XIV
PREFACE.
grand outrage au Roi & à la patrie que celui qui par une lâche flatterie veut persua-der au premier, qu’il est au dessus des loix & des réglés de la probité humaine, quetout lui appartient & qu’il peut tout ce qu’il veut ; ce n’est pas absolument le langagede ces Intendans, mais ils s’en éloignent si peu, qu’en joignant le témoignage de leursMémoires à celui de leur conduite, il en faut nécessairement conclurre que se trouvantles ministres immédiats du pouvoir arbitraire & despotique, ils le favorisent autant qu’ilspeuvent dans la personne du Maître pour s’en revêtir eux-mêmes, chacun dans son ter-ritoire : C’est par ce moyen qu’ils font venus à bout d’avilir la Noblesse au point oùnous la voyons, de fouler aux piez toute la Magistrature du Royaume, fans égard auxdroits des charges, & encore moins au prix qu’elles ont coûté à ceux qui s’en trouventpropriétaires : c’est par ce moyen que leurs biens propres, leurs amis & leurs créaturesfont à couvert des violences qui fe pratiquent contre les seuls indéfendus ; c’est par cemoyen que leur protection, à quelque prix qu’on l’obtienne & par quelque canal qu’onla reçoive, est l’unique secours qui fe présente dans les malheurs qui consument nos Pro-vinces ; Désordres de notre tems plus fatals que tous les autres : On court de toutepart à la protection ; chacun livré à cette nécessité ne regarde plus le revenu de sonpropre bien, que comme une conquête faite ou à faire ; c’est l’adresse ou le crédit quien procurent la jouissance : ainsi on substitue la faveur à l'observation des loix ; ainsi lesliens de la société se trouvent rompus, ou ses membres désunis ne conservent plus deliaisons : tous les hommes, aveuglez de ce nouveau phantôme, ne songeant qu’à se ti-rer personnellement d’affaire, le font aux dépens de qui que ce soit : ainsi tout avantagedevient arbitraire, de la part des Intendans, & particulier, de la part de leurs créa-tures ; il n’y a que la ruine qui est générale.
Cette peinture des idées & des maximes qui règnent dans la conduite des Inten-dans, & qui paroissent dans leurs Mémoires, fait connoître combien il étoit nécessaired’en refondre une partie, & de réfuter les autres avec quelques raifonnemens solides -,c’est à quoi je me fuis efforcé dans mes extraits, non toutefois d’une maniéré dogmatiquepar la crainte d’allonger un Ouvrage déja trop étendu, mais souvent par la voye d’i-ronie 6c de la réduction du raisonnement à l’absurde ; méthode plus facile & plus abrégéeà l’égard des gens qui ont presque toujours écrit contre les notions les plus universelle-ment reçues.
A I-’egard des fautes & des omissions j’aì taché de les réparer, soit en suppléant,soit en corrigeant, sans relever les erreurs, si ce n’est celles de la Morale -, hûreux, sij’avois autant de capacité pour l’éxécution que j’ai de bonnes intentions ; mais commeun tel ouvrage ne peut jamais être conduit à fa perfection par l’effort d’une feule plume ;je me console des défauts qui s’y trouvent, par l’efperance que mon travail animera di-vers Savans à faire de plus exactes remarques & à réparer ce qui lui manque, puisqu’au fonds il n’y a peut-être jamais eu de dessein si noble & si grand, & je puis direplus utile pour les considérations que j’ai marquées.
Quand je loue la grandeur & la noblesse du dessein, je n’ai pas intention de parlerdu mien qui n’a q ue le moindre mérite, par ce qu’il ne vient qu’en second, & qn'il nes’est proposé qu’une compilation facile quand les matières font une fois rédigées ou di-rigées ; mais je l’entens du dessein de nôtre Prince, auquel la postérité ne donnera ja-mais assez d éloges. Revenons cependant aux Intendans dont le portrait n’est pasencore achevé.
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J’AUROIS