IX
PREFACE.
On ne peut en conséquence se faire illusion à soi-même, à se considérer commerevêtu de toutes les qualitez nécessaires a un si haut Emploi : penser sur ce sujet avecmodestie, ce seroit une pusillanimité ; Pexemple de tant d’autres qui en ont rempli lesfonctions avec moins de talens que l'on en decouvre dans son propre fonds, fourniroitun reproche de paresse auquel un grand cœur ne doit jamais s’éxposer. Secondement,On peut par une suite de la premiere entreprise, tenter de faire la même illusion auPrince & à ses Ministres, & cela n’est pas si difficile, un peu d’audace & d’activité,des amis puissans, une parenté qui fait fe donner les mouvemens & prendre des me-sures utiles, ne manquent jamais de réussir. Que scra-ce si le Candidat se trouve uniimmédiatement à quelques Ministres, ou de parenté, ou d’alliance, ou d’intérêt ? Alorsil ne s’agira plus de l’Intendance elle-même, mais du choix de la plus lucrative, de celledont les fonctions seront les'plus capables d’honorer celui qui s’en acquite ; de celle quidonnera plus de relation à la Cour -, avec de tels moyens il est certainement difficileque le Prince puisse s’éxempter de 1a surprise, & réussir à faire un choix digne de
son discernement.
Mais ce n’est que la moindre partie du mal, je le considéré encore dans une autrevûë qui me le rend bien plus sensible ; ce conseil, malgré l’assemblage bizarre de sessujets, ne laisse pas d’en avoir plusieurs d’un grand mérite, plusieurs à qui la vertu estchere, plusieurs dont la brillante & solide capacité jette une ombre ténébreuse sur lescaractères médiocres : quel parti peuvent prendre ces derniers, s’ils ont quelque sentimentde leur infériorité ? Vieillir dans une si triste situation, attendre les vingt années pour reti-rer son argent, & conserver un rang que la naissance ne donne pas, c’est l’objet d’unegrande patience, rare talent des gens riches ; mais il y aune voye plus courte & plususitée, c’est d’obtenir une Intendance. Dans un tel poste, on brille seul ; l’autoritédonne du relief à la moindre capacité ; en un mòt on y est à couvert, ou plûtôt on s’y dé-robe à la trop vive lumière du Conseil. Ce que je dis ici n’est pas une vérité spécula-tive, c’est un usage certain & trop autorizé par une infinité d’ exemples, qui a fait naî-tre cette maxime, que quiconque n’apporte pas dans le Conseil, ou des talens supérieurs,ou une protection triomphante de tous les obstacles, y perd auíìì-tôt fa réputation, &
n’a d’iíïuë pour sortir d’embarras qu’un éxercice d’Intendance, ou de quelqu’autreCommission de la Cour d une durée suffisante pour changer l’air, les idées & les hom-mes.
Ils ensuit de-là que ceux qui sont d’une force suffisante, ne cherchent pas à sortir duonseil, ils sont assurez d’y trouver au moins de l’occupatìon & des applaudiffemens, sou-\ ent même les dignitez les plus solides les y viennent chercher ; mais auísi il en fautconclurre que ceux qui se présentent pour les Intendances font rarement les meilleurs ;comme d’un autre côté, il est évident que ce sont ceux qui ressentent l’ambirion la plusvive, ceux qui font les plus capables de ces mouvemens intriguans, de ces pratiques se-crettes qui conduisent à la Fortune par des routes justement suspectes ; enfin ceux qui seflattent d’une plus grande protection.
S i j’ecoutois mes propres sentimens, je serois confus de découvrir des abus si dange-reux dans la maniéré dont les Intendances font distribuées, & tant de défauts dans kdisposition d’un Corps, qui porte le nom respectable de Conseil du Roi; cepen-dant je ne suis pas au bout de k peinture que le zèle de l’Etat & l’intérét de la véritém obligent d’en faire. II ne m’est pas possible de dissimuler les tristes conséquences de