P R K F A C K
J’aurois peut-être eu moins de vivacité fur leurs caractères &: leur conduite, s’ilsavoient mieux ménagé l’honneur de la Nation ; mais que pourront penser les Etrangers ■de nôtre Littérature & de notre Capacité, en voyant l’administration de nos Provincescommises L des personnes fi fort dénuées des talens ordinaires ? que pourront-ils pré-sumer de I’état des peuples, de leurs repos, de la justice qui leur est faite, en voyantque ceux qui règlent absolument leurs destinées, tant par l’autorité immédiate que parles instructions qu’ils fournissent aux Ministres & suivant lesquelles les ordres font dé-partis, font ou si mal-habiles, ou si mal-intentionnez ? C’est fans doute à cet égardqu’il auroit été nécessaire de cacher nôtre secret, & si c’est là ce qu’ils appellent Secretde l’Etat y j’avouë qu’il ne peut être trop profondément enseveli. Cachons en l’idée &le sentiment à nous-mêmes & à la postérité ; mais plutôt, s’il est encore permis d’espererqu’un jour nos Princes désabusez connoîtront le grand préjudice que leur causent lezIntendans en général, & en particulier le mauvais caractère de la plus grande partied’entr’eux, on ne peut trop travailler & s’empresser de développer à leurs yeux ce dé-plorable secret.
J’ai parlé librement des Intendans qui étoient en fonction pendant le te ms de la com-position de ces Mémoires, parce qu’ils se sont soumis, en les mettant au jour, au juge-ment de quiconque lira leurs ouvrages ; à í’égard de leurs successeurs, car il ne resteque celui de Languedoc dans le poste qu’il occupoit, à Dieu ne plaise que je voulusseformer aucun jugement désavantageux par rapport à leurs personnes ; il y en a quanti-té à qui je donnerai plus volontiers des éloges, loin de les accuser de mauvaise admini-stration ou d’aucuns desseins criminels: Je réduis donc ma proposition à ces termes :Que les Intendances font des Magistratures trh-nouv elles ydont /’ établijfement'& /’ exercice renver-sent toute Poeconomie de P ancien gouvernement de ce Royaume C? qu* elles sont par leur naturepernicieuses au Roi íâ à ses sujets.
Le premier membre de la proposition fera démontré dans la secondé partie de cettePréface, destinée, comme je l’ai dit, à tracer l’idée du gouvernement de la Nation dansles te ms différens, & du genie de chaque Monarque ; quant au second membre qui con-
e en ce ci . Que la maniéré dont les Intendances font commises ou distrïbueeSy les rend encoreplus nuisibles a l Etat en général & à toutes ses -parties -, les preuves que j’en donne font ti-ìees des Eciitsdont j ai fait les extraits & de la conduite notoirement connue de leursAuteurs, je pense même les avoir établies d’une maniéré invincible: mais comme cettepartie de ma proposition peut recevoir encore une objection, prise de la facilité qu’il yauroit à remedier à l’abus dans le choix des Intendans ; je passe plus loin, je veux mon-der qu à moins d’une direction spéciale & miraculeuse de la Providence, il est impossi-ble que les Maîtres des Requêtes, tels que nous les voyons & connoissons, puissent rem-plir les fonctions d un si important Emploi, quand il seroit même légitime ; il n’est be-soin pour cela que d’éxaminer quelle a étéjusqu’à présent & quelle sera à l’avenir l’édu-cation des Magistrats, quelles leurs vies communes, quelles leurs occupations précé-dentes ; le tems auquel on les charge d’une Province : Ces considérations feront juger,non feulement de ce que l’on doit en attendre raisonnablement, mais de ce qui est ef-fectivement dans leur pouvoir & dans la sphère de leur capacité : Je crois de plus qu’ily faut joindre quelques réflexions fur leur naissance, puis que dans la vérité il est biendifficile & il fera toujours très-rare que les familles populaires élevées ou par le trafic,ou par une basse épargne, ou ce qui est encore bien pire, par la rapine & par les mau-vaises voyes, produisent des hommes d’un caractère assez noble & assez fort pour s ac-
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