PREFACE.
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rcr les pratiques du tems passé avec celles de nos jours, dans la vûë de former lui-mêmeun pian favorable à ses sujets futurs.
A ía vérité, le dessein & l'éxecution de ce Plan regardent le Prince seul : maiscomme une si grande Sc si noble vûë mérite toute nôtre reconnoìslance, il est d’autantplus juste & plus nécessaire que chacun y concoure selon ses forces, qu’il y a lieu de feplaindre des Intendans qui lui ont fourni des Mémoires. La plupart ont abandonnél’idée du bien public & même celle du devoir, qui les engageòít à répondre fidellementà l’intention du Prince, & presque tous n’ont donné que des Ouvrages imparfaits ounégligez, dans lesquels on perd presque nécessairement la vûë de la fin proposée. Maisquand les Intendans se feroient acquittez de ce qu’ils dévoient en cette occasion, jecrois pouvoir dire que le détail où ils scroient entrez scroit insuffisant pour le desseinde nôtre Prince, parce qu’ií auroit inévitablement réduit l’idée générale à quelques con-sidérations particulières.
J’ AI donc crû qu’une Histoire méthodique & abrégée dd l’ancien Gouvernement dela Nation Françoise précéderoit utilement le détail dont les Mémoires des Provinces setrouvent remplis ; tant parce que Perdre commun éxige cet arrangement, que parcequ’elle mettra devant les yeux du Prince un crayon de la conduite de ses Prédécesseurs,du génie des Rois & des Peuples de siècle en siècle, quin’a point encore été assez vive-ment tracé par nos Historiens, lesquels se font tous contentez de nous donner nne suc-cession de faits d’armes & de guerres peu intéressantes dans nôtre présente situation, aulieu de nous montrer des règles de gouvernement propres à nous faire connoître quel aété le véritable foûtien de l’Etat pendant un si long cours de générations & quelles peu-vent être nos ressources dans les disgrâces qui nous accablent.
Mais avant que de traiter cette matière, qui doit être auffi agréable aux Lecteursqu’elle peut leur devenir utile, il m’est indispensable d’en toucher une autre contraire &que je puis même nommer douloureuse,-puis qu’en rapportant les raisons que j’ai euësde changer plusieurs choses aux Mémoires des Intendans, il n’est pas possible à un hom-me sincere & qui aime fa Patrie de passer fous silence les défauts essentiels qui fe ren-contrent & dans le choix des Intendans & dans leur administration.
O n comprendra aisément qu’il étoit nécessaire d’abrêger la fatigante lecture de XLir.Volumes ; mais ausiì le peu de proportion du Volume de mon Ouvrage à celui des Ori-ginaux, peut me faire soupçonner d. 5 en avoir retranché plusieurs choies importantes oucurieuses. II est vrai que j’ai beaucoup augmenté l’Ouvrage en lui-même, substituantà 35- Volumes de paroles inutiles, quantité de faits historiques & de remarques impor-tantes que les Auteurs avoient négligé ou ignoré. Or qui pouroit naturellement ima-giner que des hommes, élevez à des dignitez st éminentes & que leur profession attacheà l’étude, ayent pû composer des Mémoirs si amples & si vuides en même tems, quel’on en a pû retrancher les trois quarts fans toucher à leur matière ? mais ce n’est pasleur seul défaut : Je dois dire encore que j’ai souvent été obligé de censurer les scnti-mens & les expressions de quelques-uns de ces Intendans, qui font profession de ne re-connoître d’autre principe de gouvernement, que celui d’un pur Despotisme dans lePrince & dans ses Ministres & d’une obéissance aveugle de la part des sujets ; suppri-mant avec cruauté jufqu'aux noms de liberté des personnes & de propriété des biens.J’avouërai même que je n’ai qu ’à grand 5 peine retenu mon zèle contre ces Oppresseursde leur Patrie, d’autant plus criminels que je les ai dû considérer comme les Corrup-teurs de la Justice naturelle du Prince, dansl’âge tendre où il les a consultez.
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