées les unes aux autres presque d’année en année,

& nous ont enfin réduit à l’accablement présent.

Nos Peres n’imaginoient pas toutes les conséquences de cette Innovation ; lesPar-lemëns croyoient qu’elle porteroit un coup mortel à la justice ordinaire, & cela n’estpoint arrivé ; le cours des Procès n'a pas été détourné, on a laissé cet appas aux Jugessupérieurs & inférieurs ; les Gouverneurs des Provinces & des places jugeoient que leurautorité, leurs fonctions, leurs profits alloient être enlevez, ceux-là n’y ont point etetrompez ; la Noblesse voyoit en général qu’elle alloit être éclairée de trop près, ceuxde son Corps, a qui la Conscience reprochoit ou l’injustice ou la violence, appréhen-doient pour leurs tetes ; mais cette même Noblesse ne voyoit pas qu’elle alloit être dé-gradée jusqu au point d’etre réduite à prouver son état devant ces juges nouveaux ;qu elle alloit perdre son autorité naturelle sur ses propres sujets jusqu’au point d’être,non pas confondue avec eux (car on a bien voulu que la distinction demeurât) mais tel-lement avilie, que les Paisans, lesquels originairement ne font libres & propriétaires deleurs biens que par la grâce des Seigneurs, auroient à l’avenir le droit d’imposer lesNobles a la taille eux & leurs possessions, & qu’à jamais ils demeureroient exclus deleur droit naturel de diriger & de conduire cette populace aveuglée.

Le peuple, de son côté, ignoroic ce que seroit un Intendant ; mais comme il est‘ toûjours amateur de la nouveauté, & que fans prévoir le mal à venir il ne songe qu’àse délivrer d’un joug présent; il «'imagina que ce seroit un protecteur pour lui contre1 autorité de la Noblesse, laquelle, quoique si ancienne & légitimé, même si déchue desa premiere force, ne laìffoit pas de l’incommoder encore, moins par son éxercice quepar fa présence continuelle ; l’éxperience lui ayant ensuite fait connoître que l’Intendantetoit un Juge souverain, qui auroit le pouvoir de changer, de renverser arbitrairementl’etatdela Province, il lui transporta sans peine son adoration & l’offrande de ses biens ;mais il n a appris que long tems après, par une éxperience bien plus douloureuse, queces nouveaux Magistrats dévoient être les instrumens immédiats de fa misère, que leursvies, leurs biens, leurs familles, tout seroit à leur disposition ; maîtres des enfans jusqu’àles enroller par force, maîtres des biens jusqu’à ôter la subsistance, maîtres de la viejusqu’à la prison, au gibet & à la roue.

L’o n étoit encore bien éloigné de prévoir l’énorme multiplication qui s’est faite decette odieuse Magistrature par la création des subdéléguez des Intendans dans toutes lessubdivisions des Généralisez ; nouveauté qui revêt à nos yeux les derniers des hommesde tout le pouvoir de la Monarchie, qui livre le peuple à l’esclavage le plus dur ; 1aNoblesse à la honte d’une dégradation continuelle, & toute la Campagne au pillage deces Officiers & de leurs Créatures,

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