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Tome premier.
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VIII
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vm PREFACE.

Je rie dirai pas que les Intëndans ayentété formez fur ce modelie, quoique l’éxempíeen ait souvent été allégué de la part de la Cour, quand elle négocioit avec les Parle-mens touchant leurs instructions & leurs fonctions, mais j’ofe avancer que de la ma-niéré dont ils font choisis parmi nous, il est très rare qu’ils agissent autrement dansleurs Généralitez, que les Présidens Romains le faifoient dans leurs territoires. II estnéanmoins juste d’excepter ceux qu’un mérite particulier ou des vertus personnelles di-stinguent de tous les autres; ainsi il n’est pas impossible, selon mon idée, qu’ilyait debons Intëndans ; mais il est impossible qu’il n’y en ait beaucoup de mauvais.

En effet, le génie de la Nation entiere s’est tourné du côté d'une ambition illimitéect d'un désir universel de commandement & d’autorité ; encore serions-nous hûreux, sinos moeurs n’étoient corrompues dèsl’enfance par d’autres vices plus honteux que l'Am-bition : je veux dire, la soif immodérée des richesses ct la fureur de les dissiper ; lespassions passent des Peres aux Enfans, nul Conseiller parmi nous, content de son état,rie pense à y faire vivre son fils, il aspire pour lui aux emplois qu’il a vûs avec jalousie oc-cupez par d’autres, dont il a jugé que la naissance & le mérite n’étoient pas supérieursaux siens. Ce que je dis du Conseiller, n’est ici qu’un éxemple de ce qui se pratiquedans toute autre condition ; il est pourtant vrai qu’on remarque dans l’ufage que cettecoutume de faire rencherir les enfans fur les dignitez des peres est plus ordinaire dansla Robe que dans toute profession : La raison en est évidente, c’est que toutes les digni-tez de la Magistrature ne font destinées qu’à ceux qui font assez riches pour les payer.

Il est vrai qu’on use encore de quelque choix, sur tout quand il s’agit de certainesCharges singulières, dont on n’ofe pas accorder l’agrément fans considération ; maisceux qui font préférez ne payant pas moins que les autres, l’argent est toûjours le mo-yen néceflaire pour s’avancer, avec lequel on peut parvenir à tout, & fans lequel onne parvient à rien.

Or entre les charges supérieures, celles qui font le plus manifestement à la portéedes hommes riches de toutes les conditions, ce font les Maîtres des Requêtes ; leurnombre excessif, leur haute finance, leurs petits revenus, leurs fonctions onéreuses fontautant de raisons qui justifieroient ma proposition, si elle n’étoit confirmée par une ex-périence journalière qui nous fait voir le Corps, autrefois destiné pour ceux qu’un longexercice de la Magistrature rendoit dignes d’entrer dans le conseil des Rois, aujourd’huirempli de sujets nouvellement tirez des plus basses conditions, enfans de Marchands, deGreffiers, de Procureurs, ct, ce qui est bien plus triste pour les conséquences, enfansde Partisans. C’est pourtant la pépinière des Intëndans ; quiconque aspire à l’honneurde gouverner une Province, & qui, pour y parvenir, fe flatte de trouver quelque jourassez de crédit auprès des Ministres, fe fraye le chemin de cette haute élévation par l’a-chat d’une Charge de Maître des Requêtes.

Mais ce n’est pas encore tout ; malgré le mauvais usage qui ouvre la porte du Con-seil à tous ceux qui achètent le droit d’y prétendre place, on ne fauroit disconvenir qu’iln’y en ait encore un pire, introduit parmi nous, depuis un tems assez moderne ; je veuxdire de briguer les emplois & les postes importans. II ne faut pas s’attendre que la mo-destie, vertu qui paroit autrefois si noblement les grandes âmes, ni que la comtoisfance de foi-même & de fa propre capacité soient à présent des freins fuffifans pour ar-rêter quelqu’un dans le projet d’ambition qu’il a formé ; tout Maître des Requêtes adroit de fe présenter sur les rangs pour briguer une Intendance, & ce droit s’étend plusloin qu’on ne fauroit croire.

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